vendredi 14 août 2015

BALMOG - Svmma Fide

BALMOG



Svmma Fide






Black metal
Date de sortie: 30 mai 2015
Label: BlackSeed Productions



Tracklist:
1. Witness
2. Bring Vs, Guide Vs
3. Der Flvche
4. Liberate Me
5. HΩshek
6. NΩmen Illi MΩrs
7. Ascetic Penitence
8. Lvcifer Ex Machina







Si vous me lisez depuis quelques temps maintenant, vous n’êtes certainement pas sans savoir l’importance que j’attache aux "à côtés" de la musique elle-même, à savoir le visuel, les textes, le concept s’il y en a un etc… Voici l’exemple parfait d’un artwork qui m’attire l’oeil, avide qu’il est de me dégoter de nouveaux cadeaux empoisonnés. J’ai certes déjà vu plus travaillé ou plus original mais il n’empêche que dès que cette pochette a croisé mon regard, j’ai su que je tenais là quelque chose de spécial. Un album de black ritualiste sans doute oui, mais avec classe. Regardez donc comment les couleurs ressortent, notamment celle du sang. Et le sang, c’est la vie pas vrai? Rien n’est totalement objectif m’expliquait ma prof de philo il y a longtemps et je n’ai jamais trouvé de quoi contredire cette assertion. Là encore, sans même avoir écouté ne serait-ce qu’une seule note de ce Svmma Fide, je décèle déjà une certaine intention, quelque chose de véritablement, profondément noir, sinistre et malsain. Exactement tout ce qui fait un bon album de black metal en somme mais voyons un peu plus loin car il en faut plus pour en faire un excellent album.
Si Balmog est un nom qui ne m’évoquait absolument rien, pas plus que l’écurie chez qui est sortie Svmma Fide, BlackSeed Productions (notons quand même que Naer Mataron, Anal Vomit et même Urgehal le temps d’un split y ont fait un passage), ce ne sont pas pour autant des nouveaux venus. Tous 2 créés il y a maintenant 12 ans, je pense qu’on peut dire sans trop se mouiller que l’expérience parle. Dans ce laps de temps, la formation espagnole, évoluant sous la forme d’un power-trio (ça, c’est roots), aura déjà sorti plusieurs demos, splits et EP ainsi qu’un premier album, Testimony Of The Abominable paru en 2012 et comme l’affirme BlackSeed Productions, Balmog avance dans une obscurité totale et il n’y a pas de retour possible. Svmma Fide est l’album le plus obscur et le plus violent que Balmog n’ait jamais composé. Ni plus, ni moins. Le ton est donné une seconde fois.

Ces 8 titres sont furieusement maléfiques, enveloppés d’une atmosphère poisseuse, brûlante comme les feux de l’enfer. Les rythmiques sont chaotiques et prennent aux tripes, le chant littéralement infernal semble sorti de profondeurs abyssales, les riffs sont fougueux, sauvages et décapants, jouant de dissonances et de brutalité bestiale telles que je n’en avais pas entendues depuis bien longtemps. Le son de la guitare est de plus particulièrement aiguisé et l’on appréciera d’autant plus les capacités de Balc qui gère aussi le chant. Le niveau technique n’est certes pas le plus élevé qui soit, ce n’est pas non plus l’effet recherché mais il me semble néanmoins important de souligner que dans ce type de black metal en particulier, le jeu se doit d’être irréprochable et les standards du style sont ici parfaitement maîtrisés si ce n’est dépassés. Balmog parvient d’ailleurs à passer d’un registre à l’autre assez facilement, du furieux "Witness" qui ouvre l’album on passe à un "Bring vs, Guide vs" littéralement taillé pour la scène puis à "De Flvche" et ses incantations, ses guitares lancinantes et son atmosphère autrement plus sombre. Plus loin, l’album se verra parsemé de sons aussi étrange qu’inquiétants, de voix graves, solennelles et lointaines comme celles de forces occultes répondant à l’appel d’une cérémonie blasphématoire, de choeurs religieux principalement sur "Ascetic Penitence" étrangement intégrés au morceau mais lui offrant une direction assez inattendue. Ces éléments hantent Svmma Fide chacun à sa façon donnant parfois l’impression qu’une bête tapie dans l’ombre épie vos moindres gestes, une étincelle sournoise illuminant tout juste ses yeux injectés de sang, prête à bondir pour vous infliger mille tourments. Et celui qui aime jouer à se faire peur trouvera probablement chez Balmog suffisamment d’inspiration pour passer de nombreuses nuits rituelles, Svmma Fide étant en prime plutôt addictif.

Enregistré aux Moontower Studios par Javier Félez, lui-même membre de nombreux groupes et masterisé par nul autre que Necromorbus que l’on connaît pour ses travaux avec Watain ou Merrimack paris tant d’autres, l'album bénéficie d’une production en tout point réussie, profonde et étourdissante, incisive et brute à la fois permettant à Balmog de pondre un Svmma Fide qui représente probablement l’essence même de ce qu’est (de ce que devrait être) le black metal d’aujourd’hui: violent et agressif au possible tout en étant réfléchi et mélodique juste ce qu’il faut, se renouvelant suffisamment d’un morceau à l’autre sans oublier ce côté ritualiste parfaitement dosé, si pénétrant qu’il nous donne envie de l’écouter à la simple lueur d’un cierge et à plein volume à la gloire de Satan (pour le sang et le crâne, c’est vous qui voyez).









jeudi 13 août 2015

ARIES - D'Ombres et de Flammes



ARIES


D'Ombres et de Flammes



Genre : Black Metal
Label : Indépendant
Date de sortie : 1er Juillet 2015

Tracklist :
1. D'Ombres et de Flammes
2. Souvenir du pays de France
3. Poussières de Renaissance
4. Hyperborée






   Si le Black Metal à la gloire de la France semble s’être clairement établit dans nos contrées, notamment depuis l’avènement d’une certaine Peste Noire, ce fut longtemps un genre où seuls les « fachos » trouvaient leur compte. Pourtant nombreux sont ceux maintenant à hurler à la gloire de la culture française et parmi ceux-ci se trouve de très bons groupes, Baise Ma Hache et Autarcie entre autres, faisant oublier certaines convictions au profit de l’indéniable qualité. Aries, petit nouveau sur la scène française et plus particulièrement dans ce sous-genre, tente de se tailler une place avec son premier EP, qui tient plus de la Démo de part sa courte durée et un son parfois approximatif. Ces défauts qui n’en sont pas n’entachent en rien la qualité proposée ici sous forme d’un Black Metal crasseux à relents mélodiques. Sorti très vite après la formation du groupe par celui qui semble être à sa tête, LaHire, cet Ep « D’Ombres et de Flammes » est toutefois abouti bien que modeste et n’a rien d’un brouillon fait à la va vite. De plus, là où d’habitude on nous rabâche les oreilles avec du médiéval bas du front au possible, Aries peut se targuer d’offrir un concept original et riche en la thématique d’un romantisme français du XVIII-XIXe, collant à merveille avec l’aspect triomphant, grandiloquent et torturé du Black Metal présenté ici. L’artwork, « Le Char de la Mort » de Théophile Schuler et le poème de Châteaubriand viennent souligner le parti prit esthétique du duo.

    Sur ses quatre morceaux, que l’on devine n’être qu’un prélude à ce qu’Aries nous proposera dans le futur, le groupe nous offre un Black Metal racé, martial, tantôt fougueux tantôt mélancolique empreint de mélodique. Dans la veine d’un Black Metal classique se distille l’influence romantique dans l’aspect flamboyant que prend parfois la musique, chantant la gloire de la France. Aspect renforcé par une batterie martiale, frappant sur un rythme très militaire, apportant ainsi l’aspect de fier guerrier aux compositions. A cela s’ajoute un côté mélodique porté par les guitares, des mélodies souvent simples, mais efficaces et évocatrices de paysages franciliens et de gloires passées. Puis le Black Metal se fait plus violent, guerrier, la France conquérante, le panache militaire sur des riffs rapides où la batterie martèle.  Un chant funèbre et coassant assez proche d’un Sale Freux vient surplomber le tout, bien qu’il s’essouffle parfois mais se laisse apprécier par la suite. Dans la suite logique de la thématique de ce « d’Ombres et de Flammes », le chant est entièrement dans la langue de Rousseau et comme je l’ai dit précédemment les paroles d’une des pièces sont un poème de Châteaubriand à l’honneur de nos beaux paysage de France. Une procédure qui semble devenir usuelle pour les groupes nationalistes comme Baise Ma Hache (Noël en Prison  de Brasillach) ou Peste Noire (Spleen de Baudelaire) mais parfaitement dans le ton pour le cas Aries. Le tout forme un Black Metal assez Raw mais se permettant toute fois quelques trémolos mélodiques nostalgiques et arpèges lyriques comme sur « Souvenir du Pays de France » qui est probablement ma pièce préférée de cet Ep.
   Si certains se plaignent d’une prise de son parfois approximative et brouillonne, je trouve qu’au contraire elle apporte une certaine fougue et un côté authentique à la musique d’Aries. Cependant d’autre défaut sont, à mon sens, présent sur cet Ep. Si la batterie est efficace et martiale elle reste trop linéaire voire même faible, j’aurais souhaité voir le tonnerre des cannons déchaîne à travers les fûts. Il en va de même pour le chant qui perd parfois de sa hargne et de sa vigueur pour s’essouffler dans les moments d’intenses vociférations. On pourra également reprocher une construction musicale et un tempo quelque peu linéaires bien que cela ne nuise pas réellement à l’ensemble de l’œuvre.

   Si ce premier Ep d’Aries n’est ni parfait ni incontournable, il n’en reste pas moins bon et intègre. De plus il me parait bon de soutenir et mettre en valeur de nouveaux groupes français, indépendants qui plus est, qui mettent toute leur âme et leurs convictions dans leur musique. Bien que la scène à trempe nationaliste ne m’ait jamais réellement fait vibrer, je dois bien reconnaître qu’au dépend de mes idéaux, Aries a su me faire ressentir la gloire et la grandeur de la culture française ainsi que son amour pour elle. Avec plus de temps pour une nouvelle production et en apprenant des quelques erreurs faites, le duo pourra surement concrétiser son ascension entamée avec cet Ep déjà bien supérieur à la moyenne. En espérant voir Aries développer son univers au cours de ses prochaines sorties que j’espère seront d’aussi bonne facture. 

- Sarcastique


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mercredi 12 août 2015

ANOPHELI - The Ache Of Want

ANOPHELI



The Ache Of Want






Crust / Doom
Date de sorte: 2 juillet 2015
Label: Halo Of Flies / Alerta Antifascista


Tracklist:
1. Awaken
2. Acts Of Man
3. Squanderer
4. Ruminations
5. Somnambulant
6. Trade









Même si nous mettons un point d’honneur à vous présenter des groupes qui dégagent une réelle personnalité, je n’en demeure pas moins lassé d’entendre souvent les mêmes choses sans le moindre sens de l’innovation. Dès lors qu’on s’engage dans la rédaction de chroniques pour un site comme celui-ci, cela implique d’écouter énormément de musique, des tonnes de musique, sans jamais s’arrêter au risque de manquer la perle rare, le groupe qui vous chatouillera pour de bon les neurones après multitude de plagiats à peine masqués, de productions hasardeuses ou de concepts totalement à côté de la plaque.

C’est lors d’une de ces laborieuses séances de fouilles archéologico-musicales qu’Anopheli est venu s’imposer à moi comme une évidence. The Ache Of Want est le 2eme album de la formation d’Oakland et fait suite à A Hunger Rarely Stated sorti l’année dernière et qui semble-t-il avait déjà rencontré un beau succès d’estime. Il faut dire que formé autour d’Alex CF (Fall Of Efrafa, Light Bearer, Archivist…) et de membres de Monuments Collapse, Anopheli paraît avoir trouvé une fusion pour le moins originale et réussie entre un crust / punk qui fleure bon le DIY, le doom / post rock mélancolique de Monuments Collapse et… violoncelles! Ceux-ci s’intègrent non seulement parfaitement bien aux compositions sombres et abrasives du groupe mais y apportent un plus une touche tragique, telle une ode au désespoir le plus immuable qui soit. Immuable mais jamais résigné, Anopheli préférant l’action à la passivité en hurlant sa rage à la face du monde.
The Ache Of Want est donc un album extrêmement chargé émotionnellement, où l’atmosphère mélancolique apportée par ces violoncelles épiques et ces down-tempo plombants rencontre l’énergie furieuse et colérique de riffs tapageurs, celle d’un refoulement trop longtemps couvé et prêt à littéralement exploser d’une seconde à l’autre dans un fracas étourdissant, où les vocaux agressifs d’un post-hardcore frappant de plein fouet (assurés par plusieurs vocalistes) se joignent à de belles envolées mélodiques. Ces morceaux résonnent comme le cri de douleur d’une humanité à bout de souffle, comme une réalité brute, crasse et sans issue où seule la violence peut servir d’exutoire. J’ai parlé de violence? Certes, de violence artistique (précisons, n’allez pas tout me cramer dehors), d’une force libératrice qui pousse à créer plutôt que se morfondre pour peut-être, entrevoir enfin la lumière au bout du tunnel. Anopheli a su créer sur cet album un son profond, froid, sombre et glacial et pourtant séduisant et véritablement beau qui capte finalement assez bien, de mon expérience personnelle en tout cas, ce sentiment de dégoût envers un monde cruel et injuste tout en réveillant cette envie de changement. Ceci n’est qu’une impression suite à l’écoute de l’album et au regard des titres, n’ayant pas lu les textes je me base plus sur son atmosphère générale et peut-être aussi un peu sur l'artwork, qui pour le coup m'orientait plus vers un black metal dépouillé... L'homme, déjà en piteux état, sur celui-ci serait-il en train de sceller un pacte avec une créature peu recommandable qui le mènera inexorablement à sa perte? The Ache Of Want, le titre de l'album me paraît dès lors prendre tout son sens. Un album bien inspirant en tout cas, doublé d’une surprenante association. Franchement, qui aurait cru que des violoncelles s’intégreraient si bien à un groupe crust?

A noter, pour ceux que cela intéresse, qu'un LP est prévu pour octobre.









jeudi 6 août 2015

TORCHIA - Ending Beginning

TORCHIA



Ending Beginning






Death metal mélodique
Date de sortie: 14 juillet 2015
Label: Indépendant


Tracklist:
1. Ending Beginning
2. My Land Shall Burn
3. They Haunt Behind Us







C'est une fois de plus de Finlande que nous vient cette demo 3 titres dans un style cette fois oscillant entre melodeath moderne et thrash. La biographie du groupe nous apprend que Torchia s'est formé à Tampere et a déjà sorti une demo, oNe en 2013. Depuis la formation a fait son chemin, perfectionnant son style et présente désormais son 2ème effort, forte d'un nouveau chanteur en la personne d'Eetu.

Ayant rapidement écouté les extraits de oNe sur Youtube, je ne peux qu'affirmer moi aussi que le groupe a réellement progressé, ayant sans doute mieux digéré ses influences. Les contours death mélodique sont ainsi mieux dessinés et les riffs d'obédience thrash qui surviennent de temps à autre n'en ressortent que mieux. D'autant plus que le son est tout à fait acceptable pour une demo, là encore Torchia est passé au niveau supérieur et l'écoute de Ending Beginning n'en est que plus agréable et devrait permettre aux Finlandais de se tailler un petit nom d'abord sur la scène locale et pourquoi plus loin dans le futur avec un album complet.
Il est évident que ce style de metal est déjà saturé de groupes plus ou moins inspirés et que percer dans ce milieu ne relève certainement pas de la sinécure, pour autant Torchia a le arguments pour faire parler la poudre. Ces 3 morceaux sont incisif, les riffs et solos suffisamment inspirés pour éveiller l'attention et la voix d'Eetu, mise en avant juste ce qu'il faut, correspond tout à fait à ce que l'on pourrait espérer d'un groupe de melodeath. 
Sans en faire des caisses techniquement, la musicalité de cette demo est globalement très plaisante et ce petit quart d'heure passe crème. En tout les cas, Torchia a gagné son pari de créer une introduction au groupe plus aboutie avec ces 3 titres qui défilent finalement bien vite et nous laissent un peu sur notre faim. A peine le temps de se chauffer et de se lancer dans un headbanging suivant le rythme marqué lourdement par une batterie percutante que c'est déjà fini. Je ne doute pourtant pas que Torchia a encore quelques cordes à son arc qu'il me tarde de découvrir sur une durée un peu plus longue. En attendant, ces 3 morceaux ont vraiment de la gueule!





mercredi 5 août 2015

MALADIE - ...Still...

MALADIE




...STILL...







Avant garde black metal
Date de sortie: 6 mars 2015
Label: Apostasy Records



Tracklist:
1. Demutatio
2. Agnitio
3. Inexistentia
4. Asperitas
5. Abdico
6. Discrepantia
7. Circuitus
8. Semivivus
9. Evigilantem








Un nom des plus menaçant et en français s'il vous plait, une pochette horrifique tirée des cauchemars d'un hypocondriaque schizophrène en crise, une étiquette de "plague metal" et des titres qui ne m'évoquent... absolument rien... Un coup d'oeil et line up et surprise, pas moins de 9 musiciens dont l'inénarrable Déhà (Clouds, We All Die (Laughing), Vaer, Merda Mundi etc...) et des musiciens certes moins connus mais néanmoins des plus actifs outre-Rhin sortis pour la plupart de la scène death metal voire franchement brutal death (Tombthroat, Deadborn, Spheron, Dawn Of Disease...) et même un saxophoniste... tout porte à croire au premier abord qu'on a affaire là à un sacré OVNI.
Rien à voir donc avec un black metal dépressif et lancinant comme pourrait le suggérer le seul nom de la formation mais plutôt une sacrée formule chimique et musicale destinée à répandre une vague de contamination incroyablement agressive dont la base black metal reste des plus virulentes mais sur laquelle viendrait se greffer pléthore d'éléments extérieurs pour en décupler les principes actifs. Une sorte de délicieux poison si on peut dire, une terrible drogue dont l'addiction ne promet rien de très bon augure, mais qu'on ne peut s'empêcher de prendre tout en augmentant le dosage à chaque prise, la laissant nous enserrer jusqu'à l'étouffement.

Maladie est donc ce genre de groupes que l'on classe habituellement dans la case progressif / avant-garde, style parfois insaisissable qu'il est souvent difficile de décrire avec de simple mot. ...Still... mérite au moins que j'essaie tant cet album est époustouflant. De maîtrise tout d'abord, la formule chimique dont je parlais plus haut tient peut-être sur le papier plus d'une expérience d'apprenti sorcier, il n'empêche que cette Maladie nous emmène là où il veut nous emmener y compris sur ses 2 pièces, les plus longues (30 minutes rien qu'à elles quand même). C'est indubitablement elle qui a le dessus et tous les remèdes de grand-mère n'y pourront rien. Le mal est pernicieux, vicieux, sournois. Il se fait beau et aguicheur et attire sa victime par de douces ambiances au piano ou en usant d'un magnifique chant clair aérien et de chœurs religieux. Mais prenez garde quand celui-ci décide de frapper pour de bon, il ne vous préviendra pas et la déflagration est plus que brutale. Démarrages en trombe, cacophonies organisées en assauts ultra-rapides doublés de claviers majestueux, les mélodies virevoltent et se mélangent, toujours si imperceptibles, le batteur blast comme une crise de tachychardie chez un type déjà shooté au speed et aux amphets, des tremolos s'envolent, le chant clair prend de la hauteur tandis qu'une voix black stridente hurle à la mort dans le fond et les instruments s'ajoutent et se superposent sans cesse jusqu'au climax. ...Still... se poursuit ainsi, alternant inlassablement ses plans complètement barrés et imprévisibles, eux mêmes piochant allègrement dans à peu près tout ce que le metal extrême peut compter de sous-genre mais nous y reviendrons, et pièces instrumentales plus classiques douces et séduisantes, souvent mélancoliques mais aérant un peu l'espace, laissant entrevoir un semblant de guérison au loin, le tout en multipliant les techniques vocales (2 chanteurs ça aide) et même en se permettant quelques mots en français. Certains de ces changements sont si brusques qu'ils en deviennent proprement hallucinant, à se demander si on ne risque pas le coup du lapin en passant l'album trop fort, l'enchaînement entre "Inexistencia" et "Asperitas" en est le parfait exemple, lorsque les touches d'un piano tout juste effleurées pendant plusieurs minutes laissent placent en l'espace d'une micro-seconde à de la sauvagerie pure.
Si l'on enlève les quelques interludes (fort bienvenues), les morceaux sont plutôt longs et l'on pourrait s'imaginer après ma description que le contenu très dense de ces derniers jouent en leur défaveur. Il n'en est absolument rien. Les compositions sont effectivement très alambiquées voire complètement destructurées mais elles sont de ce fait tellement variées que malgré leur longueur elles restent absolument passionnantes et chaque nouveau plan est une découverte comme en témoigne l'intégration aussi parfaite qu'inattendue de ce saxophone qui vient taper le solo ou nous offrir une superbe prestation digne d'un film noir des années 40 sur le dernier morceau. Aussi répugnant que soient les aspects les plus extrêmes de cette Maladie,  ces compositions sont véritablement belles. ...Still... est en réalité un album théâtral au possible où chaque instrument, chaque musicien et ce même s'ils ont 9 a parfaitement sa place et son rôle à jouer. Il y a là un véritable effort de groupe où tous sont audibles et où tous apportent leur touche personnelle. Des deux vocalistes et leur chant parfaitement maîtrisé et très prenant qu'il soit clair ou non, aux guitaristes issus de formations à mille lieux de l'univers de Maladie qui parviennent à glisser des riffs thrash, death et même tech-death en passant par le batteur qui accompagne le tout avec dextérité ou Déhà et son apport indéniable aux claviers, nous sommes finalement bien loin de ce groupe de l'Iowa dont la moitié ne sert à rien (no offense... mais, quand même). Celui qui cherchera à décortiquer ces compositions aura fort à faire et moi-même, j'aurais essayé et je ne suis pas sûr d'avoir ne serait-ce qu'effleurer la surface.

Grand amateur d'avant-garde (du moins lorsqu'il est fait avec goût et ça... c'est plutôt rare malheureusement) que je suis, je n'ai pu qu'être emballé par cette oeuvre ...Still... est sans le moindre doute un album que je place dans mon top 2015 jusque là et je ne doute pas qu'il y restera pendant un bon moment. S'il y a parmi mes lecteurs des gens qui se sont trouvés sensibles à ce qu'avait fait Voices en fin d'année dernière, je ne saurais que trop leur conseiller d'écouter cet album. En revanche, cette expérience n'est totale que si elle est menée de bout en bout d'une traite. J'ai entendu dire que la version promotionnelle tenait en une seule piste et honnêtement, je suis un peu déçu qu'ils n'aient pas gardé ce format car je ne vois pas d'autre moyen de savourer ...Still... et son univers hostile et imprévisible. Après un Plague Within plus centré black mélodique et moins extravagant, je ne peux qu'être curieux quant à la direction que prendra Maladie par la suite, si tant est que le line up reste inchangé ce qui est assez improbable au vu de l'implication dans d'autres projets de ses membres et du fait qu'ils soient 9. En tout les cas, il ne manque plus grand chose pour que la Maladie devienne une véritable épidémie.


...Still... est disponible en version digipack ou double LP limité à 100 exemplaires (attention, déjà plus que 8!).









mardi 4 août 2015

INKVISITOR - Doctrine Of Damnation

INKVISITOR


Doctrine Of Damnation





Thrash
Date de sortie: 17 août 2015
Label: Indépendant


Tracklist:
1. MMXV A.D.
2. Damnation
3. nataS AgeM
4. Abduction At Night
5. Three Phases Of Disembodiement
6. J-Town Anthem
7. Eine Box (Mobile Shredding Unit)
8. Nothing To Live For
9. Hellbound For Carnal Knowledge
10 Claim What Is Yours








Comme on couvre rarement le thrash, il est peut-être temps de jeter un oeil et une oreille à ce qui se passe de ce côté là de la metalosphère! Si c’est sans grande surprise les scènes américaines et allemandes qui continuent à damer le pion aux autres, force est de constater que la Finlande possède désormais de sérieux atouts. Impossible de ne pas commencer par citer un Lost Society en pleine ascension, l’objet d’une de nos dernières chroniques Speedtrap pour une version plus édulcorée voire, pour une facette plus sombre et brutale, Ceaseless Torment dont le nom ne vous sera pas inconnu puisque déjà croisé à 2 reprises dans nos pages. 
Et voici donc Inkvisitor, formé en 2012. S’ensuit rapidement un premier EP, Delirious Tales qui permet au groupe de fouler les planches et de remporter au passage un concours organisé par le Tuska Open Air Metal Festival.

Admettons-le, il est désormais difficile de jouer du thrash et de faire dans l’originalité. Reste l’efficacité et de même avec Inkvisitor, on ne tombera pas de sa chaise devant une créativité hors norme mais ça, si vous voulez mon avis, le groupe s’en fout et nous aussi! Son but est clairement de faire revivre un petit bout des 80’s et de faire monter la sauce pour le fun avant tout. Rien de neuf au nord donc, mais un album solide, hybride de thrash / heavy avec, bien entendu, la petite touche crossover humoristique qui va bien. Pour le coup d’ailleurs, les influences sont plutôt à chercher outre-Atlantique, citons par exemple Municipal Waste ou Havok, ou Nuclear Assault, ou Exodus ou... tant d'autres mais gardons à l'esprit que si la nouvelle vague est en effervescence, il y a comme toujours les bons élèves et les cancres...  Inkvisitor parvient sans trop de problème à se hisser dans la première catégorie avec Doctrine Of Damnation, soit une suite de 8 titres (plus 2 instrumentaux) de thrash sous speed, sautillant et surexcité propre au moshing comme on l’aime, du taillé pur jus pour la scène et un bon moyen de provoquer un sursaut lors d’une soirée chiante, ne serait-ce que pour relancer le débit de boisson houblonnée si ce dernier tendait à se ramollir (et aussi parce que c’est toujours rigolo de faire chier le monde avec du metal qui suinte la testostérone par tous les pores à plein volume).
Cependant, et comme on peut s’en douter en regardant la pochette de l’album, c’est bien d’un esprit rebelle que sont animés les jeunes thrashers finlandais, comme un petit vent de révolte qui souffle à travers l’organe du chanteur pour accompagner au mieux le déluge de notes incisives et tranchantes comme des lames de rasoir. Le groupe se défait quelque peu ici de l'imagerie fêtarde de son EP pour aborder des sujets plus sérieux comme la corruption gangrénant les gouvernements et autres élites politiques, la lutte contre le fascisme ou encore la mythologie grecque. Bon, c'est quand même en faisant abstraction d'un micro-onde tueur (tiens... ça me rappelle vaguement Killer Refrigerator, y aurait-il réellement une conspiration?)...
Comme tout album du type qui se respecte, Doctrine Of Damnation est bien évidemment très axé sur les guitares, les solos façon duels de haches toujours au menu mais sans jamais sombrer dans la surenchère, le but étant davantage d’envoyer du lourd devant une fosse en ébullition plutôt que d’impressionner par une technique insipide, et le tout servi avec un son massif, plus encore que sur l’EP ce qui laisse présager du meilleur pour la suite si le groupe continue se perfectionner de la sorte.

Inutile de tourner autour du pot plus longtemps, si vous faites partie des nostalgiques, Inkvisitor saura vous causer. Ce n’est pas l’album du siècle, ce n’est pas la formation qui va tout exploser sur son passage et péter les scores dans les charts, mais ils ont au moins le mérite de faire ce qu’ils aiment et de bien le faire. J’espère en tout cas avoir le plaisir de croiser leur route sur leurs prochaines tournées et idéalement sur un festival l’été prochain car c’est sans nul doute sur scène que ce genre là s’apprécie le mieux, une bière tiède à la main, 5 autres déjà dans le gosier et de la boue jusqu’aux genoux. 














lundi 3 août 2015

XIPE TOTEC - Miquian

XIPE TOTEC


Miquian






Pre-hispanic death metal
Date de sortie: 15 février 2015
Label: Nerocronomo Music / Invicible Records



Tracklist:
1. Miquian
2. In Yaotl Nohtic
3. In Miquicahuacayotl Oquintliacualtihqueg In Tlalli
4. Xinechtemotlalli Campa Tletl
5. Tocempohpolihuian
6. Titlic Tonaltzin
7. Nomallot
8. Tlacamictiliztli Ohtlipa
9. Tlatomontecuhtli
10 Tlaxicoliztli
11. Eztli (demo 98)
12. Yaotl (demo 98)
13. Tlamacazqui (demo 98)








Se faire passer pour un (mauvais) chroniqueur a quand même bien des avantages. En premier lieu, il y a bien entendu la découverte continue d’excellents groupes mais même au-delà de ça il y a un aspect que j’apprécie tout particulièrement, c’est le fait de rebondir sur le message porté par ces groupes, de se documenter sur leur univers et au final, d’apprendre énormément de choses sur des sujets que l’on aurait sinon jamais abordés. Les civilisations anciennes et leurs us et coutumes sont certainement l’un des thèmes les plus passionnants lorsqu’il est associé au metal, d’autant plus qu’elles offrent souvent un background qui colle parfaitement au style. C’est donc au Mexique que nous partons aujourd’hui, à la rencontre du duo Xipe Totec et de son death metal inspiré par la civilisation Aztèque. 
Les titres étant tous en nahuatl, il m’est assez difficile d’en saisir toute la teneur, nous retiendrons surtout que Xipe Totec est le dieu du renouveau de la nature, de l'agriculture et des pluies nocturnes fertiles. Il s'écorche lui-même pour nourrir l'humanité, symbolisant ainsi le grain de maïs perdant son enveloppe avant de germer. Il est également le patron des orfèvres. Son culte se déroule pendant le deuxième mois du calendrier aztèque, Tlacaxipehualiztli (littéralement "écorchement des hommes"). Il implique des sacrifices humains, l'un de masse avec arrachage du cœur et l'autre réservé à l'élite des guerriers : il oppose un prisonnier volontaire de haut rang à des chevaliers aigles et des chevaliers jaguars. Le sacrifice consiste à arracher le cœur du sacrifié (qui a vécu comme un prince pendant l'année qui précède le sacrifice), drogué aux champignons hallucinogènes pour ne pas se rendre compte de ce qui lui arrive, puis à retirer sa peau. Le prêtre la portera sur lui pendant un mois. Une autre technique consistait à percer les victimes avec des flèches afin que leur sang inonde le sol comme une pluie fertilisante. Puis le prêtre sacrificateur revêtait sa peau qui, comme la première méthode, était portée comme un vêtement pendant un mois aztèque.
Miquian est ainsi dédié au Tonalpohualli, un calendrier découpé en périodes de 13 jours, chacune dédiée à une divinité particulière. La pochette de l’album, bien dans l’esprit death metal, représente les trois composantes animiques de l'être humain à savoir Teyolia, Tonalli et Ihíyotl. Les Nahuas associaient le teyolia au coeur, et les considéraient comme le siège de la conscience, de la mémoire, de la volonté, des émotions, des passions et du souffle vital, leur attribuant les valeurs d'intériorité, de sensibilité et de pensée, tandis qu'ils situaient le tonalli dans la tête et l'ihíyotl dans le foie; de ce fait, les sacrifices humains par cardiectomie, qui se terminaient par des offrandes consistant notamment à offrir à une divinité le cœur ainsi extrait, avaient pour but de libérer le teyolia et de transmettre ainsi de la vie, du mouvement et de l'énergie à la divinité bénéficiaire du sacrifice, ainsi qu'aux sacrifiants (source: Wikipedia, plus détaillé sur les versions anglaises). 

Bref, c’était pour planter le décors et je crois qu’on est d’accord, conceptuellement parlant, pour du death metal brutal et technique, on y est. Intéressons nous maintenant à la forme, je vois bien que j’en ai perdu quelques uns dans le fond de la salle… Miquian est le 4me album des Mexicains et le duo a cette fois repoussé les limites de son metal dévastateur sous une avalanche de riffs plus bourrins les uns que les autres assemblés de façon parfois inattendue mais franchement bien pensée. Les changements de rythme sont à ce titre plutôt nombreux et décuplent la force de frappe des compositions dans une barbarie et une sauvagerie musicale assez impressionnante. Les guitares taillent sévèrement dans le gras et écorchent probablement aussi bien que les sacrifiants dont il état question plus haut. Quant à la batterie… Elle est juste sans merci. Les nombreux solos qui parsèment l’album témoignent en plus d’un niveau assez élevé, tapent dans le mille et… on en prend plein la gueule, vraiment. Mais là où le boulot de Xipe Totec devient franchement intéressant, c’est dans son utilisation d’instruments de l’époque précolombienne (flûtes, huehuetl et autres percussions). C’est déjà assez rare pour être souligné mais il faut reconnaître que l’équilibre est juste parfait, l’imagination devrait faire le reste et ne pas vous demander trop d’efforts. Si ces instruments antiques sont souvent utilisés seuls lors d’introductions ou de breaks , ils n’interfèrent en aucun cas avec la base death metal du groupe lorsque les deux sections se mélangent. Il y a au contraire une véritable coordination rendue possible notamment par une production des plus réussies. Le tout sonne de façon très naturelle et percutante. Par ailleurs, l’utilisation judicieuse d’une grosse réverb sur les percussions tribales et les flûtes les font résonner dans le lointain ajoutant un écho mystique et caverneux. Même quand Xipe Totec ne mise pas sur la brutalité et le martelage excessif, sa musique reste sauvage.
Le duo parvient néanmoins à placer quelques passages mélodiques du plus bel effet, je pense par exemple à l’instrumental en contrepoint "Tocempohpolihuian" qui vient apaiser cette débauche d’énergie primitive ou encore le solo placé à la fin de "Tliltic Tonaltzin" soit sur un morceau pourtant particulèrement violent. On retrouve par ailleurs ici ou là quelques réminiscences thrash voire même quelques emprunts à Death sur de brefs passages au milieu de cette déflagration sonore ce qui fait de Miquian un album résolument riche, puissant et passionnant peu importe l’angle sous lequel on le prend.  

Il y aurait encore probablement des tas de choses à dire mais finalement la meilleure façon d’appréhender cet album est de fermer les yeux et de se jeter à corps perdu dedans. Nos 2 comparses maîtrisent aussi bien les mécanismes du death metal que ceux de la musique précolombienne (enfin, j’imagine…) et sauront vous faire voyager sans problème tout en vous martelant violemment les tympans (l’arrachage de coeur et l’écorchage est passé de mode).


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