vendredi 23 octobre 2015

KYY - Travesty of Light


Kyy


Travesty of Light







Genre : Black Metal
Label : Saturnal Records
Date : 17 août 2015


Tracklist : 
1. Death - The Great Liberator
2. Everlasting Fire
3. Immaculate Serpent King
4. Travesty of Light








C’est en ce mois d’octobre de plus en plus grisâtre et venteux que je chronique (certes un peu tardivement) la formation finlandaise prénommée Kyy, passée un peu inaperçue à sa sortie, attend toujours son heure, prête à nous faire partir pour un voyage qui s’annonce pas des moindres, avec cette pochette monochrome, et l’évocation par son nom à la virulente vipère et son mortel venin, celui qui nous menace tous, oeuvrant à nous faire sombrer dans les profondeurs de la mort.. ou des ténèbres, à eux d’en dire plus.

En commençant la lecture de l’album, on peut déjà flairer le coup d’éclat en approche : à l’aide d’un intéressant cocktail de black sinueux et d’un thrash mesuré, et de curieux pas non moins savoureux instant très rock’n’roll, Kyy s’arme déjà suffisamment pour attirer l’attention, et c’est son talent à développer sur une période plus longue qui va jouer : tel un étau qui se resserre de plus en plus, les instruments se font toujours plus pressants au fur et à mesure que les titres et le minutage défilent. Au départ des accords dissonants au débit assez lents, les envolées rythmiques tout autant qu’harmoniques se mutiplient, le batteur battant toujours plus rageusement ses fûts, tel un sanguinaire zélote qui se prendrait de passion à l’accès de sauvagerie auquel il se livre, et qui va sans cesse repousser ses limites, jusqu’à aller au bain de sang orgiaque défiant l’imagination et le peu de santé mentale qu’il peut rester à un pareil homme. 
Ce genre de partie finit souvent par succéder à des moments beaucoup plus lents, le chanteur cessant son débit de malédictions acharnées par lançer des invocations viscérales, tel un orateur qui tomberait de fatigue au fil de sa harangue, mais que seule son implacable volonté et son indicible fureur porterait, suivis par de pesants battements, si moins nombreux bien plus accentués du côté de la batterie, et des down-tempo qui frise l’arrêt total chez la guitare, qui descend dans des tréfonds harmoniques de son instrument (sans doute désaccordé à n’en plus pouvoir) pour bien souligner ces ralentissements. Ce procédé là a cependant bien plus un rôle dans le contrepoint, la diversion qu’il fournit que dans sa qualité propre, dans le but de surprendre l’auditeur la seconde où il se termine, en relançant l’allure, en la maintenant, voire en l’accélérant toujours plus (comme je l’ai déjà décrit). 
Toujours moins suggestifs et plus vindicatifs, les musiciens laissent la patience de côté pour poser réellement leur réquisitoire en bonne et due forme, réquisitoire dont l’accusé ne peut se défiler, entre les blasts guerriers du batteur qui ne laissent plus d’échappatoire, les guitares qui, à grand renforts de polyphonies évocatrices, et des cadences plus rapides et plus thrash, même punk ou rock’n’roll, serrent la visse continuellement et confine les émotions de plus en plus explosives dans un espace de plus en plus saturé et tendu, et posent le décor, peu enclin au pardon et bien plus aux menaces, à la violence et aux ténèbres, seulement tranchées par l’éclat de la lumière blanche et crue, la lumière qui blesse le yeux de celui qui l’a trop longtemps évitée, pour laisser la place d’honneur au chanteur : celui-ci en effet exprime le plus explicitement cet aspect péremptoire, accusateur et intimidant de l’album. Il laisse ses réclamations acerbes, étayées à grand renforts de persiflements rageurs et de malédictions hargneuses, d’une voix sèche, rauque et rocailleuse. Il se fait le légitime tribun de cette bien sombre formation, interpellant son auditeur sans relâche.
Sa hargne s’effiloche parfois, se brise et trébuche, pour faire apparaître désormais non plus de la haine, mais une intense souffrance : c’est bien le cri de haine mêlé de jalousie et d’admiration de la bête en fermée au fond d’un trou obscur à ses maîtres impitoyables, sourds à toutes demandes d’aides. Les ténèbres lui ont été imposées, mais elles lui serviront d’armes contre ceux qui l’y ont obligée, Kyy arrive en effet souvent à un point bien plus aérien, virtuose, où des sentiments hermétiques et percutants comme ceux décrit avant disparaissent, pour ne laisser que les restes calcinés et meurtris du précédent incendie. Des moments donc, bien plus judicieux à l’expression de sentiments plus complexes et fins que dans ses instants les plus colériques, comme un très certaine mélancolie dans « Immaculate Serpent King », voire une noble dignité au coeur l’anéantissement total dans « Travesty of Light », qui finissent par émerger au-dessus de toute cette rage noire, cette virulence qui se mue en amertume au fil des mesures, ce furieux refus en solennelle marche vers la mort.


La formation finlandaise, par sa capacité à serrer l’étau sans discontinuer, tendre et assombrir par la rage toujours plus les riffs de son morceau, revêtir jusqu’à l’ordre de ses parties et leur virtuosité de sens, peut facilement prétendre à la case de l’excellence. Tout en sachant pertinemment avec quoi elle joue, et en jouant très très bien, on l’aura vu, avec le peu qu’on nous présente ici (eh oui, le seul problème de cette oeuvre est sans doute sa durée, mais pour une première sortie, on ne peut pas demander la lune,) on redoute déjà l’éclatement violence qui finira par arriver, parce qu’il arrivera dans les albums suivants s’il n’est pas déjà passé - à chacun de juger -  et il ne fera pas de quartier, à en voir la virulence de ses prémices, tout ceci démontrant une très certaine maîtrise du genre, le groupe sait toutefois tirer la couverture en évitant de se faire embobiner par les codes du domaine qu'elle utilise, et de se placer en porte-voix déjà entendu maintes et maintes fois. Kyy ne se laisse pas démonter et va jusqu’au bout de ses thématiques, les faisant tout honnêtement ressortir dans sa musique et sa structure, et pose sa foule de questions, intéressantes, et même nécessaire à se poser pour nous autres, qui nous plaisons tant à nous prétendre adeptes, témoins, ou simples amateurs des manifestations des ténèbres, n’y appartenons nous pas tous, même pour les plus naïfs et « immaculés » justement, de notre espèce, pas un peu ? L’obscurité nous menace t-elle, est-elle au contraire la porte de secours de nos coeurs décidément bien tourmentés, ou sommes-nous depuis déjà bien longtemps dans son giron, tous autant que nous sommes ? 







- Pestifer






mercredi 7 octobre 2015

A DIADEM OF DEAD STARS - The Mist Bearer Pt.II



A DIADEM OF DEAD STARS



The Mist Bearer Pt.II





Genre : Black Metal/Ambiant/Dungeon Synth
Label : Pest Productions
Date de sortie : 23 Septembre 2015

Tracklist :
1. 
The Mist Bearer (Part II)
2. A Blood Red Sun Sets On Wintry Shores








   S'il est évident que le Black Metal à su se muer en d'innombrables formes, il est moins évident de réellement définir là où il commence et là où il s'arrête. Depuis ces dernières années le Black Metal semble se décomplexer sans se trahir, de nombreux projets pullulent, ouvrant de nouveaux horizons musicaux tout en gardant la hargne, la mélancolie, la noirceur ou la poésie et bien d'autres qualificatifs inhérents à ce sous-genre. Si les premiers noms qui me viennent sont Burzum, Violet Cold, Ulver ou encore Summoning, chacun aura son idée. Rejeton de cette décomplexion, A Diadem Of Dead Stars, petit one-man-band grec mené par The Pilgrim à travers des paysages oniriques, sort un EP qui fait suite à son premier album.

   Si dans son approche, l'auteur ne propose rien de nouveau, en effet cet EP étant découpé en deux parties, à savoir une première de Black Metal atmosphérique instrumentale rappelant un Wolves In The Throne Room et une seconde ambiante à l'instar d'un Burzum, le résultat est là et s'inscrit dans une mouvance artistique proche du Cascadian Black Metal. Ici point d'ambiances grim, de blast beat guerriers et d'invocations occultes, simplement une atmosphère contemplative et nostalgique, laissant libre cours à notre imagination par l'absence de paroles. The Pilgrim nous dessine une toile onirique à travers ces deux morceaux à l'ambiance travaillée. Les deux pièces vont d'ailleurs être traitées séparément car bien qu'elles se complètent aisément, elles restent relativement différent l'une de l'autre. 
   « The Mist Bearer Pt.2 » suite d'une première partie que j'avais beaucoup aimée, est un très bon morceaux, légèrement en deçà du premier volet mais plus aérien, plus nostalgique aussi peut-être. Bien que la succession des deux chansons (Mist Bearer I et II hein, pas la seconde de l'EP, que ça soit bien clair) ne semblent pas à première vue évidente, cependant on trouvera une filiation dans l'atmosphère et le riffing. Les mélodies entêtantes déployées ici créer une sorte d'invitation au voyage, impression sûrement influencée par le nom de l'artiste et celui de la pièce. Les trémolos mid-tempo sur lesquels viennent se placer quelques touches d'ambiant créent une dimension contemplative vis-à-vis de la fresque que nous compose The Pilgrim. Les notes de ce qui semble être une flûte m'évoque ce qu'à pu faire Summoning (peut-être un peu trop d'ailleurs). Un bref mais magnifique interlude à la guitare sèche et le morceaux reprend, plus compact, plus sombre aussi. L'ambiance se fait bien plus lourde et pesante qu'elle ne l'était précédemment avec une batterie martelant les temps fort et créant une monté en puissance avant d'achever le morceau. 
   « A Blood Red Sun Sets On Wintry Shores », la seconde pièce, est assez atypique, mélange d'Ambiant et de Dungeon Synth, deux mouvances proches du Black Metal. Les patterns simples mais hypnotiques, agrémentés de variations réverbérées finiront l'immersion mené par The Pilgrim dans son univers. Bien qu'assez classique, le résultat est efficace et de qualité, concluant à merveille cet EP mais amène un léger problème.
   En effet par ses deux morceaux et surtout leur aspect onirique et atmosphérique, cet EP suppose l'immersion mais sur vingtaine minutes, même d'aussi bonne qualité et aussi prenantes, c'est un processus qui peut prendre du temps. De plus A Diadem Of Dead Stars propose de nombreuses choses différentes sur un temps peut-être trop court pour tout réellement déployer, contrairement à d'autres œuvres plus longues où The Pilgrim à eu le loisir de mieux déployer ses talents, le premier et excellent Mist Bearer par exemple. De ce fait, la transition entre les deux différents morceaux ainsi que la fin de l'EP laisse comme un manque, si chacune de ces deux pièces sont complètes et abouties, un petit liant et plus de temps rendrait ce « The Mist Bearer Pt.II » parfait.

   A Diadem Of Dead Stars est un groupe qui m'avait séduit dès la première écoute de l'album « The Mist Bearer » mais que j'avais malheureusement oublié, mais il a su me reconquérir avec cette suite spirituelle très réussie. The Pilgrim confirme son talent pour ces ambiances fantastiques empreintes à la fois de mélancolie et d'épique, qu'elles soient retranscrites à travers un Black Metal atmosphérique ou un Dungeon Synth hypnotique. A Diadem Of Dead Stars s'inscrit dans ce courant plus récent du Black Metal, que certains diront plus moderne, mais ce n'est pas mon avis. Simplement, l'horizon musical est en perpétuelle évolution et l'apport d'artistes avec leur vision et leur sensibilité comme ce que The Pilgrim nous propose ici, une œuvre s'éloignant du Black Metal dit classique tout en y étant indubitablement lié. 


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mardi 29 septembre 2015

MAÏEUTISTE - Maïeutiste

MAÏEUTISTE



Maïeutiste






Black metal
Date de sortie: 19 septembre 2015
Label: Les Acteurs de l'Ombre



Tracklist:
1. Introductions...
2. ...in the Mirror...
3. Reflect/Disappear
4. Purgatoire
5. The Fall
6. Absolution
7. The Eye of Maieutic Art
8. Lifeless Visions
9. Death to Free Thinkers
10. Annonciation
11. Death to Socrates







Pas les derniers à dénicher les petites perles du black métal hexagonal, Les Acteurs de l'Ombre, après un excellent Déluge récemment chroniqué remettent le couvert avec une formation originaire cette fois de Saint-Étienne et le projet plus qu'ambitieux qu'est son premier album, j'ai nommé Maïeutiste.

Si une démo, Socratic Black Metal, avait déjà vu le jour en 2007, le groupe s'était jusque là fait plutôt discret mais ces 8 années de "silence" n'en ont probablement été que plus bénéfiques compte tenu de la densité et de la complexité de cet album.
Ambitieux, il l'est très certainement. En fait, et je ne vais pas y aller par quatre chemins, Maïeutiste est typiquement le genre de petit chef-d'œuvre qui me fait dire que le black est le sous-genre de metal qui a le plus évolué, s'ouvrant de plus en plus aux influences extérieures et offrant ainsi une grande diversité devenant lui-même un courant artistique complet.
Maïeutiste en est la symbiose et pioche ainsi aussi bien chez la scène norvégienne des années 90 que dans des types d'expression plus expérimentaux, incorporant riffs pagan, neo-folk, doom ou encore passages jazzy. Les ambiances sont donc très variées et ces changements surprennent plus d'une fois car si l'on pourrait penser, à raison d'ailleurs, que l'exercice est difficile, Maïeutiste parvient sans problème à subjuguer l'auditeur par la fluidité de ses transitions, elles-mêmes apportant leur lot de surprises. Chaque moment est pensé, réfléchi même, dans un véritable souci du détail et contribue à apporter une réelle cohésion au tout. 
Entre riffs et blasts destructeurs comme autant de tourbillons de notes étourdissantes, malédictions éructées avec hargne, mélopées incantatoires envoûtantes, passages acoustiques emplis de spleen et bien d'autres choses encore, ces 76 minutes passent finalement bien vite, cette longue durée permettant justement au groupe de développer suffisamment chacune de ces facettes sans jamais se défaire totalement de ses racines black metal. La production, vraiment bonne, aidant, chaque chose est à sa place et ces compositions sonnent comme elles le doivent, froides, agressives et parfois littéralement inquisitrices. Et quand vous croyez avoir fait le tour, Maïeutiste a tôt fait de vous faire réviser votre jugement et se lance ici dans un solo d'une redoutable efficacité, là dans un interlude jazzy trouvant étonnement et parfaitement sa place ou encore là dans un doom d'une pesanteur suffocante. Tout cela sans même évoquer ces quelques pépites groovy où s'entrecroisent cette fois thrash et heavy metal, idéales pour se laisser entraîner juste avant de se prendre le coup fatal, ni le chant dans le ton qui correspond chaque fois qu'il intervient. J'aurais presque envie de me lancer dans une chronique plus détaillée, de passer au peigne fin chaque morceau, chaque riff, ce que j'ai fais pendant mes nombreuses écoutes afin d'en déceler tous les détails dissimulés dans les moindres recoins mais je vais m'en abstenir ici car ce ne serait pas rendre justice à l'album, celui-ci méritant nombres d'autres écoutes et probablement nombres d'autres interprétations et vous laisser, chers lecteurs, plonger vous-mêmes dans cet album regorgeant de subtilités et je conclurai plus sobrement en affirmant que Maïeutiste accouche là d'un monstre imprévisible, indomptable et assoiffé de sang mais particulièrement intelligent, sachant s’affranchir des écueils inhérents à la fois au black metal et au métissage des genres lorsqu’il est poussé à bout comme c’est le cas ici. En résulte une oeuvre théâtrale où le black metal règne malgré tout en maître et dont les actes peuvent être chacun pris à part, ils ont tous une histoire terrifiante à raconter. Une coopération avec les Acteurs de l'Ombre que j'espère fructueuse, il le serait pénible de devoir attendre 8 nouvelles années pour un successeur à ce premier méfait ô combien prometteur témoignant déjà d'une très forte personnalité.












jeudi 24 septembre 2015

COLD NORTHERN VENGEANCE - Maelstrom


COLD NORTHERN 
VENGEANCE

- Maelstrom


Genre : Black Metal
Label : Moribund Records
Date : 30 October 2015





Tracklist : 
1. Pierced by the Tree
2. Seeker of Secrets
3. Eye of the Storm
4. Waxing and Waning
5. The Darkness of Once Was
6. Paradox






Comme je m’y prend à penser souvent, les groupes les plus intéressants sont (presque) toujours ceux qui possèdent des thématiques allant de pair avec leur production musicale. Un tel ou un autre peut certes user de sujets habituels et aboutir à une oeuvre bonne techniquement parlant, voire très bonne, mais cela passe rarement au-dessus. Non, là où la musique peut devenir instinctive, virtuose à en ficher la chair de poule, spontanée dans son excellence, quasiment parfaite, atteindre une niveau éblouissant dans la symbiose de ses compositions au message, à la revendication, bref, à ce qu’on pense en plus de ce qu’on fait, c’est toujours, toujours quand la formation s’est un peu plus investie qu’uniquement de ses petites mains, et s’est décidé à user aussi de sa ou ses têtes, de sa connaissance, pour revêtir sa musique de savoir, de sens finalement, et de faire d’une simple mélodie une réflexion philosophique, ou une peinture évocatrice qui vous poussera à la même.

C’est là qu’on commence à reprendre, et pas moi le premier bien évidemment (eh oui, un gouffre d’antimatière a aspiré le blog ces derniers temps, avec une véritable désertion de ces satanés chroniqueurs, toujours occupés à se tourner les pouces !) et aujourd’hui avec Cold Northern Vengeance, un groupe qui n’est plus sans réputation, un nombre de démos et de splits qui commencent à se bousculer au portillon, et ce second album longue-durée, Maelstrom, mesdames messieurs, musique ! 
Si le CD ne commence que par la clameur des mouettes, le souffle des embruns et le bruissement des vagues, un discret chant d’une sirène se fait de plus en plus fort, cette partie sinueuse et retorse de guitare marquant le véritable départ de la formation, qui ouvre un peu plus tard sur une mélodie black magistrale et évocatrice, comme on en a l’habitude d’en voir, au clavier d’y rajouter son grain de sel avec une mélodie doucereuse et argentine, et au chanteur de déblatérer sa harangue mélodieuse en chant clair, soulignée et accentuée par ces dames à 6 cordes usant jusqu’à plus soif d’harmonies très courtes répétées deux ou trois fois, pas plus, et donner un parfum de raréfaction et d’authenticité à ce mélange qui sait déjà s’imposer après quelques minutes d’écoute.
Malgré les premiers titres qui ont du mal à se concilier et à être cohérents entre la fin des uns et le début des autres, et une certaine réticence à se plonger totalement dans le monde dont elle détient les clés, Cold Northern Vengeance se retrouve toujours d’aplomb pour son développement, et délivre au cours de son album, outre un riffing plutôt linéaire et régulier, en particulier en ce début de l’album, les guitares au départ très classiques, se distribuent très vite les rôles pour en arriver à un jeu complexe de questions et de réponses, aiguisant sans relâche ses pics de grandiloquence épique et de transportements virtuoses, développant une surenchère lyrique de plus en plus enflammée à, l’une s’engageant tandis que l’autre se retire, pour que cette dernière se ménage au mieux une entrée éblouissante à sa prochaine intervention, les différentes harmonies qui se chevauchent donnant un mélange qui commence à prendre du sens et une saveur digne de ce nom, la gifle des embruns se mêlant aux jets d’écume, dans une tornade grandiose d’éléments déchaînés, alors que le ressac malmène et désoriente toujours plus un auditeur exalté et convaincu. Alors que certains ralentissements apparaissent régulièrement, en induisant un certain suspens qui avance pas à pas, au tempo des arpèges conspirateurs et des exhortations du vocaliste, que la mer semble se retirer enfin, c’est toujours pour que le groupe reprenne de plus belle quelque instants après, et qu’une immense lame de fond émerge, celle qu’on craignait, qui risque définitivement de faire chavirer la dernière chaloupe, matérialisée par les solos hurlants et lancinants de guitare dont ses notes vrillées finissent par s’éteindre dans le vent hurlant.
Si d’ordinaire je trouve la présence de claviers très malvenue, ceux-ci étants souvent très mal utilisés (à l’humble avis de votre serviteur), Heathen réalise toutefois ici un coup de maître, en gardant souvent celui-ci en réserve, parsemant discrètement ses compositions de mélodies ou d’accentuations harmoniques en second plan, comme un murmure tentateur lancinant, qui résonnerait au creux des vagues et au-dessus de l’écume, pour lui faire donner de la voix aux instants les plus judicieux, en envahissant les parties principales pour faire entendre ses accords majestueux, grandioses et imposants, à en inspirer la vue d’une mer démontée et des cieux tourmentés et grondants qui la surplombent. 
C’est cependant sans le chanteur que la formation peinerait réellement, ce Neptune fait ténor dictant son amer réquisitoire, à grand renfort de chuchotis fantomatiques et de malédictions si sincères, presque lasses par moment. Son chant clair est d’autant plus bien utilisé qu’habituellement dans le metal (n’en déplaise aux adeptes de sympho, mais admettez que c’est plus une excuses pour se maquiller en princesse et chantonner d’une voix criarde, heureusement déguisée par une prod commerçante), dans une mélopée empreinte de noblesse et de tragédie, comme s’il interprétait le discours de l’horizon marin et des flots gris. C’est en plus de la poétique des étendues océaniques - qui est du plus grand effet et va de pair avec ce genre de musique-là - que le message va bien plus loin, en effet, mieux que de le décrire, Cold Northern Vengeance se place en tant qu’émissaire de l’océan, c’est par sa bouche que retentit le cri d’agonie de cet être suprême, bafoué et incompris à jamais, à la fois incarnant rêve féérique et malédiction pleine de danger pour nos yeux humains, trop humains peut être.
Parce que oui, si Cold Northern Vengeance s’est définitivement tourné vers des thématiques marines, c’est une mer tourmentée qui est dépeinte, agitée, en proie à la confusion d’une entité sur le déclin, prêt à passer de l’autre côté du gouffre, celui des mystères de l’inconnu, du passé, et surtout de l’amertume, à vous en laisser un méchant goût salé sur la langue. Son chant, c’est celui du vent qui hurle sur la crête des vagues, engagées dans un assaut inlassable, brisées sans cesse puis reformées, sa guerre c’est le siège des éléments contre celui qui se trouve sur la berge, l’Homme bien sûr, qui découvre les mers inexplorées sans connaître son propre coeur, ses coups de butoir, les lames de fond, sa diatribe le grondement du tonnerre inapaisé, ses griffes ses flots glacés, écumants et tourbillonnants, et son courroux les tempêtes en furie.
La formation réussi en somme un procédé singulièrement brillant : tandis qu’elle s’appuie en premier sur la base d’un genre qu’elle maîtrise pour le moins excellemment, elle l’a montrée maintes et maintes fois dans ses sorties (et le clame à nouveau dans cet album aujourd’hui), elle brigue en second la main d’un auditeur qui était déjà convaincu, avec ces thématiques sur lesquelles je me suis étendu, pour lui en foutre définitivement pleins les yeux, à lui taper dans l’oeil au premier regard sur la pochette, puis lui remuer les tripes de fond en comble tout au long de l’écoute de « Maelstrom », une galette d’une qualité facilement incontestable.

- Pestifer












lundi 21 septembre 2015

DYSYLUMN - Conceptarium




DYSYLUMN


Conceptarium




Genre : Death Metal
Label : Indépendant
Date de sortie : 1er Septembre 2015

Tracklist :
1. Vide Spatial
2. Cauchemar
3. Esclave Céleste
4. 
Conceptarium pt. I
5. Conceptarium pt. II
6. Agonie
7. Réveil
8. Voyage Astral
9. Nébuleuse







  Créé à l'origine dans l'honorable but de rendre hommage à un proche fauché par la mort, Dysylumn a sortit récemment sa première grosse œuvre sous le nom de Conceptarium, continuant son aventure musicale à travers le cosmos. Tel un trou noir musical, Dysylumn aspire de nombreuses influences à lui, allant du Death Metal jusqu'au Prog avec parfois quelques relents plus noirs. Si Gorguts traverse l'esprit, Augury n'est pas loin (Concealed en tête surtout), mais nombreux sont les groupes à lorgner sur les cadors du style sans être capable d'expulser ne serait-ce qu'un pet d'originalité malgré les larges possibilités du genre, alors que dire de Dysylumn ? 

   Ce Conceptarium est bon, un peu trop retenu je pense mais bon.  Ici, les idées de composition sont bonnes mais peut-être pas assez poussées, comme si le duo se retenait d'amener plus loin ce qu'il entreprenait. Pourtant des pièces telles que Conceptarium pt.1 et 2 montrent bien qu'elles peuvent être les qualités de composition des artistes. Cependant, Dysylumn s'emploie à nous faire traverser des ambiances variées et travaillées tantôt lourdes, tantôt onirique, traversant l'espace et le temps. Si depuis quelques années l'espace fait partie des thématiques récurrentes et vendeuse de la scène metal et plus particulièrement à veine technique, forcé de constater qu'à l'inverse de la majorité, la thématique du duo s'entrelace avec sa musique et s'y ressent. Exemple parfait avec l'introduction, « Vide Spatial », rappelant ce qu'un Darkspace à pu entreprendre en moins opaque toutefois, où les percussions m'évoquent l'implacable gravité d'immenses astres au sein du… bha vide spatial. Je reprocherais tout de même pour ce morceau une batterie certes très variée mais peut-être un peu intrusive, brisant un peu l'ambiance instaurée à la longue. 
   Tout au long de l'album, Dysylumn va nous proposer des variations rythmiques, du groove en pagaille amené par une très bonne batterie, des riffs lourds entrecoupés de pointes plus incisives le tout supplanté par un growl certes assez monocorde mais des plus caverneux. Si les ingrédients de Conceptarium ne sont pas de toute première fraîcheur, c'est l’habilité du cuistot qui donne toute sa saveur au plat, autrement dit, si les lyonnais ne propose certes rien de nouveau sur le papier, la qualité de composition et le rendu atmosphérique est de très bonne facture. Pour revenir cette batterie, elle est, avec les ambiances des différentes pièces, le point fort de cet album. Ne jouant pas les simples métronomes, les percussions ici déploient toutes leurs capacités de jeu, apportant puissance et diversité à des morceaux qui ne sont pourtant déjà pas avares. Malgré un bémol tout ce qu'il y a de subjectif pour sa présence que je juge légèrement intempestive sur l'introduction, la batterie apporte beaucoup dans la seconde écoute, dans le rythme et le groove de ce Conceptarium. 
    Encore un petit point sur ce qui touche à la production car elle est particulièrement bonne, je m'explique. Dans la vague de Death Metal moderne à petit relent technique, des gros BassDrop ou une production testostéronée sert souvent de cache misère, mettant en avant grossièrement une puissance que le groupe n'aurait pas, un peu comme une chaussette roulée dans le pantalon. Or ici, production étonnamment nette où chaque instrument a sa place, avec une puissance authentique et indéniable sans perdre de cet organisme et de ce naturel qui font la beauté de la musique. Assez rare pour être souligné dans un groupe de modeste envergure. 

   Le moins que l'on puisse dire c'est que l'hommage à ce défunt est réussi, on en est pas encore à souhaiter la mort des gens pour un album mais si Dysylumn réalise une prestation de cette volée à chaque fois, il faudra peut-être voir à s'y mettre. Plus sérieusement, le duo nous offre un petit album qui englobe ses deux premiers titres, pour le meilleur puisse qu'il s'agit de mes morceaux favoris à savoir le couple « Conceptarium » pt. 1 et 2 mais en les améliorant et les dotant d'une production sidérale, pour les incorporer à la perfection dans ce skeud réussi. Alliant technique, noirceur, lourdeur et atmosphère, Dysylumn en impose et cela avec un quasi sans faute. Cependant, comme je le dit dans mon introduction, j'ai tout de même envie de ce que ces deux jeunes gens peuvent réussir s'ils se laissent aller, car il me semble avoir sentit une certaine inhibition que j'espère aura disparu pour la suite que j'espère prochaine. 


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vendredi 18 septembre 2015

DÉLUGE - Æther

DÉLUGE



Æther








Black metal / Post-hardcore
Date de sortie: 19 septembre 2015
Labels: Les Acteurs de l'Ombre



Tracklist:
1. Avalanche
2. Appâts
3. Mélas | Khōlé
4. Naufrage
5. Houle
6. Klarträumer
7. Vide
8. Hypoxie
9. Bruine











"Le tonnerre gronde au loin. La pluie tombe sans cesse, incisive et impitoyable. Tempête soudaine d’instruments déchaînés puis le calme, le calme absolu." Tel nous est présenté Déluge et son premier album à paraître sous peu chez Les Acteurs de l’Ombre. Outre son nom, il semble évident que l’eau fait partie intégrante du concept Déluge à commencer par cette pochette aux tons bleus et l’omniprésence des vagues, oeuvre de Valnoir, mais aussi dans les titres et jusque dans l’album lui-même.Voici donc un album qui arrive à un moment particulièrement opportun. L’automne approche à grands pas et déjà chez moi, c’est pluie en continu depuis plusieurs jours faisant de ce Æther un accompagnement des plus adéquats pour mes soirées en solo entrecoupées de cigarettes fumées laconiquement devant ma fenêtre à regarder les gouttes battre le pavé. Ça et puis il faut dire aussi que j’attendais avec une certaine impatience de découvrir un peu plus ce groupe assez mystérieux dont on ne sait d’ailleurs pas grand chose, tout secoué que j’ai été par leur EP 3 titres Mélas | Khōlé paru l’année dernière ainsi que par leur prestation en ouverture de Celeste en février.

Faisant donc de l’eau son thème de prédilection, le groupe lorrain nous la présente sous tous les aspects, du violent orage à la douce bruine automnale en passant par les avalanches les plus destructrices et impitoyables, comme en attestent d’ailleurs les titres comme je le disais plus haut. La pluie devient chez Déluge un instrument supplémentaire qui s’exprime pleinement tout au long de l’album variant les intensités à l’image des musiciens et installant une atmosphère assez particulière, froide, sombre et mélancolique où tout espoir d’un rayon de soleil s’éteint peu à peu.

S’inscrivant musicalement dans cette mouvance moderne où s’entrecroisent un black metal racé et post-hardcore virulent, Æther déchaîne les éléments sous une déferlante de riffs en cascade ne se calmant que de façon impromptue le temps de constater les dégâts. Il est bien question d’un véritable déluge, fait de blasts explosifs, d’accélérations dévastatrices et de tourmente sonore dans ce qu’elle peut avoir de plus frontal, qui s’abat de toute sa force et ne laisse que ruine et désolation derrière lui puis le calme, absolu donc laissant s’exprimer plus librement guitares clean ou piano sur quelques notes en guise de point final comme pour mieux souligner la violence de l’impact, brutal et sans compromis ou lors de pauses bienvenues propices pour reprendre son souffle avant que n’arrive le prochain ouragan.
Il arrive donc malgré tout que quelques sonorités plus claires, aériennes et cristallines percent les riffs tourbillonnants telles de très brèves éclaircies et permettant surtout à Déluge de diversifier son art, de le construire goutte à goutte comme la pluie et l’eau en général développe la nature, de surprendre comme le premier coup de tonnerre que l’on entend au loin un jour de canicule. Je pense particulièrement à "Klarträumer" dont les sonorités sont très proches de ce que la scène post-black peut offrir ou à "Mélas | Khōlé" sur lequel nous avons le plaisir de retrouver un certain Neige en guest.
Entièrement lié à son concept, Æther est donc une oeuvre riche et variée, sans doute bien plus qu’il n’y paraît à la première écoute. Et personnelle, très personnelle, toute la musique ayant été composée par le guitariste François-Thibaut Hordé celui-ci prenant ce projet très à coeur et nous offrant une oeuvre finalement assez intimiste, qui ne s’apprécie pleinement qu’en compagnie de soi-même et à une certaine heure de la nuit (avec un temps pourri c’est encore mieux). Jusque dans les textes écrits dans la langue de Molière, poétiques et imagés, ils s’accommodent parfaitement aux sentiments complexes ressentis à l’écoute de l’album et c’est aussi grâce au chant hurlé, colérique et plein de ressentiment de Maxime qui livre ici une prestation convaincante (même si j’avoue avoir eu besoin des textes pour tout bien comprendre… mais c’est un autre débat).

Déluge transforme donc l’essai sans l’ombre d’un problème avec ce premier album passionné et passionnant. Gare tout de même à ne pas se répéter à l’avenir le sujet me semblant assez limité pour d’autres albums à venir. Et si je me trompe, je ne demande qu’à être surpris.












lundi 14 septembre 2015

FORTE RUIN - Forte Ruin

FORTE RUIN



Forte Ruin







Death mélodique
Date de sortie: 20 avril 2015
Label: Indépendant



Tracklist:
1. Alienated Humanity
2. 45 Days
3. Enter The Masquerade








Fraîchement débarqué depuis Lahti, Forte Ruin met dans nos pages une fois de plus la Finlande et le melodeath à l'honneur. Comme j'ai déjà pu le souligner dans la chronique d'un autre groupe finlandais le mois dernier, force est de constater que le style, principalement l'apanage de leurs voisins suédois à qui l'on doit non seulement sa modernisation mais aussi sa popularité, est aujourd'hui largement représenté et qu'y trouver sa place est un pari risqué. À moins de proposer des compositions solides et / ou originales, ce que Forte Ruin, malgré sa courte carrière à déjà bien intégré. 

Ainsi l'amateur de death metal moderne ne sera pas dépaysé par l'ouverture et retrouvera ainsi dès les premières notes de "Alienated Humanity" la recette qui a propulsé In Flames sur le devant de la scène en son temps. C'est frais, énergique, les mélodies et refrains où apparaît chant clair sont bien construits et facilement mémorisables donc au nord, rien de bien nouveau et pourtant, Forte Ruin parvient à ajouter une touche assez personnelle à l'ensemble. Se réclamant d'influences diverses allant jusqu'à citer les Beatles ou Abba, le groupe n'hésite pas à nous claquer des solos de gratte comme à l'époque de papa et de son "stadium rock" fun et parfois limite kitsch quand ajoutés à des claviers so 70's notamment sur le second morceau, "45 Days" alors même que celui-ci s'ouvre sur un démarrage en trombe à grands renforts de clavier non sans rappeler un Children Of Bodom et que son refrain est tout droit sorti d'un album de Soilwork à tel point que l'on croirait reconnaître Björn Strid.  
Le 3eme et dernier morceau "Enter The Masquerade" présente encore le groupe sous une nouvelle facette, plus posée tout en restant diablement catchy et mettant le chant clair bien plus en avant. À ce propos je soulignerais aussi la performance vocale de Arttu car sans crier au génie, il y a de la maîtrise derrière et dieu merci ses parties claires restent sobres et efficaces, point de chant "metalcorisé" à outrance comme j'en entend trop souvent. Là encore ces petits interludes instrumentaux sont particulièrement bien amenés ce qui me fait dire que les zicos ont sans doute bien potassé leur sujet et seront sans doute capables de bien plus sur un long play. Disons que là, pour un 1er EP, le groupe va bien évidemment à l'essentiel et ces 3 titres remplissent leur office. Ce n'est pas le tout de mélanger les genres, encore faut-il le faire avec classe et jusque là Forte Ruin convainc sans trop de problème par son death mélodique totalement décomplexé et bien agréable à l'écoute. Nos finlandais ont parfaitement compris les mécanismes d'un style qui demande avant tout une bonne dose d'accroche pour bien remuer le pit et parviennent même en l'espace de 3 titres seulement à prouver qu'ils ont des idées à revendre. Je ne demande qu'à en écouter plus mais je suis déjà convaincu que Forte Ruin en a encore sous le coude pour me surprendre.