dimanche 29 juin 2014

MAYBE THAT'S WHY HUMANS DRINK THE DARKNESS THAT IS COFFEE - Dum

MAYBE THAT'S WHY HUMANS DRINK THE DARKNESS THAT IS COFFEE


Dum




Ambient avant garde dark djent progressive black metal space opera
Date de sortie: 25 mai 2014
Label: Autoproduction

Tracklist:
1. The Notebook
2. Pim-Pim
3. Toga
4. Steninge Slott
5. Southedness Comes


Bon... pas trouvé de photo alors je vous met un éléphant nouveau né.


C'est mignon hein?



Je n'ai rien compris. Je me suis fait défoncer le crâne sous LSD, violer les tympans et pour finir j'ai envie de dégueuler des arc-en-ciel. Rien compris et j'en redemande. Une véritable attirance sado-masochiste, putain mais c'est quoi ce truc? Les extra-terrestres sont parmis nous, cette fois c'est certain. Ils arrivent là, comme ça, et nous inventent la plus délicieuse des tortures. Jamais entendu un truc pareil, jamais. Rien capté, je vous dis!

Comment alors, décrire quelque chose et plus difficile encore, vous donner envie d'aller écouter ça sans avoir la moindre idée de ce que je peux en dire? Cet album défie tout simplement toutes les lois de la musique élaborée depuis des siècles. "Dum" est à la fois moche et merveilleusement construit, étrange, intrigant, flippant et terriblement addictif. Une sorte de polarité extrême entre tout et son contraire et cohabitant parfaitement dans un même univers musical, utilisant des tonnes et des tonnes de structures différentes et superposées les unes aux autres. Cet album vous tordra les oreilles et vous emmènera dans un trip complètement halluciné, totalement indéfini et aléatoire. L'approche peut être tout autant froidement, cliniquement brutale que tempérée par des passages mélodiques emplis de plénitude. Les opposés s'attirent dit-on et il n'y a rien de plus vrai ici. La variété des sons, des textures est incroyable: associantions troublantes, riffs désagréables, hachages et broyages rythmiques, dissonances inquiétantes, harmoniques discordantes... Parfois, le désarroi grandiose semble basculer hors de contrôle. Nous sommes en permanence menacés par un chaos grandissant, s'élevant de plus en plus vers son paroxysme, de plus en plus fort, de plus en plus vite. Un orgasme surpuissant et dévastateur en attente de déclanchement. Le moment fatidique. Et tout s'arrête, net et sans bavure. Et surtout sans prévenir.

Je déteste le djent. Je considère ce courrant musical comme étant totalement dénué d'intérêt, sans âme, sans émotion et sans originalité. Tout se ressemble derrière cet amas de riffs syncopés accordés le plus bas possible. Le djent n'est qu'une substance musicale synthétique, froide et aseptisée qui tourne en rond et se fatigue pour rien. Nos suédois ont ici parfaitement compris son fonctionnement et l'utilisent à merveille comme l'ingrédient supplémentaire d'une recette complexe digne de l'alchimie la plus ésotérique. Les guitares apportent la puissance psychotropique qui rend cet album si indéfinissable une fois additionnées aux élans progressifs / avant gardistes dark electro auxquels s'ajoutent encore des plages ambientes éthérées. Chaque partie de cet album pourrait être prise individuellement, nous aurions toujours un album complet et cohérent. Et il en est de même une fois tout cela mis ensemble. Le chant sert de liant au tout, dans un registre plutôt black metal sans se départir de son véritable rôle, celui d'être utilisé comme un autre instrument à part entière et non juste une façon de raconter une histoire en alignant les mots. "Dum" a beau partir dans toutes les directions possibles et inimaginables, il n'en reste pas moins un des concepts les plus aboutis qu'il m'ait été donné d'écouter. Rien n'est laissé au hasard, de la composition bad trip dégoulinante de saleté au mixage aliéné et futuriste. Oui c'est cela, Dum vient d'un autre temps et d'une autre galaxie.

Aucun morceau ne se détache véritablement des autres. Aussi imprévisibles les uns que les autres, ils forment une unité destabilisante qui ne prend son sens qu'une fois l'écoute de la totalité de l'album achevée. Les suédois se payent d'ailleurs carrément le luxe de conclure par un morceau de 23 minutes, prétexte au voyage le plus étrange et sans doute l'un des plus passionnant auquel j'aurais pris part. Rien ne sera plus jamais pareil. "Dum" n'est pas le produit du genre humain. Je me sens vidé, torturé, poussé dans mes derniers retranchements. Je n'ai rien compris. Et putain, j'ai aimé ça!


Highlights: Je vous ai dit que cet album formait un tout bordel, faut lire un peu alors allez m'écouter ça EN ENTIER!








samedi 28 juin 2014

HIRSIPUU - Ihmisestä

HIRSIPUU


Ihmisestä




Death metal
Date de sortie: 18 avril 2014
Label: Autoproduction


Tracklist:
1. Antaa Sen Huutaa
2. Pyhitetty Olkoon Sinun Himosi
3. Apostata
4. Raivo
5. Välttämäton Paha
6. Turha Uhri
7. Väelle Valta
8. Akti






Hirsipuu (c'est du finnois, oui encore!) = potence.

Cette chronique sera probablement aussi courte que l'album dont elle parle, lui même aussi court que la corde nécessaire à la bonne utilisation d'une potence. 8 morceaux, 19 minutes, la messe est dite! En effet, si le précédent article vous ventait la sophistication du death metal hautement progressif du groupe belge Omnerod, cette fois-ci, nous sommes à l'opposé direct. Comprendre un death metal le plus agressif et bourrin qui soit. Sans techniquement parler de "brutal" death, la violence du propos étant plutôt le fait d'une incroyable rapidité d'exécution proche d'un thrash survitaminé que d'une propension à en faire des caisses pour rendre Cannibal Corpse encore plus méchant et technique qu'il ne l'est déjà. En fait il vaut mieux imaginer un death old school scandinave, les amplis poussés à 11 et joué à 400bpm. Exit les solos, pas besoin, ce qu'on veut c'est tabasser, pas s'extasier devant un gratteux qui se la pète. La bande son d'un blitzkrieg, telle pourrait être la devise des Finlandais, qui après la sortie d'une démo en 2013 semble bien décidés à passer la vitesse supérieure avec cet EP. Choix judicieux de commencer doucement de la sorte vu le style pratiqué car je ne peux m'empêcher de me demander ce que donnerait un album complet. Alors évidemment, dénués de toutes fioritures et envoyant le pâté (encore en boîte et en visant la tête, tu te démerdes copain!), les morceaux sont très courts, pas un seul n'atteint les 3 minutes. Le chant n'est pas le meilleur que j'ai entendu et s'apparente plus aux aboiements d'un clebs enragé, la prod est somme toute assez basique mais néanmoins très rude et les compositions dans leur plus simple appareil. Quelques mélodies se détachent malgré tout sur certains morceaux, leur donnant un petit peps supplémentaire. Et ça fonctionne! Au contraire tous ces petits "à peu près" font de "Ihmisestä" une oeuvre cohérente où chaque note transpire la colère la plus féroce.

Hirsipuu propose là un défoulement des plus enthousiastes à s'en faire éclater l'encéphale. 19 minutes que vous n'oublierez pas de sitôt et qui devrait augmenter considérablement votre consommation de paracétamol. Intense, très intense.


Highlight: "Antaa Sen Huutaa" "Akti"







samedi 14 juin 2014

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OMNEROD - Ivory Dune

OMNEROD


Ivory Dune




Death metal progressif
Date de sortie: 9 mars 2014
Label: Autoproduction


Tracklist:
1. Fingerprint
2. Plastic
3. Vatnäjokull
4. Dry Feet
5. Etheric Drifting: Datura
6. Etheric Drifting: Ascension
7. 40 Seconds
8. Apeirophobia
9. Eye Of Koala
10. Panspermia







A Bruxelles, il y a bières à foison, frites, chocolats et foultitude de touristes pour s'en mettre plein la panse... et il y a Omnerod. Ils sont 3 (ils étaient 5 et sont depuis toujours à la recherche d'un bassiste... à bon entendeur, qui sait?), ils sont jeunes et viennent de sortir "Ivory Dune", l'un des albums les plus ambitieux qu'il m'ait été donné d'écouter depuis pas mal de temps. D'autant plus quand on sait qu'il s'agit là d'un 1er album. Démo? EP? Que nenni! Direct un long play et pas des moindres puisque les belges n'hésitent pas à sortir l'artillerie lourde, le grand jeu. Débordant de créativité, le trio nous pond là pas moins de 76 minutes de death progressif alambiqué pour ne pas dire parfois carrément halluciné. Plus dingue encore, "Ivory Dune" se termine par 2 pièces de respectivement 10 et 15 minutes. De quoi filer le vertige à votre serviteur qui à parfois du mal à boucler une compo de 2 minutes! La question qui se pose alors est de savoir si un tel album ne risque pas de souffrir de sa longueur, en particulier du fait de ses 2 derniers morceaux qui en composent à eux seuls un tiers. Au vu du style pratiqué, je dirais qu'il n'y a pas de demi mesure. Quelqu'un qui n'accrochera pas n'ira sans doute pas plus loin que le 2ème ou 3ème morceau. En revanche, si cet album vous parle, il le fera de bout en bout.
Il est également à noter qu'Omnerod a vu le jour en 2009. 5 ans à peaufiner son style, son jeu afin de trouver LE son qui leur correspondra, à digérer les influences multiples de chacun des musiciens... et à se produire très peu (pas du tout?) en live pour mieux se concentrer sur l'effort de composition. Rien n'est donc laissé au hasard et cela paye car le résultat final est saisissant, admirablement bien construit bien qu'extrêmement complexe et diversifié. D'ailleurs pour vous donner un semblant d'idée des personnes à qui nous avons affaire, lorsqu'on leur demande qu'elles sont leurs influences, ils vous répondent en vrac Between The Buried And Me, Bohren Und Der Club Of Gore, Cult Of Luna, Deftones, Devin Townsend, The Dillinger Escape Plan, Dream Theater, Gojira, Isis, Jason Becker, Meshuggah, Mike Patton, Nevermore, Psychotic Waltz, Tool, Ihsahn, Ibrahim Maalouf, Opeth, Steven Wilson et bien d'autres. Certes, le spectre est très large (mais néanmoins constitué d'excellents choix, à mon humble avis), mais au moins vous êtes prévenus: Omnerod est bien décidé à vous faire travailler les méninges!

"Ivory Dune" s'ouvre calmement sur "Fingerprint", une plage atmosphérique bien loin d'annoncer la suite. Guitares lentes et planantes, quelques bruitages en fond, c'est calme et reposant. On se laisserait presque bercer quand déboule furieusement et brutalement "Plastic", qui s'orientera peu à peu vers l'aspect réellement progressif du groupe au travers de riffs déjantés, de breaks entre parties lourdes et rentre dedans, d'autres véritablement violentes et d'autres encore plus aériennes. Ce morceau s'impose comme la parfaite symbiose de ce qui va suivre, surprenant son monde par d'incessants changements, de rythme, de son, d'orientation. Impossible de savoir où le groupe veut nous emmener... comme il est impossible de décrocher car le tout est non seulement parfaitement en place mais aussi et surtout vicieusement hypnotique. L'alternance chant clair / chant death est de plus maîtrisée, bien que les interventions vocales soit plutôt rares et parsemées, c'est un plus indéniable sur la valeur ajoutée du produit. 

Suite à ce morceau, 2 choix s'offrent à vous: c'est pas votre came et dans ce cas vous pouvez stopper net et passer à autre chose, ou alors vous laisser défiler l'instrumental "Vatnäjokull". Un peu de géographie déjà: le Vatnäjokull est la plus grande calotte glaciaire d'Islande, que nos Bruxellois parviennent à mettre en musique sous une forme atmosphérique bien lourde et oppressante. Puis on retrouve avec "Dry Feet" le death progressif complètement barré, toujours ces changements entre atmosphérique (voire ambient sur de très courts passages), gros metal qui tache et progressif pur. On en profite également pour remarquer la dextérité des musiciens. L'aspect technique n'est pas mis spécialement en avant et c'est, je trouve, une très bonne chose (la démonstration ça va bien 2 minutes mais ça devient vite chiant), cependant le jeu est bel et bien là.

Tandis que l'album défile, Omnerod a l'excellente idée de continuer à offrir de petites pauses bienvenues de temps à autre comme la plage instrumentale, première partie de "Etheric Drifting" ou encore le très doux "40 Seconds" qui comme son nom l'indique dépasse les 4 minutes (oui 4 minutes ça reste "petit" ici)... "Etheric Drifting" d'abord est plus à l'image de "Fingerprint" ce qui non seulement vous laissera le temps de reposer vos esgourdes et votre cervelle un court instant mais qui évite à l'album de devenir étouffant par un trop plein de complexité, d'autant plus que les passages les plus complexes sont aussi souvent les plus bourrins. La seconde partie de "Etheric Drifting" est d'ailleurs pas mal dans le genre hallucinée et violente à la fois avec cette fois une belle mise en valeur du talent de la paire de guitaristes et toujours cette ambiance sombre que de subtils samples amènent discrètement, par petites touches donnant une véritable unité à l'album.
"40 Seconds" ouvre la dernière partie de l'album comme "Fingerprint" ouvrait la première, de façon très calme et reposante, cette fois à l'aide de guitares clean et de chant clair. Une fois encore le ton se durcit ensuite avec "Apeirophobia" (je vous vois venir mais non, l'apeirophobie est la peur de l'infini) qui reprend la recette des morceaux cités plus haut avec de belles trouvailles supplémentaires.
"Eye Of Koala" est une exploration plus longue du style déjà développé sur "40 Seconds", l'occasion pour le chanteur de nous montrer la véritable étendue de son talent dans le registre du chant clair et aux musiciens de nous offrir une facette plus sensible. Beaucoup moins alambiqué et donc beaucoup plus accessible que les autres longs morceaux de l'album, "Eye Of Koala" pourrait bien être le morceau qui attirera des fans supplémentaires à la cause d'Omnerod et devrait aisément satisfaire les fans de Porcupine Tree. Un morceau qui contraste parmi les autres (si ce n'est "40 Seconds" mais ce dernier est beaucoup plus court) mais néanmoins envoûtant.
La conclusion est laissée à un "Panspermia" renouant avec le registre extrême et dépassant allègrement les 15 minutes. Les Belges en profitent pour compliquer encore un peu plus leur propos, la panspermie désignant une théorie selon laquelle la Terre aurait été fécondée de l'extérieur, par des moyens extra-terrestres. Tout un programme! Structuré autour d'une rythmique pesante, les basses en avant, le morceau est marqué par ce sentiment d'oppression, comme c'était déjà le cas sur "Vatnäjokull" avant de se diriger tout doucement vers quelque chose de plus progressif dans l'âme en milieu de course. Je serais même tenté parfois de lâcher le mot post rock. Le final se révèle particulièrement étrange et inquiétant, laissant une impression bizarre, comme un arrière goût d'inachevé, une question en suspens... comme la théorie que le morceau décrit finalement. Peut-être suis-je dans le délire total mais je ne serais absolument pas surpris que l'effet soit pleinement voulu par le groupe. C'est l'une de leur grande force, nous emmener où ils veulent, quand ils veulent et surtout, de la façon qu'ils ont choisi.


Avec "Ivory Dune", Omnerod parvient à mélanger les genres de fort belle manière. D'innombrables références hantent cet album mais toutes sont digérées, le groupe ayant dès son 1er effort studio réussi à trouver sa patte, cette ligne directrice que tant d'autres cherchent pendant le temps d'une carrière musicale complète. Jouant avec brio sur les atmosphères,  Omnerod, c'est la version musicale parfaite d'un bad trip... diablement et dangereusement addictif!

(A noter que le groupe offre gracieusement son album en téléchargement gratuit ainsi qu'en stream un peu partout)


Highlights: "Plastic" "Dry Feet"





vendredi 9 mai 2014

INFESTUM - Monuments Of Exalted

INFESTUM


Monuments Of Exalted





Black metal indus'
Date de sortie: 5 mars 2014
Label: Autoproduction


Tracklist:
1. Void Of Nebulae
2. Ordo Infestum
3. Iron Hammer Upon The Skull Of Slave
4. Temple Of Mirrors
5. The Art Of The Beast
6. The Evil One (Venom cover)
7. Zero Beyond
8. Obsidian Exile
9. Renaissance
10. Monuments Of Exalted







Ici à la rédac (bon, en fait, on ne peut pas vraiment appeler ça une rédac" mais ça fait classe de dire ça), on aime bien quand nos chros peuvent être liées l'une à l'autre. Après une petite escapade en Finlande le mois dernier, c'est au tour de la Biélorussie d'être à l'honneur, et c'est à Infestum de nous prouver cette fois qu'à Minsk, on sait jouer du metal!

Infestum (à ne pas confondre avec la formation allemande Infestus, qui vient elle aussi de sortir un album, excellent au demeurant) a vu le jour en 2000 et est déjà l'auteur de 2 EP et 2 albums. La dernière offrande, autoproduite, "Monuments Of Exalted" est un pur condensé de violence aliénée. Si vous n'êtes pas hermétique à quelques sons électroniques dans votre black metal, je vous recommande vivement l'écoute de cet album. Après une courte introduction, le premier morceau "Void Of Nebulae" vous saute brutalement à la gueule à grands renforts de riffs rapides old school. C'est un peu la recette qui vous sera servie tout au long de l'album, alors soyez prêts à vous en prendre plein les cages à miel.
La voix de Ion the Saint est extrême et agressive et contribue avec le son des guitares, incisif, à vous labourer le cerveau. La partie indus, globalement en retrait mais peut être un peu plus en avant sur le premier morceau et quelques autres moments choisis, s'intègre parfaitement au black metal virulent du groupe faisant le pont entre hommage aux gloires passées du genre et modernité. Avec en plus quelques orchestrations et des touches de piano parsemées sur certains morceaux dont "Ordo Infestum" ou la reprise de Venom "The Evil One", les Minskois (si si, c'est comme ça qu'on dit) parviennent à combiner divers éléments, obscurité, colère et majestuosité tout en gardant un véritable sens des mélodies et des harmonies. 

"Monuments Of Exalted" n'est pas ce que j'appellerais un album ambitieux dans le sens où cette forme de black metal n'est pas nouvelle. Nous en savons quelque chose ici, en France, où ce style voit régulièrement fleurir de nouveaux groupes (nous ne sommes pas si éloignés d'un Herrschaft ou d'un CNK par moments). Cependant, Infestum garde tout du long cet esprit black metal hérité de formations plus anciennes telles Emperor ou Satyricon, blasphématoire et tourbillonnant au possible, malgré ses incursions dans des domaines plus modernes. 
Les morceaux ne sont pas dénués d'un certain groove. La section rythmique passe allègrement de parties rapides types blastbeat à différents jeux plus entraînants, sans perdre en puissance. L'album y gagne un souffle régulièrement renouvelé, contrairement à pas mal de productions du genre qui au contraire sonnent de manière beaucoup plus monotone. On notera quand même rapidement le morceau "Temple Of Mirrors" plus posé, qui, à l'aide de ses rythmiques martiales, n'en est que plus captivant pour ne pas dire hypnotique. 
Mention spéciale à la reprise de Venom, précédée d'une introduction au piano assez épique ("The Art Of The Beast"), que le groupe se réapproprie réellement, y ajoutant tout son panel de sonorités spécifiques.
L'album se termine finalement sur la pièce atmosphérique "Monuments Of Exalted", contenant des extraits de Ainsi parla Zarathoustra de Nietzsche. Le rythme plus lent, la répétition des mots "monuments of exalted" en final, l'ambiance très noire du morceau... Tout cela sonne comme le sombre présage d'un futur funeste, idéal pour clôturer ce type d'album donc.

Infestum prouve qu'avec un peu d'ingéniosité, le black metal peut encore surprendre et parvient ainsi à lier héritage et modernité. Il n'y a ici pas grande originalité certes, mais l'album est suffisamment bien ficelé pour vous faire passer un très agréable moment. Affaire à suivre!


Highlights: "Ordo Infestum" "Monuments Of Exalted"







Bandcamp (écoute intégrale)

lundi 28 avril 2014

CHALLENGER DEEP - Irreversible

CHALLENGER DEEP


Irreversible





Sludge / Post metal
Date de sortie: 1er avril 2014
Label: TRVS Records


Tracklist:
1. Preface
2. Infinity
3. Melancholia
4. Martyr(s)
5. Solace
6. Hope
7. Farewell






L'Europe de l'est nous a déjà fourni par le passé d'excellents groupes et continue coûte que coûte son expansion. Des scènes locales se développent un peu partout de l'autre côté de l'ancien rideau de fer. Parmis les plus connues et les plus profiliques, citons notamment la Pologne, qui se caractérise globalement par l'extrême brutalité de ses groupes ou encore l'Ukraine ou la Roumanie, plus enclines aux expérimentations depressivo-folkloriques. En retrait cependant, la Biélorussie n'est certes pas la première destination qui nous vient à l'esprit lorsqu'on parle metal. A vrai dire, je ne me souviens pas avoir déjà écouté un groupe en provenance de ce pays pas si lointain mais tellement méconnu. Les sites les plus spécialisés eux-mêmes n'en parlent pas ou très peu et ne comptons surtout pas sur les magazines qui semblent de plus en plus oublier que le metal, c'est avant tout l'underground (mais faut bien vendre n'est-ce pas?). Bref, voilà un tort que je me propose de rétablir (si peu) aujourd'hui avec Challenger Deep, jeune formation originaire de la capitale biélorusse, Minsk.

Encore totalement inconnu pour moi il y a quelques jours, je dois dire que Challenger Deep a su s'imposer comme l'un de mes meilleurs espoirs. Je ne sais malheureusement pas grand chose d'eux à l'heure actuelle, toujours est-il que le quintet s'est formé en 2009, qu'il est déjà l'auteur d'un album paru en 2011 puis d'un split 100% local en compagnie de Barrow. Je n'ai pas encore pris le temps d'aller écouter ces précédentes réalisations mais c'est un tort que je m'empresserais de rectifier dès que mon emploi du temps me le permettra.

Mais revenons un peu à l'album qui nous intéresse à savoir leur second, "Irreversible". Loin d'être une blague bien que sorti un 1er avril, ce second album est on ne peut plus sérieusement basé sur le rejet d'une condition humaine suffocante et emplie de souffrances. Loin des clichés habituels, le groupe laisse cependant ça et là poindre quelques notes d'espoir, vitales s'il en est. Pratiquant un sludge lourd doté d'atmosphères oppressantes, le groupe parvient à captiver l'intérêt de son auditoire sur ses longs morceaux (7 minutes en moyenne) par des plages instrumentales à la beauté mélancholique évidente, très post-rock dans l'esprit. Ces parties instrumentales, peut être plus expérimentales sont justement l'un des atouts majeurs de "Irreversible". Réduites au plus simple mais superbement interprétées, elles forment un contraste avec le rythme lent tout en lourdeur, martelant pesamment sur des riffs saturés en puissance un sentiment d'insécurité permanent. Cette dualité créé une tension dans chaque morceau, une sorte d'exploration détaillée des tréfonds humains, de ses sentiments les plus noirs, de ses espoirs, ses regrets, ses erreurs... Chaque passage plus léger (l'introduction de "Farewell", ses envolées guitaristiques en guise de final ou encore la très belle partie en chant clair de "Melancholia" particulièrement réussie) est comme une bouffée d'air frais bienvenue au beau milieu de cette colère exutoire et fait de l'album une automutilation sensorielle vicieusement addictive. Dans le climat rude et cruel qu'est la société moderne, prendre sa dose devient vital.
Il convient d'ailleurs de dire que les compositions ne suivent pas de schéma pré-établi. Ils évoluent au contraire au gré de l'inspiration du groupe qui démontre là un certain talent pour nous emmener dans des recoins innatendus. "Irreversible" est aussi un album assez imprévisible qui saura vous emporter et gardera votre curiosité éveillée jusqu'à la dernière note. Point d'orgue de cet originalité, "Solace" s'impose comme l'un des morceaux les plus aboutis, les plus intenses mais aussi au propos le plus violent, sonnant parfois presque black metal.

L'intention du groupe, plutôt pessimiste en général, vous en conviendrez, est parfaitement travaillée. Les interventions du chanteur tombent pile dans le ton, pas nécessairement de façon originale mais juste et c'est bien là le principal. D'autant plus que le monsieur sait réellement chanter. Ses parties de chant clair sont tout aussi justes et émouvantes. La montée en puissance d'un morceau comme "Hope" ne peut laisser indifférent. L'un des points forts de cet album et ce, juste au piano et sans grosse guitare s'il vous plait.

"Irreversible" est le parfait reflet de la société moderne, celle qui nous débecte chaque jour mais devant laquelle nous sommes impuissants. Une dure réalité certes, mais les biélorusses ont réussi le tour de force de la magnifier par sa musique, rendue avec la sincérité la plus totale, sachant y trouver une once de beauté. C'est à cela que l'on reconnaît un véritable artiste paraît-il. Mon seul espoir à moi maintenant, c'est que le dernier morceau de l'album intitulé "Farewell" n'en soit pas vraiment un.


Highlights: "Melancholia" "Solace"






samedi 19 avril 2014

MORD'A'STIGMATA - Ansia

MORD'A'STIGMATA


Ansia






Black metal avant gardiste
Date de sortie: 29 octobre 2013
Label: Pagan Records



Tracklist:
1. Inkaust
2. Shattered Vertebrae Of The Zodiac
3. Pregressed
4. Praefatio Pro Defunctis
5. Ansia









J'ai récemment décidé d'orienter mon blog vers des chroniques d'albums sortis cette année, me désintéressant volontairement (mais pas totalement) de ceux sortis les années précédentes. Ceci afin de coller au mieux à l'actualité et non par snobisme ou je ne sais quelle autre mauvaise raison. Il faut dire que ce début d'année est marqué par une véritable avalanche de metal. Ayant pour but avoué de mettre en avant les albums qui m'auront véritablement marqués, il me faut donc trier le bon grain de l'ivraie et cela prend un certain temps.
Une fois n'est pas coutume, je vais cette fois revenir un peu en arrière, fin 2013, à la demande du groupe himself, afin de vous présenter "Ansia", le 3ème album des Polonais de Mord'A'Stigmata.

Formé en 2004 à Bochnia, petite ville du sud-est de la Pologne, le groupe ne tarde pas à se montrer productif puisque 3 démos sortent dans la foulée, suivi du 1er album en 2008. Divers changements de line-up et de label n'entament pas la détermination du groupe, "Antimatter" sort 3 ans plus tard, puis vient "Ansia", dernière offrande en date.

"Ansia" est un album fascinant à bien des égards, empli de diverses expérimentations qui font de chaque morceau de longues explorations de paysages sonores différents mais loin d'être incompatibles. Ainsi, 3 des 5 morceaux présents sur l'album dépassent les 10 minutes, empruntant au travers de boucles instrumentales aussi bien au black metal, au sludge ou encore à la musique électronique. Chaque thème est disséqué dans les moindres détails, se répète inlassablement sous toutes formes de variations, se dirigeant parfois vers des terrains plus lointains encore, notamment grâce à un jeu de batterie jazzy qui vient nourrir le propos psychédélique de subtiles lignes de guitare. D'étranges mélopées, aux frontières du post rock voire du shoegaze, nous embarquent dans des voyages spirituels hypnotiques avant que la dure réalité ne nous frappe de nouveau par la voix de Ion. Ses interventions vocales sont certes relativement rares, assez monotones (mais pas ennuyeuses) mais terriblement violentes.
L'électronique ajoute une touche ambient particulièrement sombre et malsaine faisant résonner les compositions comme des délires mentaux non dénués de périls inquiétants.

Vous l'aurez compris, le travail est minutieux. Les instruments posent leur marque patiemment, font ramper leurs mélodies noires lentement mais sûrement, de manière totalement assumée. Les quelques pics de folie furieuse n'en sonnent que de manière plus tourmentée et efficace. Les musiciens savent où ils vont et ne se précipitent surtout pas avec maîtrise et se font un malin plaisir à prendre l'auditeur par surprise aux moments les plus inattendus.
Toutes ces influences, ces expérimentations, ces variations nous emmènent tour à tour dans des territoires complètement différents. Mord'A'Stigmata nous tient par la main et nous avançons aveuglément, sans jamais savoir de quoi vont être faites les prochaines minutes. Il faut souligner la production, dont la profondeur fait de cet album une expérience véritablement intense. Petit conseil pour une première écoute, laissez vous submerger par "Ansia" dans le noir complet, il n'en sera que plus délectant.
Chacun des 4 morceaux (le dernier étant une plage instrumentale ambiante de 2 minutes) peut être pris à part. Ils ont tous leur personnalité, leur histoire à raconter. Mord'A'Stigmata prouve avec cet album qu'ils ont une identité forte. Si les élucubrations d'un Blut Aus Nord, d'un Nachtmystium ou encore d'un Altar Of Plagues sont des choses qui vous parlent, cet album est fait pour vous.



Highlights: "Inkaust" "Pregressed"