samedi 23 août 2014

GRIMEGOD - Wrong Roads

GRIMEGOD


Wrong Roads





Gothic Doom / Death metal
Date de sortie: 26 mars 2014
Label: Taboo Productions



Tracklist:
1. Wrong Roads
2. Senseless
3. The Envy
4. Jump Into The Void
5. Conscience Song
6. The Last Immaculate Flash
7. The Curse Of The Falling Angel
8. Industria Muzicala







Grimegod a beau avoir plus de 20 ans d'existence au compteur, ce n'est que très récemment que j'ai découvert cette formation originaire d'Arad, ville roumaine située entre Hongrie et Transylvanie. Une longue carrière malgré une discographie assez peu fournie puisque Wrong Roads signe le retour du premier groupe de death metal roumain (du moins à ma connaissance) aux abonnés absents depuis 14 ans, si l'on exclue le single sorti en 2006. La faute est imputable à d'incessants changements de line up mais il semblerait que la stabilité ait été retrouvée pour la sortie de l'album et la tournée européenne qui suivit, en compagnie de leurs compatriotes de Negură Bunget (avec lesquels ils partagent aussi plusieurs musiciens). C'est d'ailleurs à l'occasion de leur passage à Reims que votre serviteur s'est vu confronté pour la première fois au doom/death classieux des Roumains. La découverte fut assurément une très bonne surprise, les compositions défendues sur scène n'ayant eu aucun mal à me transporter dans un univers particulièrement sombre et brumeux mais non dénué d'une beauté indicible. L'écoute de l'album qui s'ensuivit acheva de me convaincre que Grimegod a de sérieux atouts à faire valoir.

L'ombre des sorties Peaceville (Katatonia, Paradise Lost, My Dying Bride...) plane au dessus de Wrong Roads. Il faut cependant reconnaître aux Roumains (et cela ne vaut d'ailleurs pas que pour Grimegod) cette facilité déconcertante avec laquelle ils créent de splendides atmosphères, mélancoliques et nostalgiques ou évocatrices de la lointaine et mystérieuse Transylvanie. Ajoutant à leurs influences une bonne dose de feeling bien de chez eux, Grimegod a su trouver une fort belle manière de s'en démarquer en composant un album assez différent de ce qui se fait habituellement au sein de la sphère doom/death. Les poncifs du style sont pourtant bien là, qu'il s'agisse des instrumentations contemplatives, des assauts plus rageurs, des orchestrations grandioses ou du chant partagé entre voix gutturales sorties d'outre tombe, chant clair et vocalises féminines. 
Parfois intimiste, parfois plus colérique ("Conscience Song" et son riff décapant ou "Jump Into The Void") voire même assez enjouée (l'instrumental "The Curse Of The falling Angel"), la musique du combo n'en reste pas moins d'une cohérence à toute épreuve. Les changements d'atmosphères sont des plus réussis notamment grâce au travail collectif des guitaristes et des orchestrations qui agissent de concert pour vous faire passer d'un aspect planant et onirique à une facette plus violente et terre à terre. Sans nul doute, la qualité du mixage y est également pour quelque chose, les sons les plus abrasifs vous écorchant volontairement les oreilles au plus près tandis que les guitares clean ou les nappes de claviers sonnent de façon beaucoup plus douce et plus lointaine. Il y a véritablement une notion de profondeur. Musicalement certes, mais également "physique". Wrong Roads est capable de faire ressentir un vide, une immensité infinie tout comme il peut vous écraser sous le poids d'une trop dure réalité.
Les trois vocalistes ne sont pas en reste, chacun apportant de l'émotion à sa manière. Les divers styles sont maîtrisés, se complètent idéalement et leur diversité ajoute encore un peu plus de cohésion aux diverses facettes musicales du groupe. Histoire d'enfoncer le clou et de parfaire l'ambiance "transylvanienne", Grimegod se paye le luxe de conclure par un morceau chanté dans sa langue maternelle. J'aurais aimé avoir les paroles sous la main pour en avoir une traduction mais finalement... non, laissons à ce groupe sa part de mystère.

Wrong Roads est définitivement un voyage émotionnel, sombre, empli de mélancolie et / ou d'une certaine résignation sans verser pour autant dans la dépression, empli de même d'une certaine colère, impétueuse et vindicative sans être une explosion brutale et haineuse. Loin de moi l'idée d'extrapoler sur la direction musicale empruntée par Grimegod, il faut, je pense, plus y voir une expérience cathartique, un exutoire salvateur face à la part sombre de l'existence. Il forme en ce sens un tout résolument intimiste, les auteurs de ces compositions sachant y faire pour éveiller une empathie chez celui qui voudra s'y plonger. Wrong Roads est certainement le compagnon idéal pour une morose soirée pluvieuse d'automne passée en solitaire. Il en a en tout cas toutes les caractéristiques, mises en musique avec justesse et précision.


Highlights: "Conscience Song" "Industria Muzicala"







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lundi 4 août 2014

FOREST OF TYGERS - Bruises

FOREST OF TYGERS


Bruises




Sludge Black Metal
Date de sortie: 29 avril 2014
Label: Acteon



Tracklist:
1. Bruises
2. As Flakes Of Ash
3. Tigerstripe
4. Wet Death







Nashville, Tennessee. Une ville d'un peu plus de 600000 âmes à l'histoire musicale extrêmement riche. Berceau de la country music, rendue également légendaire par le nombre de rockers mythiques qui s'y sont succédé d'Elvis Presley à Johnny Cash en passant par Bob Dylan et tant d'autres. Mais intéressons nous aujourd'hui à Forest Of Tygers, duo formé d'un couple marié pour la petite anecdote. Leur aventure en tant que groupe démarre en 2011, le premier single sort en 2013 et est suivi de cet EP 4 titres.

On ressent dans cet EP une volonté de faire ressortir une attitude ancrée dans l'underground et le DIY. Cela se traduit par une production que j'imagine volontairement brouillonne mais non dénuée de patate et ficelée de manière à bien s'adapter aux compositions du duo. Le style pratiqué est une habile combinaison de sludge urbain et de post-hardcore matraquant, avec certains aspects plus black metal. Ces 4 morceaux sont résolument sombres, puissants et dévastateurs. Les riffs de guitares, bien mis en avant, tabassent sur des successions d'accords "in your face" tandis que le chanteur hurle ses tripes, ou envoient sur les parties instrumentales des arpèges hypnotiques et acerbes, tranchants comme des rasoirs, parfois harmonisés comme c'est le cas sur "Tigerstripe" ou "Bruises". Ce dernier introduit de fort belle manière cet EP en vous écrasant sous un mur de guitares agressives et de rythmiques imposantes qui ne vous quitteront plus. 

"As Flakes Of Ashes" présente une facette plus agressive encore, misant en premier lieu plus sur la rapidité d'exécution que sur la lourdeur. Le morceau évolue ensuite vers quelque chose de plus atmosphérique par une transition groovy très bien trouvée. On se rapproche ici d'un stoner en mode extrême.

"Wet Death" achève l'EP de façon hautement destructrice. Guitares et basses tourbillonnantes vous enivrent à une vitesse folle et en l'espace d'à peine plus de 2 minutes. Un broyage de tympan en règle qui prouve combien l'alliage musical pratiqué par Forest Of Tygers, s'il n'est pas le plus brutal qui soit, est particulièrement incisif et sans compromis.

Un EP 4 titres très prometteur dont le titre correspond parfaitement à ce qui vous attend (pour les noms anglophones, bruises = contusions). J'espère sincèrement qu'un album complet verra le jour prochainement, j'aime vraiment être malmené de la sorte.


Highlight: "Bruises"






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LOCKTENDER - Rodin

LOCKTENDER


Rodin





Post-Hardcore expérimental
Date de sortie: 1er avril 2014
Label: Autoproduction


Tracklist:
1. The Burghers Of Calais
2. The Thinker
3. Eternal Springtime
4. The Man With The Broken Nose







Ce que j'aime dans l'art en général, c'est cette façon qu'il a de parfois vous transporter, de vous faire ressentir des choses insoupçonnées. Bien évidemment, je ne suis pas un expert dans le domaine, je m'y connais même très peu. Mais chaque expérience est bonne à prendre m'a-t-on appris et quand il est possible d'étendre ses connaissances tout en appréciant de la bonne musique, pourquoi ne pas se laisser tenter? Ainsi, je suis assez friand d'albums conceptuels, quand le groupe est en totale cohésion avec l'histoire qu'il développe. Jusqu'à maintenant, je connaissais surtout des albums inspirés de livres ou de films. Locktender a choisi un pari bien plus osé, celui de traiter d'un artiste par album, quelque soit son domaine. Formé originellement sous le nom de Men As Trees, le combo de Cleveland a jusque là travaillé sur des personnages aussi divers que Kafka, Blake, Melville ou encore Nightingale. L'album qui nous intéresse aujourd'hui est entièrement dédié au sculpteur français Rodin. C'est un des caractères du metal et des genres assimilés que j'apprécie particulièrement. La musique m'offre un moyen de m'intéresser à de nouvelles choses et cet album en est le parfait exemple.

N'ayant jamais été véritablement intéressé par la sculpture en elle-même, du moins au-delà du caractère architectural et historique de la chose, il me semblait particulièrement difficile de mettre de telles œuvres en musique. C'était sans compter sur le talent des Américains qui, sur ces 4 pièces, donnent véritablement vie aux personnages immobiles dont les mains adroites de Rodin ont dessiné les contours un peu plus d'un siècle derrière nous.
Afin de bien comprendre le message que veut faire passer Locktender, il est indispensable de s'intéresser un minimum aux travaux de Rodin. Le morceau qui ouvre l'album, "The Burghers Of Calais" est une pièce impressionnante approchant les 20 minutes. La sculpture représente six habitants de Calais (Eustache de Saint Pierre, Jacques et Pierre de Wissant, Jean de Fiennes, Andrieu d'Andres et Jean d'Aire), victimes d'un marché imaginé par le roi d'Angleterre Edouard III en août 1347: le sacrifice de ces six hommes pour laisser la vi sauve à l'ensemble des habitants de la ville sur le point d'être conquise par les Anglais (source Wikipedia). Le morceau lui, est particulièrement représentatif de ce qui pouvait se passer dans la tête de ces hommes à cet instant précis. Le morceau joue sur une dynamique des plus réussies entre le désespoir, la colère ou encore le sentiment d'injustice amenés par des passages tout en lourdeur et dotés d'une rage impétueuse et au contraire l'acceptation voire la résignation retranscrite par de fragiles et délicates guitares. On imagine, tout au long du morceau, la torture mentale que devait être pour les six bourgeois le sort qui leur était réservé, s'avançant la corde au cou à moitié nu vers leur funeste destin (scoop, ils s'en sont sortis vivants, à la demande de Philippa de Hainault, l'épouse d'Edouard III, un peu d'histoire ne peut faire de mal).
La progression du morceau est lente, le groupe prenant le temps d'installer son propos, et offre une succession de plans différents alliant rock indé, post-rock, hardcore, expérimentations... Peut-être une façon de faire parler chacun des protagonistes. Dans tous les cas, l'écoute de "The Burghers Of Calais" ne peut laisser indifférent et prouve déjà que Locktender maîtrise son sujet, avec savoir et passion.

L'autre gros morceau, "The Man With The Broken Nose" tape dans les 12 minutes. "Inspiré par un vieil homme de peine du quartier Saint-Marcel, connu sous le nom de « Bibi », le buste commença par être un portrait. Mais Rodin, en accentua certains traits, le nez cassé, les rides profondes, la barbe. La découpe du buste et sa nudité « philosophique », le bandeau antiquisant dans les cheveux, renforcent l’impression d’une œuvre qui n’est plus tout à fait un portrait individuel mais qui rassemble, en s’appuyant sur des traits particuliers, des éléments très généraux qui sont ceux du philosophe et de l’artiste." (source Musée Rodin). Le morceau s'articule de la même façon que "The Burghers Of Calais" autour de cassures diverses entre parties calmes et parties plus violentes, toujours avec ce son inimitable. Il est question ici de l'artiste lui-même et de son rapport à l'art. Pour être plus précis, le morceau avance l'idée que l'artiste peut tout à fait rendre beau ce qui ne l'est pas et qu'il n'y a à priori rien de laid dans l'art exception faite de ce qui est dénué de caractère. Il est d'ailleurs intéressant de constater que ce morceau prend alors une toute autre dimension puisqu'il permet à lui seul d'expliquer la musique pratiquée par le groupe et qu'il engagera l'auditeur à s'investir encore un peu plus, tant sur le plan strictement musical que sur le plan conceptuel (les paroles, l'artiste dont il est question etc...).

Les 2 autres morceaux, beaucoup plus courts, font la part belle aux 2 facettes principales de Locktender. "The Thinker" est un morceau rapide et violent (et accessoirement l'oeuvre la plus connue de Rodin) montant crescendo vers un final plus aérien avec la seule apparition de chant clair de l'album. Il y a une véritable énergie communicatrice dans ces riffs de guitares plus enjoués. "Eternal Springtime" est au contraire un calme instrumental composé d'une douce guitare et d'un violon poétique. La sculpture de Rodin célébrant l'amour et le printemps, les 2 instruments évoluent en harmonie et décrivent parfaitement ce sentiment de paix et de bien être.

Si en dehors de la musique l'art vous intéresse, ne manquez surtout pas ce groupe. Il parvient ici à mettre en mouvement des personnages pourtant immobiles, à leur insuffler des sentiments et à raconter leur histoire avec justesse. L'art ne connaît décidément pas de limites, y compris quand il s'inspire d'œuvres déjà existantes. Locktender transmet sa passion avec brio et rien que pour cela, merci.

Highlight; "The Burghers Of Calais"


Il est à noter que le groupe offre l'intégralité de sa discographie (y compris celle sortie sous le nom de Men As Trees) en téléchargement gratuit sur leur site.







Storenvy (page de merchandising)

dimanche 3 août 2014

THE GREAT OLD ONES - Tekeli-Li

THE GREAT OLD ONES


Tekeli-Li




Post-Black metal
Date de sortie: 16 avril 2014
Label: Les Acteurs De l'Ombre



Tracklist:
1. Je Ne Suis Pas Fou
2. Antarctica
3. The Elder Things
4. Awakening
5. The Ascend
6. Behind The Mountains







"Je ne suis pas fou." C'est sur cette phrase que débute Tekeli-Li, comme la nouvelle dont il est inspiré, Les Montagnes Hallucinées par H.P. Lovecraft. La nouvelle relate l'histoire d'une expédition en Antarctique. Allant d'une découverte à une autre, l'expédition va connaître une véritable descente aux enfers, dont le cadre est une immense chaîne de montagnes, habitat d'une ancienne civilisation puissante de créatures inconnues de la science, les Grands Anciens. Comme je le disais dans la chronique précédente, je ne suis pas un spécialiste de Lovecraft. En réalité, c'est cet album qui m'a décidé à m'y mettre. Le voyage, autant littéraire que musical fut saisissant.

The Great Old Ones est un groupe bordelais formé en 2009 avec en tête le projet de mettre en musique le mythe Lovecraftien. Remarqué assez rapidement par Les Acteurs de l'Ombre, il sort son 1er album Al-Azif en 2012, annonçant des débuts prometteurs et plutôt bien reçu des critiques et du public mais malgré tout confidentiel. Sorti mi-avril, Tekeli-Li (qui est le son émis par les Shoggoths, création monstrueuse des Anciens dans le but d'en faire leurs esclaves) est une véritable opportunité pour le groupe. Marquant l'essai musicalement, il semble aussi lui offrir une bien meilleure visibilité.

Décrire la musique pratiquée par The Great Old Ones n'est pas une mince affaire. Si l'on retrouve effectivement tous les éléments qui peuvent composer un groupe de post-black metal, Tekeli-Li va bien au delà, peut être par une approche plus brutale, sans pour autant réellement se rapprocher d'un black metal pur. Ce que l'on retiendra en tout cas, c'est que le concept est particulièrement travaillé et mis en avant de manière remarquable. Que ce soit les narrations reprises de la nouvelle (l'intro ainsi qu'à divers moments clés) ou les instrumentations, ambiantes, glaciales et angoissantes tout à la fois, l'album est doté d'une cohérence rare. Comme chez Lovecraft, où le lecteur avance pas à pas aux côtés du professeur William Dyer notant le moindre indice, trépignant d'impatience pour connaître enfin l'horrible vérité, l'auditeur de Tekeli-Li n'est plus véritablement maître de lui-même. Il se laisse emporter dans la tourmente, le froid cinglant des riffs, le vent le fouettant sans cesse au moyen de subtiles lignes montant crescendo en background, les falaises abruptes de ces montagnes gigantesques répercutant la lourdeur de la section rythmique... Le paysage effrayant et fascinant est parfaitement décrit et rien n'est laissé au hasard, l'écoute de cet album dans des conditions optimales est une réelle expérience.
Le concept est si réussi qu'il m'est impossible de détacher un morceau en particulier. Il faut dire que les compositions sont toutes longues (si ce n'est l'introduction, elles dépassent toutes les 7 minutes) et pour autant aucune n'est répétitive. Nous avançons continuellement vers l'inconnu total qui ne nous sera révélé que lors de l'ultime et épique épopée "Behind The Mountains" qui achève l'album par pas loin de 18 minutes éprouvantes. L'unité que demande ce type d'album est bel et bien là, Tekeli-Li ne peut s'écouter que d'un trait.

L'aventure commence donc par une narration sortie tout droit des Montagnes Hallucinées, histoire de planter le décors d'entrée (décors déjà particulièrement bien mis en évidence par la magnifique pochette de l'album  réalisée par Jeff Grimal également membre du groupe aux postes de chanteur et guitariste). Vient ensuite un "Antarctica" débutant tout en lourdeur et démontrant petit à petit toute l'étendue du talent torturé des musiciens. Déjà, un violent blizzard vous enveloppe avant qu'en milieu de parcours une partie instrumentale ne vous fasse contempler les étendues vierges et glacées de cette contrée lointaine, si belle et si dangereuse. Telle une bête tapie dans l'ombre, l'art des bordelais vous happe sans prévenir et vous entraîne toujours plus profondément vers une peur indicible.
"The Elder Things" nous mène à la rencontre de cette fameuse civilisation perdue. Bâtie sur les mêmes fondations que "Antarctica", cette composition n'en reste pas moins un prétexte à d'excellentes trouvailles. Nous en profiterons pour noter le remarquable travail de mixage, les couches de guitares se superposant de façon magistrale et grandiose et ce, sans étouffer une basse très présente.
La description qui ouvre "The Awakening" soutenue par une guitare stridente est un pas de plus vers l'horreur. Plus lourd, ce morceau est empli de désespoir à l'image de cet intermède en guitare clean, mélodie lancinante accompagnant le constat sans appel du narrateur. Cette lourdeur s'accompagne également d'une atmosphère pesante amenant un véritable sentiment d'oppression. L'étau se ressert irrémédiablement et il n'y a plus d'échappatoire. 
Si le morceau suivant, "The Ascend" est un instrumental, ce n'en est pas moins une pause, bien au contraire. La rapidité et la brutalité traduisent ici une urgence quasi palpable, toujours en adéquation avec le récit de cette malheureuse expédition.
Si le monstrueux "Behind The Mountains" qui clôture l'album démarre de façon beaucoup plus calme, ce n'est que pour mieux vous emporter vers les tréfonds abyssaux, enfouis sous les reliefs et dissimulant des secrets plus enfouis encore, des secrets qu'il n'aurait jamais fallu révéler. Les 18 minutes que contiennent ce titre forment assurément le point d'orgue de l'album, entre sauvagerie pure, atmosphères angoissantes et psychédélisme menaçant.

Tekeli-Li est une oeuvre incroyablement bien pensée qui méritera un bon nombre d'écoutes avant d'être entièrement assimilée. Chaque détail compte et contrairement à l'expédition de la Miskatonic University, il est plus que conseillé de se laisser submerger, au risque de se perdre à jamais dans le dédale montagneux antarctique. Un album monstrueux qui me fait d'ores et déjà attendre la prochaine réalisation d'un groupe appelé, je n'en doute pas, à exercer une influence indéniable sur la scène hexagonale (et pourquoi pas au-delà de nos frontières).

Highlights: "Antarctica" "Behind The Mountains"





Ce n'est qu'un détail mais pour les lecteurs potentiellement intéressés, un film sur la nouvelle de Lovecraft Les Montagnes Hallucinées est prévu pour 2017 avec Ron Perlman dans le rôle principal et Guillermo Del Toro à la réalisation. Voilà qui promet!





dimanche 27 juillet 2014

BACK TO R'LYEH - The Awakening - Last Fight Of The Primordial

BACK TO R'LYEH


THE AWAKENING - LAST FIGHT OF THE PRIMORDIAL




Avant garde metal
Date de sortie: 15 janvier 2014
Label: Noma Records


Tracklist:
1. Basil Abscond
2. Warnings
3. Massacre & Escape
4. The Awakening
5. Ghosts & Vengeance
6. Erase
7. Verticalus
8. Last Fight Of The Primordial
9. The Doorway
10. Nuclear Warhead
11. The Triumph Of Men







Il est intéressant de constater à quel point certains auteurs ont une influence sur la musique et en particulier le metal et cela parfois après que plusieurs siècles se soient écoulés. La liste est longue et touche un peu à tout. Nous pourrions par exemple citer Tolkien, Poe, Crowley ou encore Nietzsche. A tous, de vibrants hommages ont été rendus, certains groupes allant jusqu'à baser leur entière discographie sur l'oeuvre d'un seul homme. C'est le cas de Back To R'Lyeh qui comme son nom l'indique a choisi le non moins illustre chez les métalleux H.P. Lovecraft comme source d'inspiration. Nous avons déjà brièvement évoqué le cas Lovecraft avec Ape X et son thrash moderne et je l'évoquerais encore bientôt au travers d'un autre groupe, cette fois beaucoup plus extrême. C'est dire si certains thèmes sont particulièrement fédérateurs au sein de la sphère métallique.

Mais revenons en à Back To R'Lyeh. Le groupe madrilène s'est formé en 2011, suivra une démo 2 titres l'année suivante permettant au quintet de décrocher un contrat avec Noma Records et de sortir en début d'année un 1er album aussi ambitieux que prometteur.

J'avoue ne pas m'être entièrement penché sur l'aspect lovecraftien de l'album, déjà parce que je découvre à peine l'auteur (personne n'est parfait) mais aussi parce que je n'ai pas encore le CD sous la main (dont l'artwork lui est entièrement dédié au travers d'un livret de 12 pages, travail de Carlos Romo et du Thot Art Studio, mais si l'on en croit la page bandcamp du groupe, il s'agirait de l'histoire de Basil Abscond, un personnage parti affronter Cthulhu, ce qui me laisse à penser qu'il s'agit bien d'une oeuvre inspirée de Lovecraft et non d'une relecture).

L'album démarre d'ailleurs par le titre "Basil Abscond" qui ne laisse absolument pas présager la suite. Qui pourrait dire, à l'écoute de ces premières notes qu'il s'agit là d'un album de metal? Ce titre à lui seul présente déjà d'innombrables facettes musicales complètement différentes. L'album débute ainsi de manière assez déjantée dans un registre qui me fait penser à un Red Hot groovy ayant bu un verre de trop. Suit un espèce de metal cabaret, de l'indé rock et un final qu'on pourrait croire tout droit sorti d'un album d'Iced Earth, notamment par la voix du chanteur que je trouve vraiment proche de Matthew Barlow à plusieurs moments. Comme montée en puissance, difficile de faire plus convaincant! Je ne sais pas si cette ressemblance est volontaire, en tout cas cette impression reviendra sur d'autres morceaux. Le chanteur, puisqu'on en parle, est un sacré phénomène dans son genre. Il semblerait qu'il sache à peu près tout chanter avec une facilité déconcertante: thrash, rock, growl, voix black metal, grunge... Il alterne tout ces styles de chant sans ciller, s'adaptant à chaque fois que les musiciens changent de cap. Il vous faudra être sacrément accroché pour noter toute la richesse de cet album, et surtout très ouvert. 
Prenons le titre suivant, "Warnings" qui non seulement ouvre de nouvelles possibilités avec l'apparition de musique électronique, que l'on retrouvera à divers endroits (le court interlude "Verticalus" par exemple) mais qui se paye carrément le luxe d'un passage bossa nova, et cela en plein milieu d'un des morceaux les plus intenses et bourrins de l'album!
Toujours pas convaincu? Diantre qu'ils sont difficiles! Mais soit... Back To R'Lyeh a encore tant et plus à offrir. Tenez, vous êtes férus d'ambiances glauques? Jetez une oreille au malsain "The Awakening" qui du long de ses 9 minutes d'exploration extrême (entre lenteur, énergie, lourdeur, violence et dissonance) vous rappellera ce que le metal avant gardiste a de meilleur. 
"Ghosts & Vengeance" donne plus dans le psychédélisme avec ces guitares cleans qui interviennent régulièrement jusqu'à finalement prendre le dessus en milieu de parcours et en faire un morceau particulièrement atmosphérique et planant. 
Les morceaux suivants sont plus orientés modern metal, mais toujours avec ce soucis du détail qui tue. D'autres chemins sont explorés, comme sur "The Last Fight Of The Primordial" qui m'a de suite fait penser à Tool ou encore "The Doorway" sorte d'Alice In Chains en plus extrême. On pense également à Opeth sur "Nuclear Warhead", morceau plutôt planant et expérimental lui aussi mais qui s'orientera bien vite vers un black metal virulent.

Et tout cela ne présente que les impressions directes que peuvent laisser l'album. Il y a tellement de directions empruntées, de richesse en background à déceler qu'un simple résumé comme je viens de le faire ne saurait suffire. Je suis d'ailleurs à peu près certain qu'une autre personne n'aurait pas du tout le même ressenti et trouverait d'autres éléments de comparaisons avec d'autres groupes. "The Awakening - The Last Fight Of The Primordial" est un album extrêmement dense et varié si bien que plusieurs écoutes sont hautement recommandées afin d'en saisir toutes les subtilités. Un exemple particulièrement réussi de ce qu'il est possible de faire avec une belle ouverture d'esprit (et un talent de composition indéniable, cela va de soi).



Highlights: "Basil Abscond" "Warnings"








mardi 22 juillet 2014

Slayer + Mastodon + Ghost, 04/07/14 Paris, Zénith






SLAYER + MASTODON + GHOST
4 juillet 2014
Zénith, Paris



Avant toute chose, évoquons brièvement le cas Anthrax. Les New Yorkais ont semble-t-il choisi d'annuler leur participation à l'événement pour la simple et très mauvaise raison que ces messieurs, avec certainement un trop plein d'orgueil, refusait de jouer AVANT Ghost. Résultat, et la faute aussi aux galères de transport et à un emploi du temps un poil trop chargé pour un vendredi, nous ratons le show de Papa Emeritus et de ses nameless ghouls. Nous nous faisions une joie d'assister pour la première fois à la grande messe macabre du combo suédois, dans le cul une fois de plus!

C'est donc au début de la prestation de Mastodon que nous passons enfin les portes du Zénith. Le groupe joue déjà depuis quelques minutes alors que nous nous attardons aux stands binouzes / merch. Une fois en place, un seul constat: le son est fort, beaucoup trop. Une très désagréable saturation nous explose littéralement les tympans. Bref, c'est ma 4ème fois devant Mastodon, pas une seule fois un son correct. Ils ont la poisse ou leur ingé son est naze, je ne sais pas... D'autant plus que le Zénith, si elle n'est pas la meilleure salle parisienne, n'est pas non plus la pire (ceux qui sont déjà passé à Bercy sauront de quoi je veux parler).
Malgré tout le show est énergique, tout en puissance. La setlist est essentiellement composée d'anciens morceaux plutôt que de faire la part belle au dernier album sorti il y a 2 semaines dont seuls 3 extraits seront joués ce soir. Etonnant. Plus étonnant encore, le groupe fait l'impasse sur "Blood & Thunder". Un bon concert (les gars avaient la patate!) si l'on oublie les soucis d'acoustique mais sérieusement les gars, va falloir bosser ça parce que ça commence à faire beaucoup.

Slayer... Que dire de Slayer qui n'a pas déjà été dit? Bon sang mais quel show! Ultra speed, les californiens enchaînent les morceaux avec une énergie incroyable, sans temps de pause. Tom Araya qui reste toujours assez discret et ne prend que très peu la parole n'adresse que quelques mots au public, le remerciant au passage d'être présent alors que se joue un match important dans je ne sais quelle discipline, ou pour annoncer comme de coutume "War Ensemble" ou "Dead Skin Mask". Kerry King lui est fidèle à lui-même, position statique, headbanging et solos démoniaques tandis que Gary Holt, ayant la lourde tâche de remplacer le regretté Jeff Hanneman s'en tire une fois de plus avec les honneurs. Quant à Paul Bostaph, quel cogneur! Quelle hargne! Et quelle dextérité!
Le son est cette fois-ci très clair, tout s'entend très distinctement, y compris les solos des 2 guitaristes. Etant situé de façon légèrement excentré côté King, j'avais un peu peur que la guitare de Holt soit noyée dans la masse mais non, impeccable. 
Côté setlist et bien ma foi, que du rêve, sous forme d'hommage à Jeff, quasiment (voire uniquement, à vérifier) que des morceaux composés par ce dernier. Et le tout envoyé d'un seul bloc, histoire qu'on n'ait vraiment pas le temps de souffler. Certains y trouveront à redire, c'est clair. Mais c'est ce que moi personnellement, j'appelle du THRASH! L'impasse est faite également sur les dernières sorties, hormis "Hate Worldwide", sinon que du pré-Divine Intervention.
8ème fois que je vois Slayer, et certainement l'un de mes meilleurs souvenirs (pas le meilleur ceci dit, aucun concert d'aucun groupe ne détrônera leur prestation à la Coop de Mai de Clermont-Ferrand en 2005).

SETLIST MASTODON:
Black Tongue 
Divinations 
Capillarian Crest 
Bladecatcher 
Crystal Skull 
Naked Burn 
Megalodon 
The Motherload 
Blasteroid 
Chimes at Midnight 
High Road 
Bedazzled Fingernails 
Aqua Dementia 


SETLIST SLAYER
Hell Awaits
The Antichrist
Necrophiliac
Mandatory Suicide
Captor of Sin
War Ensemble
Disciple
Postmortem
Hallowed Point
At Dawn They Sleep
Die by the Sword
Spirit in Black
Hate Worldwide
Seasons in the Abyss
Chemical Warfare
Encore:
Dead Skin Mask
Raining Blood / Black Magic
South of Heaven
Angel of Death

dimanche 6 juillet 2014

APE X AND THE NEANDERTHAL DEATH SQUAD - Grooves From The Grave: Mutants, Slashers, Zombies And Enraged Lovecraftian Deities

APE X AND THE NEANDERTHAL DEATH SQUAD


Grooves From The Graves: Mutants, Slashers, Zombies And Enraged Lovecraftian Deities





Thrash / Groove Metal
Date de sortie: 21 avril 2014
Label: Autoproduction


Tracklist:
1. Vietkong Anarchy (Intro)
2. Rise Of The Apes
3. Demolition Derby Pt. 1
4. Reality Check
5. The Awakening Of Cthulhu
6. Book Of The Dead
7. Demolition Derby Pt. 2
8. High On Fire
9. All Hallows Eve
10. At The Mountains Of Madness
11. Into The Black Seas Of Ruin
12. Last Song + Surprise







Puisque 90% de la planète a les yeux rivés sur le Brésil, autant se mettre à la page nous aussi et laissez moi donc vous présenter une jeune formation originaire de Brasilia (même si ce n'était pas du tout mon intention de jouer sur l'effet Mondial, on dira que le hasard aime parfois le timing parfait). Ape X s'est formé en 2010, est l'auteur d'un EP, "The Blooper" parodiant la pochette du single au titre presque similaire d'Iron Maiden en 2011 et donc de son 1er véritable LP que voici, sorti il y a tout juste 2 mois.

Il n'est évidemment pas nécessaire d'aller chercher bien loin les références thématiques du groupe. Le visuel est je pense suffisamment évocateur et ne parlons pas des titres. Fans invétérés de comics, de SF, de littérature fantastique, de films d'horreurs à l'ancienne, les Brésiliens tentent l'approche du thrash "geek". Après tout, pourquoi pas? Ils ne seront pas les premiers ni les derniers. Cependant, je considère que justement là réside toute la difficulté. Ces œuvres mises en musique ne sont pas les plus obscures, (citons en vrac Evil Dead, La Planète Des Singes, l'œuvre de Lovecraft, Halloween etc...) et ont donc déjà fait l'objet d'innombrables adaptations musicales plus ou moins réussies. Pour se démarquer, il faut donc avoir le petit truc en plus, la touche d'originalité, l'apport personnel, appelez ça comme vous voulez.
Musicalement, Ape X propose un thrash empli de groove non sans rappeler Pantera. Il est d'ailleurs amusant de noter les quelques passages où la voix du chanteur ressemble à s'y méprendre à celle de Phil Anselmo ("Reality Check"). Parmi les autres influences, nous pouvons également noter un "Rise Of The Apes" qui me fait directement penser à Testament. A d'autres moments c'est le Sepultura période "Chaos A.D." qui ressort, un bon vieux Megadeth ou encore quelques emprunts à Rob Zombie. L'album est donc un condensé de metal mode 90's, mais celui qu'on aime retrouver avec plaisir lors de ces séances nostalgiques qui nous font revivre notre adolescence (je parle évidemment de ma génération), le temps d'une soirée (un peu) arrosée entre potes. Riffs puissants servis sur un lit de mélodies simples version chewing gum qui colle à la tête toute la journée. Une pincée de solo pour le peps, et servis brûlants s'il vous plaît. Car si musicalement non plus le groupe n'invente rien, il faut lui reconnaître cette capacité de construire ses morceaux de manière intelligente, avec un bon sens de l'humour (jusque dans le site internet où sont planquées un peu partout de petites vannes) et surtout sans se prendre la tête. Autant le groupe a parfaitement digéré les influences des groupes pré cités, autant son but premier est de se faire plaisir. Le groupe envoie la sauce point. Comprendre la batterie tabasse, les guitaristes sortent des riffs couillus entrecoupés de breaks amusants mais toujours bien trouvés, la basse est bien présente et le chanteur alterne thrash pur, chant clean plus mélodiques, hurlements sauvages le tout avec maîtrise.
Le second point? Ape X compose pour faire plaisir aux autres. Il suffit de se laisser porter par l'écoute de l'album, même d'une oreille distraite. Vous y reviendrez en headbangant, à n'importe quel moment, vous verrez. Un album entraînant qui file une patate d'enfer, à n'en point douter et cela est dû à l'aspect plus mélodique qui ressort parfois comme sur "Book Of The Dead"  (ils ont même ressortis la cowbell sur ce morceau et croyez moi il faut des couilles pour faire ça en 2014!). 

Leur touche à eux, finalement c'est quoi? Rien de spécial, ils savent juste manier comme il faut leur style musical, avec efficacité, dextérité et une bonne dose d'humour. En bref, ils ne se compliquent pas la vie en en faisant des tonnes mais de cette manière, leur musique n'en est que plus vivante. Ça groove, à mort. Et qui, aujourd'hui, en 2014, peut encore sortir un album tellement ancré dans les années 90 qui fonctionne à ce point? Pas grand monde si vous voulez mon avis.


Highlights: "Rise Of The Apes" "Book Of The Dead"

Une fois n'est pas coutume mais quand cela sera possible, je mettrais désormais la liste de lecture depuis la page bandcamp du groupe. A noter que l'album est en écoute / téléchargement gratuit un peu partout.





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