vendredi 31 janvier 2014

TENGGER CAVALRY - ANCIENT CALL

TENGGER CAVALRY


Ancient Call





Folk / Black metal
Date de sortie: 1er février 2014
Label: Metal Hell Records


Tracklist:
1. Dance With Wolf
2. Galloping Towards The Great Land
3. Battle Song From Far Away
4. Hymn O The Earth
5. Echo Of The Grassland
6. Brave
7. Summon The Warrior
8. The Battlefront
9. Chant Of The Cavalry
10. Legend On The Horseback







Me voilà bien... La semaine dernière je dénigre une grande partie de la scène folk metal pour aujourd'hui vous présenter un second album folk. Souvenez vous, la semaine dernière j'affirmais que le folk metal n'était plus vraiment intéressant dans la mesure où très peu de groupes se montraient inventifs. Force est de reconnaître qu'on nous sert souvent la même sauce et qu'il vaut mieux se contenter des valeurs sûres. Le "marché" (grrr que je déteste ce mot) est de plus en plus saturé par d'innombrables copies de copies de copies, chacun y allant de son petit univers spécifique. Les uns vont choisir le folklore scandinave, d'autres celui des pays de l'est, les derniers les ambiances celtiques... et finalement on tourne en rond. Et tout finit fatalement par trop se ressembler. J'aime écouter du folk metal, c'est toujours sympa, ça met une bonne ambiance lors de soirées entre potes, les concerts sont des rendez vous très festifs. Oui mais. Mais quand je dis "écouter" je devrais dire "entendre". Car une vraie écoute approfondie ne me donne que trop rarement envie d'aller plus loin dans la discographie d'un groupe. Pour un résultat plus efficace, invariablement, je retourne vers les pionniers du genre.


Vous en conviendrez, le folk est clairement une spécialité européenne. C'est une question d'histoire, de culture. Même si il est vrai que le style prend de l'ampleur en Amérique du Nord mais dans un registre quelque peu différent. Cependant il n'est pas rare de tomber sur des groupes se revendiquant viking / celtic dans les endroits les plus improbables. Cela m'a toujours laissé dubitatif de tomber sur un groupe Péruvien ou Japonais pratiquant ce type de musique, même si cela n'enlève rien à leur éventuelle qualité. Malgré tout, on tombe parfois sur de très bonnes surprises. Je pense notamment au metal oriental tel que pratiqué par Orphaned Land ou encore le death metal relevé à la sauce amérindienne de Chaska.

Aujourd'hui, c'est en Chine que je vous emmène, plus précisément Pékin. Un heureux hasard s'il en est puisque débute aujourd'hui le nouvel an chinois! Tengger Cavalry est un projet né sous la forme d'un one man band en 2010. Une démo, puis un 1er album feront parler d'eux, suffisamment du moins pour motiver la tête pensante à évoluer désormais sous la forme d'un véritable groupe. 4ème album du combo, "Ancient Call" est le premier à être un effort de groupe bien que "Nature" Zhang en reste le principal compositeur. La mixture proposée par Tengger Cavalry est un mélange étonnant et détonnant de black metal racé et de musiques nomades d'Asie, entre Chine, Mongolie et Kazakhstan. Dombra, guzheng, yangqin et morin khuur (moi non plus je ne connaissais pas) viennent se greffer harmonieusement aux riffs de guitare plus puissants et c'est évidemment là que réside tout le charme de cet album, invitant l'auditeur à un voyage au beau milieu des steppes mongoliennes. Il suffit de fermer les yeux pour y être transporté à dos de cheval au triple galop. Car oui, la musique ici est réellement galopante. On s'imagine sans peine parcourir les grandes étendues sauvages de ces régions si méconnues. "Galloping Towards The Great Land" (rien d'étonnant vu le titre), "Hymn Of The Earth" ou encore l'intro de "Brave" en sont des exemples criants, cependant le reste de l'album n'en est pas moins révélateur. Chacun exprime à sa façon une véritable sensation d'évasion, d'une liberté menée tambours battants. Puis soudain arrive un break acoustique, mettant plus en avant encore l'aspect folklorique, comme pour mieux reprendre son souffle. Ces variations d'intensité font de cet album une oeuvre des plus dynamiques, en perpétuel mouvement, ne permettant aucun décrochage de la part de son auditeur. On y plonge pleinement pour n'en sortir qu'une fois la dernière note passée. Tour à tour planante et brutale, la musique de Tengger Cavalry est d'une force rare. Autre caractéristique des plus plaisantes, ce sont les bases metal des morceaux. Elles vont à l'essentiel, ne cherchant pas la complexité à tout prix tout en étant efficaces comme il se doit. Un album qui aurait pu sembler basique si ce n'étaient les instruments précités qui donnent une couleur nouvelle, un courant d'air frais à un style maintes fois répétés, magnifiant chaque composition.
Ce qui étonne de prime abord, c'est la façon naturelle dont les mélodies et instruments asiatiques s'imbriquent parfaitement sur des structures metal plus conventionnelles. Il faut d'ailleurs souligner l'excellent travail de mixage, chaque chose est à sa place, les différentes sonorités distinctes et en parfaite adéquation rendant excellentes des saveurs pourtant très éloignées ("Summon The Warrior" est un petit bijou en la matière sous ses faux airs de Melechesh). Le meilleur des 2 mondes est présenté en l'espace d'à peine plus de 40 minutes, notamment par de longues parties instrumentales immersives. Déjà les dernières notes de "Legend On The Horseback" résonnent et le voyage prend fin, il est temps de rentrer.

Lorsqu'il me vient l'envie d'aller chercher de nouveaux groupes dans des pays lointains, c'est avant tout une envie d'autre chose qui m'anime, la recherche d'exotisme. Une culture totalement différente est évidemment le meilleur moyen d'y accéder. Tengger Cavalry nous prouve avec brio que le metal d'inspiration folklorique n'a pas nécessairement besoin d'être peuplés de drakkars, dragons et autres chevaliers en armure poutrant trolls et autres vilaines bestioles. Le discours est ici bien éloigné des schémas habituels et cela est déjà un rafraîchissement parfait en soi. De plus, le tout est mené de fort belle manière, avec une véritable passion. En musique comme en cuisine, des associations incongrues tiennent parfois du génie... Merci Tengger Cavalry, merci.



Highlights: "Hymn Of The Earth" "Summon The Warrior"






vendredi 24 janvier 2014

THYRIEN - Hymns Of The Mortal, Songs From The North

THYRIEN


HYMNS OF THE MORTALS - SONGS FROM THE NORTH





Folk Black Metal
Date de sortie: 24 janvier 2014
Label: Massacre Records


Tracklist:
1. Far Beyond Midgard
2. Vengeance Through My Soul
3. Deathwish
4. My Victory, My Defeat
5. The Frozen North
6. The Eternal Journey
7. Forest Is My Throne
8. Nature's Rage
9. When The Horizon Burns
10. Tinasormus







Le folk... j'ai toujours un brin d'appréhension lorsqu'il s'agit d'écouter une nouveauté estampillée folk. J'ai toujours considéré que c'est un style musical qui ne permet aucune approximation. Il y a quelques règles à respecter. Oui je sais, ça fait un peu vieux con de dire ça mais je n'y peux rien. En d'autres termes, si je dois être votre con du jour, j'assume pleinement. Il est rare qu'un groupe de folk me fasse dire "oui c'est pas mal". Très rare et pour cause, l'impression d'entendre encore et toujours la même chose. Aucune place à l'innovation. Sans être médiocre, la plupart des groupes me laissent sur ma faim. J'écoute puis j'oublie. C'est la, c'est la vie! Hmmm... Désolé.
Bon... je ne les vois pas mais je sens des regards appuyés marqués d'une certaine intrigue à mon égard alors je m'explique:
Le folk metal est un genre où les mélodies, souvent enjouées et rapides, sont le moteur, l'élément indispensable. Un niveau technique plus que correct est de rigueur. 1er point.
Le 2ème, une production au poil est primordiale. Ne serait ce que pour tout distinguer clairement, d'autant plus si vous avez derrière votre section habituelle guitare / basse / batterie toute une collection de binious, flutines et autres guimbardes. Bien que l'ajout d'instruments folkloriques ne soit pas obligatoire, certes.
On peut y coller des textes sur les bisounours, on peut. Mais le plus souvent, histoire d'être raccord avec la musique, ça cause quand même de batailles, de héros avec des grandes épées, de dragons et tout le bordel et parfois, de se bourrer la gueule. Mais parfois seulement hein, faut pas abuser des bonnes choses! Le repos du guerrier en quelques sortes...Toutes ces joyeusetés nous mènent directement au numéro 3: il faut un talent de composition certain, la musique se doit d'être épique, grandiose, riche en rebondissements, les mélodies galopantes, le chant plus que dans le ton. 
Et dernier point et non des moindres: entraînant et facilement mémorisable! Vous vous voyez sérieusement chanter avec vos potes en vous tenant par les bras après 5 bouteilles d'hydromel un truc long et chiant dont vous ne vous souvenez déjà plus parce que trop complexe? Non, et moi non plus, laissons ça aux fans de Dream Theater...

Toute cette longue introduction pour dire que Thyrien justement, a parfaitement compris tout ça. Tout y est, ni plus ni moins. Il faut reconnaitre cependant que les finlandais ne sont pas les premiers venus puisqu'il s'agit du side project de Emmi Silvennoinen d'Ensiferum. Formé en 2005, le quatuor sort son 1er EP The Frozen North en 2007 leur permettant de fouler les planches pour quelques concerts en Finlande. Plusieurs changements de line up et un emploi du temps chargé avec leurs autres formations respectives mettront malheureusement le groupe en pause forcée les années suivantes et ce n'est qu'aujourd'hui, forts d'un contrat tout frais avec Massacre Records que les musiciens nous reviennent avec Hymns Of the Mortals - Songs From The North, leur premier véritable album.

Comme vous l'aurez deviné, un album très marqué par le folklore, le climat et la nature scandinave. Comme c'est de coutume, effectivement. Bon et quand je dis que tout y est, pas vraiment vraiment tout. Il manque effectivement un petit détail, les instruments folklos ne sont pas là (et c'est là que tu comprends cher lecteur que je tape dans le mille puisque j'ai écrit précédemment qu'ils n'étaient pas obligatoires). Désolé donc, pour les fans de fanfare et autres troupes médiévo-folkloriques, le son est ici beaucoup plus brut. Et ça, pour être brut, il l'est!Ça bastonne jusque dans la production du chant, bien mis en avant et très sec, alternant voix black et growls, tout en gardant cet aspect mélodique si important. Les mélodies justement, entêtantes, à reprendre en chœur sans modération et soutenue de surcroît par une section rythmique qui je n'en doute pas, fera secouer des tignasses. A noter les interventions solistes du guitariste, loin d'être un manchot, qui elles, sonnent comme du bon vieux classic heavy metal. Les solos sont parfois anecdotiques (tout fan de metal y est habitué depuis longtemps) mais cet aspect plus heavy donne aux morceaux une saveur rafraîchissante et diablement efficace, comme un hommage aux "anciens" en plein chant guerrier. Un clavier ma foi plutôt discret vient enrichir ces compositions par des interventions relativement conventionnelles pour le style mais saupoudrées ici et là offrant une véritable dimension à l'ensemble.
Tout est là, je vous dit! Les mélodies pagan, l'envie irrépressible de poutrer, la hargne du combat, l'ode majestueuse à mère Nature, même la petite légèreté dansante pour conclure, que demander de plus? Ah oui, que les problèmes extérieurs ne viennent plus perturber un si bon projet, je veux la suite maintenant! Un début fort prometteur donc, avec cet album taillé pour l'exercice de la scène, à n'en pas douter.




Highlights: "My Victory, My Defeat" "Forest Is My Throne"







 

samedi 18 janvier 2014

OUR EXISTENCE IS PUNISHMENT - THE SECOND STAGE OF GRIEF

OUR EXISTENCE IS PUNISHMENT

THE SECOND STAGE OF GRIEF




Doom indus' / post hardcore
Date de sortie: 22 mai 2013
Label: Autoproduction


Tracklist:
1. Martyrdom
2. The End Of Modern Civilization
3. Disenchantment
4. The Second Stage Of Grief
5. Nothing
6. Beyond Recall
7. Unborn Saviors
8. A Small Piece Of Earth's Time







Que font les musiciens quand ils sont en vacances? Ils reforment un groupe et se remettent au boulot, pardi! C'est du moins ce que semblent penser les membres de Nadir, groupe de death metal hongrois à ne pas confondre avec les groupes du même nom canadien, allemand, grec, italien et espagnol (ça en fait du monde pour un seul patronyme...). Ainsi, quand Nadir est en pause, c'est leur deuxième formation qui prend le relais, formé des mêmes musiciens moins un guitariste. Musiciens prolifiques s'il en est, cela nous fait donc un total de 7 albums, 2 démos et 2 splits en l'espace de 8 ans! Et c'est sans compter ce qu'a pu sortir Nadir sous son ancien nom, Dark Clouds, ni les autres projets parallèles auxquels ils ont pu prendre part (pour les "archéologues" du metal qui veulent fouiller, en vrac: Anxius, Claustrophobia, Atropos, In Season...).
Vous l'aurez compris, nous avons affaire ici à de véritables stakhanovistes du riff, qui ne s'arrêtent que pour recommencer plus loin. On est évidemment en droit de se demander si une telle productivité laisse encore de la place pour la qualité. Autant Nadir, sans être mauvais, ne m'a pas spécialement convaincu, autant Our Existence Is Punishement (que j'abrégerai dorénavant en OEIP, ça va quand même plus vite!) se révèle bien plus intéressant.
Pratiquant un mid tempo lourd et opressant soutenu par des sons de basse modulés à l'extrême ("Disenchantment") et des riffs puissants de guitare décharnée, OEIP, comme son nom l'indique, résonne comme un cri de douleur, de désespoir, de dégoût de la condition humaine face à un monde en perdition. Ambiancés par l'usage de samples, les morceaux de ce "Second Stage Of Grief", qu'il définissent eux même comme du doom industriel, nous entraînent dans un monde post apocalyptique, à l'image de la pochette, que le chanteur de par sa voix rocailleuse et écorchée au possible nous décrit avec brio, éructant sa colère, palpable, comme un damné. Des éléments post harcore s'intègrent parfaitement sur certains passages élevant parfois l'intensité, le sentiment d'urgence ("The End Of Modern Civilization"), contrebalancés par des breaks ambient ou des passages plus doom ("The Second Stage Of Grief", "Unborn Saviors") qui font planer une atmosphère plombante tout le long de cet album. Ces 2 aspects s'entrecroisent, se complètent pour finalement un seul constat: une souffrance planétaire et inéluctable, il n'y a aucun échappatoire possible, vous serez happé par la tourmente d'une civilisation à jamais condamnée. Pas véritablement de structure traditionnelle couplet/refrain, mais certains thèmes reviennent parfois hanter des morceaux étonemment courts pour ce style, comme une piqure de rappel ou le souvenir douloureux d'anciennes phobies. A cela s'ajoute 2 instrumentaux, "Disenchantment" et "Beyond Recall" qui pourraient tout à fait se retrouver sur la B.O. d'un film catastrophe à l'hollywoodienne ainsi qu'un riff judicieusement emprunté au "Sabbath Bloody Sabbath" de Black Sabbath sur "Nothing".

Il est intéressant de constater comme chaque musicien / groupe a sa façon d'appréhender la musique. Quand certains vont travailler dans l'ombre pendant des années avant de sortir la moindre note, d'autres empilent les projets semblant ne jamais tarir leur source d'inspiration. Volonté de voir apparaître son nom partout et le plus rapidement possible? Je ne le sais et ce n'est sans doute pas la motivation principale de OEIP, dont le travail reste très confidentiel et intégralement téléchargeable et écoutable sur leur page bandcamp, ceci étant valable également pour Nadir. J'espère en tout cas qu'une suite sera donnée à ce side project des plus prometteurs!


Highlights: "The End Of Modern Civilization"







samedi 11 janvier 2014

HAIL SPIRIT NOIR - Oi Magoi

HAIL SPIRIT NOIR


OI MAGOI

 

 

 

Black metal pséychédélique
Date de sortie: 20 janvier 2014
Label: Code666 Records


Tracklist:
1. Blood Guru
2. Demon For A Day
3. Satan Is Time
4. Satyriko Orgio (Satyr's Orgy)
5. The Mermaid
6. Hunters
7. Oi Magoi









La Grèce, un pays qui ne brille pas particulièrement sur la scène internationale par son metal. Et pourtant, quand on y regarde de plus près, force est de constater que les quelques noms connus font parfois figure de pionniers. Pour commencer, il y a évidemment Rotting Christ, qui depuis presque 25 ans maintenant fait évoluer son black metal. On peut également citer le cas Septic Flesh, sans doute l'un des premiers groupes à avoir osé l'association death metal / chant lyrique ou encore Nighfall et ses 20 et quelques années au service du doom extrême, ou même Astarte, à ma connaissance le 1er (et unique) groupe de black metal entièrement féminin.

C'est en 2010 que débute l'aventure pour les Thessaloniciens de Hail Spirit Noir. Un premier album 2 ans plus tard, Pneuma, sera admirablement bien reçu par les critiques mais n'accèdera malheureusement pas à la notoriété qu'il mérite. Il faut dire que la musique pratiquée par le trio est loin des standards habituels. Et ce n'est pas ce "Oi Magoi" qui va changer la donne, le clou est définitivement enfoncé. Le groupe va cette fois bien plus loin dans son exploration du black metal le plus psychédélique qui soit. Le metal extrême sous toutes ses formes fusionné avec tout un tas de sonorités venues d'ailleurs, c'est un peu la grande mode du moment. Nombreux sont les groupes qui se lancent dans la lignée de précurseurs d'avant garde  (les références sont variées et nombreuses, Blut Aus Nord, Agalloch, Alcest, Solefald, Arcturus...) mais bien souvent, à trop vouloir en faire, ils tombent rapidement dans l'auto-caricature, cherchant toujours à repousser les limites de l'expérimentation mais sombrant malheureusement dans une suite de plans décousus et sans cohérence ou ne parvenant pas à se défaire de leurs influences. Heureusement, certains groupes arrivent encore à surprendre leurs auditeurs en fournissant un travail de qualité (et probablement de longue haleine) grâce à un accent mis particulièrement sur l'assimilation de toutes ces influences disparates, parvenant ainsi à mélanger les styles avec brio et donc au final, à offrir un album certes alambiqué mais réussi. Hail Spirit Noir fait définitivement parti de cette seconde catégorie.

Il est assez difficile de décrire textuellement la musique de Hail Spirit Noir. Imaginons qu'une faille spatio-temporelle ait réuni en plein Woodstock les membres de Dream Theater et Opeth, que ceux-ci ayant rencontré de gentils hippies soient devenus accrocs au LSD et que leur ait poussée l'idée saugrenue d'une jam session complètement improvisée et orchestrée par Aleister Crowley en personne. Guitares heavy / psyché, synthés tout droit sortis des 70's ou donnant dans le son futuriste bizarroïde, sonorités choisies d'ailleurs avec la précision d'un horloger suisse, ambiances mystiques que n'aurait pas renié un Coven ou un Black Widow, dissonances malsaines à souhait au travers d'arpèges subtilement administrés, un vrai bassiste, très présent qui apporte ses propres mélodies et ne suit pas bêtement la guitare, un chant tour à tour écorché et hargneux, clair et mélancolique (et étonnement juste, rare cette étendue vocale chez les black metalleux) voire ritualiste mode "messe noire", voilà en vrac la recette qui nous est ici servie. Mais le gros plus de cet album, c'est que le groupe destructure complètement ses compositions, frappant toujours où on l'attend le moins avec un génie qui mérite amplement d'être souligné. Il s'agit probablement d'une grosse prise de risque artistique tant le chemin suivi est tortueux, mais la maitrise en est totale. Chaque morceau à son identité propre, "The Mermaid", litanie très "Opeth" longue de 11 minutes, "Styriko Orgio" et ses premières minutes black metal traditionnel dérivant peu à peu vers une tourmente psychédélique, "Oi Magoi" ou "Satan Is Time" avec leur chant clair et leurs chœurs sombres et inquiétants ou encore "Blood Guru", parfaite symbiose de tout cela. Difficile donc de faire un choix, cet album risque de diviser!
Fascinant, hypnotisant, inclassable, orgasmique et lancinant à la fois, complexe mais tout en atmosphère, les adjectifs me manquent. Cet album me fait l'effet d'une bête hideuse tapie dans l'ombre, attendant patiemment sa proie afin de lui injecter le plus dangereux des venins, la laissant totalement paralysée.

Le black metal a désormais son histoire, riche et mouvementée. Il y a eu un avant et un après Venom et son "Black Metal", un avant et un après Mayhem et son "Deathcrush" (ou "De Mysteriis Dom Sathanas" c'est selon le point de vue), un avant et un après Blut Aus Nord et son "The Work Which Transforms God" (mais ça c'est mon avis personnel). Il y aura désormais un avant et un après Hail Spirit Noir.


Highlights: "Blood Guru", "The Mermaid"







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lundi 30 décembre 2013

BEWITCHER - Satanic Panic + Wild Blasphemy

BEWITCHER


SATANIC PANIC



 



Black / speed metal
Date de sortie: 17 septembre 2013
Label: Infernal Kommando Records



Tracklist:
1. Bewitcher
2. Sin Is In Her Blood
3. In The Night (The Cult Will Rise)





WILD BLASPHEMY

 

 

Date de sortie: 25 décembre 2013
Label: Infernal Kommando Records


Tracklist:
1. Wild Blasphemy
2. Rebellion At The Gates Of Heaven
3. Black Speed Delirium
4. Trial Of Swords








Il est toujours délicat de chroniquer un tout nouveau groupe qui débute à peine et qui ne bénéficie pas de l'appui d'une grande maison de disques. Parce que nous ne connaissons pas les musiciens qui le composent, parce qu'il est donc difficile d'obtenir des infos sur leurs éventuels précédents groupes (ou autres groupes toujous actifs), parce que leurs morceaux ne sortent que sur des démos autoproduites et qu'il est donc aussi difficile de savoir de quels moyens ils disposent pour l'enregistrement, le mixage etc... parce que ces mêmes démos ne sortent très souvent que de façon très confidentielle et ne comportent que très peu de morceaux, parce qu'impossible d'établir un véritable pronostic quant à leur futur (des groupes géniaux qui ne dépassent pas la 1ère démo, faute d'une promo désastreuse, d'un public qui ne suit pas ou pour d'autres raisons, ça existe malheureusement). Bref, vous l'aurez compris, il y a beaucoup plus de paramètres à prendre en compte pour chroniquer une simple démo que l'album d'un groupe déjà établi depuis plusieurs années.
J'ai choisi aujourd'hui la difficulté (et oui,le challenge, j'aime ça) et je vous propose la chronique de, non pas une, mais 2 démos, respectivement de 3 et 4 titres et sorties sur un très court intervalle de quelques mois. Et si je peux aider un groupe prometteur qui dépasse à peine les 100 mentions "j'aime" sur Facebook, si un seul de mes lecteurs se donne la peine d'aller écouter ce qu'ils proposent, alors j'ai rempli ma mission et je suis un homme comblé.

On ne laisse que trop peu de place à l'émergence de nouveaux talents. Le métalleux lambda est curieux, va souvent chercher la nouveauté, mais ne se donne que trop rarement les moyens de véritablement supporter la scène underground pour se contenter au final, lors de ses achats (d'albums, de places de concerts etc...) de ce qu'il connait déjà. Scène underground qui a terriblement besoin de tout support possible, en particulier du bouche à oreille. C'est normal, je ne blâme personne. Il est en effet difficile aujourd'hui de risquer quelques dollars sur un groupe dont on ne sait rien.
Pour cela, internet est un instrument formidable. En quelques clics, on accède aujourd'hui à la discographie complète du plus obscur groupe de black metal du Mozambique (si si, ça existe). De longues heures de recherche en perspective pour le passionné que je suis. Et qui dit recherche intensive, dit aussi énormément de déconvenues. Il faut l'avouer, l'amateurisme primaire, bête et méchant est largement sur-représenté. Pour un groupe qui va valoir le détour, il faut en écouter parfois une vingtaine qui n'envoie rien d'autre que du copié-collé sans âme, du réchauffé de formations plus populaires, bref, du sans intérêt total (et très souvent avec un son pourri genre "je passe mon enregistrement au mixeur pour avoir l'air plus trve evil of death"). Mails il arrive parfois que l'on tombe sur la perle rare, et là, ces nuits entières passées à zapper d'une chaine youtube à l'autre avec force café / clopes en renfort prennent tout leur sens. Le 1er réflexe devrait être, pour tout le monde, je partage immédiatement. C'est ce que je vais faire de suite avec Bewitcher.

Bewitcher est un duo originaire de Portland (un incroyable vivier de formations black metal semble-t-il, dont le fer de lance n'est autre qu'Agalloch), formé tout récemment et auteur donc de 2 démos depuis septembre que je vais chroniquer en une seule fois pour plus de commodité. Je parlais plus haut de réchauffé... Bon, il est clair que Bewitcher n'invente rien puisque la recette est ma foi plutôt simple. On est en terrain connu, celui du black'n'roll, version speed, un style qui aura connu ses heures de gloire dans les années 80 grâce notamment aux pionniers que sont Venom. Il est d'ailleurs assez amusant de constater qu'un autre groupe propose le même type de musique depuis plusieurs années maintenant sous le nom de Bewitched. Clin d'oeil? Hommage? Simple coïncidence? Mystère...
Non, Bewitcher ne sort rien de neuf. Mais bordel, quand la musique est aussi foutrement efficace, où est le putain de problème? La mélodie, bien que très speed, est là. Elle vous rentre dans la tête pour ne plus en sortir, vous entraîne dans un headbanging sauvage, vous pète les cervicales mais vous en redemanderez. Les paroles, satanisme omniprésent (bien qu'il s'agisse plus là d'un gimmick à mon avis), sont envoyées avec conviction. Une voix très "venomienne" mais qui me rappelle parfois celle d'Abbath d'Immortal notamment à l'entame de la 2ème démo. Le rock? Peut-être plus difficile à déceler mais les amateurs de Motörhead sauront le trouver sans difficulté. Un condensé de sauvagerie rock, très punk dans l'esprit, servi à la sauce black metal primitif, des transitions très bien trouvées (ce putain de break sur "In The Night (The Cult Will Rise)" énorme!) le tout à la vitesse de la lumière et sans pause svp. Une musique bestiale, qui donne envie de tout saccager, mais qu'est ce que c'est bon!
Cerise sur le gâteau, ils ont très bien compris les mécanismes d'internet et vous offrent gentiment leurs 2 démos en téléchargements gratuits sur leur bandcamp. Détail amusant, elles sont également disponibles au format cassette. Si le phénomène hipster n'y est pas totalement étranger (le vinyl est revenu depuis longtemps maintenant, pour la cassette, c'est de plus en plus courant et le milieu le plus underground du metal en est friand, j'en reparlerais), voilà en tout cas une autre preuve d'authenticité.

Bewitcher fait parti de ces groupes qui n'innovent pas, mais qui maîtrisent parfaitement leur sujet. Une meilleure production pourrait les emmener bien plus loin. Tout ce qui leur manque aujourd'hui, c'est un contrat discographique qui leur offrirait une plus grande visibilité sur un marché saturé. Une chose est sûre, j'attends de pied ferme de leur nouvelles!



Highlights: "Bewitcher", "In The Night (The Cult Will Rise)"






vendredi 20 décembre 2013

MAEL MORDHA


Damned When Dead






Doom épique
Date de sortie: 19 septembre 2013
Label: Candlelight Records

Tracklist:
1. Laudabiliter
2. King Of The English
3. Dawning Of The Grey
4. All Eire Will Quake
5. Bloody Alice (Of Abergavenny)
6. The Sacking Of Vedrafjord
7. A Dirge
8. Damned When Dead


   








Un nom zarbi qui fleure bon le gaelique, une croix celtique sur la pochette... Voici bien sûr la nouvelle sensation punk / new wave! Evidemment que je déconne... ce qu'ils sont susceptibles... Effectivement une telle présentation ne laisse que peu de place aux doutes, il s'agit de folk, ou de n'importe quel autre sous genre assimilé. Et bien oui mais il faut toujours se méfier des apparences et cet album ne déroge pas à la règle. Les accents celtiques sont bien là, à travers flûtes, guitares acoustiques et mélodies typiques, cependant Mael Mordha a choisi un autre chemin que les Korpiklaani, Fintroll & co.

4ème album (sans compter les 3 EP et le split avec Primordial) pour les Dublinois, peut-être celui d'un succès amplement mérité?



Dès le titre d'ouverture, les riffs sont lourds, puissants, une atmosphère plutôt sombre plane sur un mid tempo qui martèle une marche guerrière. Puis vient le chanteur avec sa voix claire si particulière qui colle parfaitement au doom épique, non sans rappeler leurs compatriotes de Primordial, principale influence du groupe.

Les 2 groupes sont irlandais et se ressemblent énormément mais il serait injuste et très réducteur de qualifier Mael Mordha de simple copie. Le style est similaire, de même que les thèmes abordés mas la démarche est différente. Là où Primordial va se diriger vers une musique assez mélancolique, toute en atmosphères subtiles et parfois carrément désespérées (réécoutez donc "The Coffin Ships"), Mael Mordha préfère de loin affronter ses peines en leur rentrant dans le lard de plein fouet. Pas tellement à la fête, les irlandais! La différence s'entend non seulement sur les mélodies, qui si elles ne sont pas plus joyeuses chez les uns ou les autres, sont beaucoup plus virulentes chez les petits frères, mais surtout au niveau du chant. Même type de voix (et ce n'est pas peu dire sachant que je considère A. A. Nemtheanga de Primordial comme l'un des meilleurs de sa génération), mais bel et bien 2 styles opposés. Là encore, plus direct chez Mael Mordha, dont le vocaliste officie dans un registre mi chanté / mi scandé, tel un chef de guerre motivant ses troupes avant la batailles ("Laudabiliter", "King of the English" notamment), s'offrant parfois le luxe de s'essayer au death metal sur de courts extrais ("Dawning of the Grey").



Dans son ensemble, ce Damned When Dead est typiquement ce que l'on peut attendre d'un album de doom épique, riffs bien costauds, facilement mémorisables, un rythme plutôt lent... mais reste résolument moderne grâce à ces ajouts folkloriques (l'intro de "The Sacking of the Vedrafjord" en est un parfait exemple). Quelques morceaux plus énergiques viennent s'incruster, permettant ainsi à Mael Mordha de ne pas toujours servir la même recette et de gagner en profondeur ("Dawning Of The Grey" encore ou bien "All Eire Will Quake" et son refrain imparable) .



Mael Mordha réussit l'exploit de sortir un album très porté doom mais terriblement entraînant, donnant envie à quiconque de se ruer à moitié à poil sur un ennemi imaginaire glaive à la main. Un album simple, sans fioriture, mais une belle richesse musicale.



Highlights: "King Of The English" "All Eire Will Quake"