dimanche 27 juillet 2014

BACK TO R'LYEH - The Awakening - Last Fight Of The Primordial

BACK TO R'LYEH


THE AWAKENING - LAST FIGHT OF THE PRIMORDIAL




Avant garde metal
Date de sortie: 15 janvier 2014
Label: Noma Records


Tracklist:
1. Basil Abscond
2. Warnings
3. Massacre & Escape
4. The Awakening
5. Ghosts & Vengeance
6. Erase
7. Verticalus
8. Last Fight Of The Primordial
9. The Doorway
10. Nuclear Warhead
11. The Triumph Of Men







Il est intéressant de constater à quel point certains auteurs ont une influence sur la musique et en particulier le metal et cela parfois après que plusieurs siècles se soient écoulés. La liste est longue et touche un peu à tout. Nous pourrions par exemple citer Tolkien, Poe, Crowley ou encore Nietzsche. A tous, de vibrants hommages ont été rendus, certains groupes allant jusqu'à baser leur entière discographie sur l'oeuvre d'un seul homme. C'est le cas de Back To R'Lyeh qui comme son nom l'indique a choisi le non moins illustre chez les métalleux H.P. Lovecraft comme source d'inspiration. Nous avons déjà brièvement évoqué le cas Lovecraft avec Ape X et son thrash moderne et je l'évoquerais encore bientôt au travers d'un autre groupe, cette fois beaucoup plus extrême. C'est dire si certains thèmes sont particulièrement fédérateurs au sein de la sphère métallique.

Mais revenons en à Back To R'Lyeh. Le groupe madrilène s'est formé en 2011, suivra une démo 2 titres l'année suivante permettant au quintet de décrocher un contrat avec Noma Records et de sortir en début d'année un 1er album aussi ambitieux que prometteur.

J'avoue ne pas m'être entièrement penché sur l'aspect lovecraftien de l'album, déjà parce que je découvre à peine l'auteur (personne n'est parfait) mais aussi parce que je n'ai pas encore le CD sous la main (dont l'artwork lui est entièrement dédié au travers d'un livret de 12 pages, travail de Carlos Romo et du Thot Art Studio, mais si l'on en croit la page bandcamp du groupe, il s'agirait de l'histoire de Basil Abscond, un personnage parti affronter Cthulhu, ce qui me laisse à penser qu'il s'agit bien d'une oeuvre inspirée de Lovecraft et non d'une relecture).

L'album démarre d'ailleurs par le titre "Basil Abscond" qui ne laisse absolument pas présager la suite. Qui pourrait dire, à l'écoute de ces premières notes qu'il s'agit là d'un album de metal? Ce titre à lui seul présente déjà d'innombrables facettes musicales complètement différentes. L'album débute ainsi de manière assez déjantée dans un registre qui me fait penser à un Red Hot groovy ayant bu un verre de trop. Suit un espèce de metal cabaret, de l'indé rock et un final qu'on pourrait croire tout droit sorti d'un album d'Iced Earth, notamment par la voix du chanteur que je trouve vraiment proche de Matthew Barlow à plusieurs moments. Comme montée en puissance, difficile de faire plus convaincant! Je ne sais pas si cette ressemblance est volontaire, en tout cas cette impression reviendra sur d'autres morceaux. Le chanteur, puisqu'on en parle, est un sacré phénomène dans son genre. Il semblerait qu'il sache à peu près tout chanter avec une facilité déconcertante: thrash, rock, growl, voix black metal, grunge... Il alterne tout ces styles de chant sans ciller, s'adaptant à chaque fois que les musiciens changent de cap. Il vous faudra être sacrément accroché pour noter toute la richesse de cet album, et surtout très ouvert. 
Prenons le titre suivant, "Warnings" qui non seulement ouvre de nouvelles possibilités avec l'apparition de musique électronique, que l'on retrouvera à divers endroits (le court interlude "Verticalus" par exemple) mais qui se paye carrément le luxe d'un passage bossa nova, et cela en plein milieu d'un des morceaux les plus intenses et bourrins de l'album!
Toujours pas convaincu? Diantre qu'ils sont difficiles! Mais soit... Back To R'Lyeh a encore tant et plus à offrir. Tenez, vous êtes férus d'ambiances glauques? Jetez une oreille au malsain "The Awakening" qui du long de ses 9 minutes d'exploration extrême (entre lenteur, énergie, lourdeur, violence et dissonance) vous rappellera ce que le metal avant gardiste a de meilleur. 
"Ghosts & Vengeance" donne plus dans le psychédélisme avec ces guitares cleans qui interviennent régulièrement jusqu'à finalement prendre le dessus en milieu de parcours et en faire un morceau particulièrement atmosphérique et planant. 
Les morceaux suivants sont plus orientés modern metal, mais toujours avec ce soucis du détail qui tue. D'autres chemins sont explorés, comme sur "The Last Fight Of The Primordial" qui m'a de suite fait penser à Tool ou encore "The Doorway" sorte d'Alice In Chains en plus extrême. On pense également à Opeth sur "Nuclear Warhead", morceau plutôt planant et expérimental lui aussi mais qui s'orientera bien vite vers un black metal virulent.

Et tout cela ne présente que les impressions directes que peuvent laisser l'album. Il y a tellement de directions empruntées, de richesse en background à déceler qu'un simple résumé comme je viens de le faire ne saurait suffire. Je suis d'ailleurs à peu près certain qu'une autre personne n'aurait pas du tout le même ressenti et trouverait d'autres éléments de comparaisons avec d'autres groupes. "The Awakening - The Last Fight Of The Primordial" est un album extrêmement dense et varié si bien que plusieurs écoutes sont hautement recommandées afin d'en saisir toutes les subtilités. Un exemple particulièrement réussi de ce qu'il est possible de faire avec une belle ouverture d'esprit (et un talent de composition indéniable, cela va de soi).



Highlights: "Basil Abscond" "Warnings"








mardi 22 juillet 2014

Slayer + Mastodon + Ghost, 04/07/14 Paris, Zénith






SLAYER + MASTODON + GHOST
4 juillet 2014
Zénith, Paris



Avant toute chose, évoquons brièvement le cas Anthrax. Les New Yorkais ont semble-t-il choisi d'annuler leur participation à l'événement pour la simple et très mauvaise raison que ces messieurs, avec certainement un trop plein d'orgueil, refusait de jouer AVANT Ghost. Résultat, et la faute aussi aux galères de transport et à un emploi du temps un poil trop chargé pour un vendredi, nous ratons le show de Papa Emeritus et de ses nameless ghouls. Nous nous faisions une joie d'assister pour la première fois à la grande messe macabre du combo suédois, dans le cul une fois de plus!

C'est donc au début de la prestation de Mastodon que nous passons enfin les portes du Zénith. Le groupe joue déjà depuis quelques minutes alors que nous nous attardons aux stands binouzes / merch. Une fois en place, un seul constat: le son est fort, beaucoup trop. Une très désagréable saturation nous explose littéralement les tympans. Bref, c'est ma 4ème fois devant Mastodon, pas une seule fois un son correct. Ils ont la poisse ou leur ingé son est naze, je ne sais pas... D'autant plus que le Zénith, si elle n'est pas la meilleure salle parisienne, n'est pas non plus la pire (ceux qui sont déjà passé à Bercy sauront de quoi je veux parler).
Malgré tout le show est énergique, tout en puissance. La setlist est essentiellement composée d'anciens morceaux plutôt que de faire la part belle au dernier album sorti il y a 2 semaines dont seuls 3 extraits seront joués ce soir. Etonnant. Plus étonnant encore, le groupe fait l'impasse sur "Blood & Thunder". Un bon concert (les gars avaient la patate!) si l'on oublie les soucis d'acoustique mais sérieusement les gars, va falloir bosser ça parce que ça commence à faire beaucoup.

Slayer... Que dire de Slayer qui n'a pas déjà été dit? Bon sang mais quel show! Ultra speed, les californiens enchaînent les morceaux avec une énergie incroyable, sans temps de pause. Tom Araya qui reste toujours assez discret et ne prend que très peu la parole n'adresse que quelques mots au public, le remerciant au passage d'être présent alors que se joue un match important dans je ne sais quelle discipline, ou pour annoncer comme de coutume "War Ensemble" ou "Dead Skin Mask". Kerry King lui est fidèle à lui-même, position statique, headbanging et solos démoniaques tandis que Gary Holt, ayant la lourde tâche de remplacer le regretté Jeff Hanneman s'en tire une fois de plus avec les honneurs. Quant à Paul Bostaph, quel cogneur! Quelle hargne! Et quelle dextérité!
Le son est cette fois-ci très clair, tout s'entend très distinctement, y compris les solos des 2 guitaristes. Etant situé de façon légèrement excentré côté King, j'avais un peu peur que la guitare de Holt soit noyée dans la masse mais non, impeccable. 
Côté setlist et bien ma foi, que du rêve, sous forme d'hommage à Jeff, quasiment (voire uniquement, à vérifier) que des morceaux composés par ce dernier. Et le tout envoyé d'un seul bloc, histoire qu'on n'ait vraiment pas le temps de souffler. Certains y trouveront à redire, c'est clair. Mais c'est ce que moi personnellement, j'appelle du THRASH! L'impasse est faite également sur les dernières sorties, hormis "Hate Worldwide", sinon que du pré-Divine Intervention.
8ème fois que je vois Slayer, et certainement l'un de mes meilleurs souvenirs (pas le meilleur ceci dit, aucun concert d'aucun groupe ne détrônera leur prestation à la Coop de Mai de Clermont-Ferrand en 2005).

SETLIST MASTODON:
Black Tongue 
Divinations 
Capillarian Crest 
Bladecatcher 
Crystal Skull 
Naked Burn 
Megalodon 
The Motherload 
Blasteroid 
Chimes at Midnight 
High Road 
Bedazzled Fingernails 
Aqua Dementia 


SETLIST SLAYER
Hell Awaits
The Antichrist
Necrophiliac
Mandatory Suicide
Captor of Sin
War Ensemble
Disciple
Postmortem
Hallowed Point
At Dawn They Sleep
Die by the Sword
Spirit in Black
Hate Worldwide
Seasons in the Abyss
Chemical Warfare
Encore:
Dead Skin Mask
Raining Blood / Black Magic
South of Heaven
Angel of Death

dimanche 6 juillet 2014

APE X AND THE NEANDERTHAL DEATH SQUAD - Grooves From The Grave: Mutants, Slashers, Zombies And Enraged Lovecraftian Deities

APE X AND THE NEANDERTHAL DEATH SQUAD


Grooves From The Graves: Mutants, Slashers, Zombies And Enraged Lovecraftian Deities





Thrash / Groove Metal
Date de sortie: 21 avril 2014
Label: Autoproduction


Tracklist:
1. Vietkong Anarchy (Intro)
2. Rise Of The Apes
3. Demolition Derby Pt. 1
4. Reality Check
5. The Awakening Of Cthulhu
6. Book Of The Dead
7. Demolition Derby Pt. 2
8. High On Fire
9. All Hallows Eve
10. At The Mountains Of Madness
11. Into The Black Seas Of Ruin
12. Last Song + Surprise







Puisque 90% de la planète a les yeux rivés sur le Brésil, autant se mettre à la page nous aussi et laissez moi donc vous présenter une jeune formation originaire de Brasilia (même si ce n'était pas du tout mon intention de jouer sur l'effet Mondial, on dira que le hasard aime parfois le timing parfait). Ape X s'est formé en 2010, est l'auteur d'un EP, "The Blooper" parodiant la pochette du single au titre presque similaire d'Iron Maiden en 2011 et donc de son 1er véritable LP que voici, sorti il y a tout juste 2 mois.

Il n'est évidemment pas nécessaire d'aller chercher bien loin les références thématiques du groupe. Le visuel est je pense suffisamment évocateur et ne parlons pas des titres. Fans invétérés de comics, de SF, de littérature fantastique, de films d'horreurs à l'ancienne, les Brésiliens tentent l'approche du thrash "geek". Après tout, pourquoi pas? Ils ne seront pas les premiers ni les derniers. Cependant, je considère que justement là réside toute la difficulté. Ces œuvres mises en musique ne sont pas les plus obscures, (citons en vrac Evil Dead, La Planète Des Singes, l'œuvre de Lovecraft, Halloween etc...) et ont donc déjà fait l'objet d'innombrables adaptations musicales plus ou moins réussies. Pour se démarquer, il faut donc avoir le petit truc en plus, la touche d'originalité, l'apport personnel, appelez ça comme vous voulez.
Musicalement, Ape X propose un thrash empli de groove non sans rappeler Pantera. Il est d'ailleurs amusant de noter les quelques passages où la voix du chanteur ressemble à s'y méprendre à celle de Phil Anselmo ("Reality Check"). Parmi les autres influences, nous pouvons également noter un "Rise Of The Apes" qui me fait directement penser à Testament. A d'autres moments c'est le Sepultura période "Chaos A.D." qui ressort, un bon vieux Megadeth ou encore quelques emprunts à Rob Zombie. L'album est donc un condensé de metal mode 90's, mais celui qu'on aime retrouver avec plaisir lors de ces séances nostalgiques qui nous font revivre notre adolescence (je parle évidemment de ma génération), le temps d'une soirée (un peu) arrosée entre potes. Riffs puissants servis sur un lit de mélodies simples version chewing gum qui colle à la tête toute la journée. Une pincée de solo pour le peps, et servis brûlants s'il vous plaît. Car si musicalement non plus le groupe n'invente rien, il faut lui reconnaître cette capacité de construire ses morceaux de manière intelligente, avec un bon sens de l'humour (jusque dans le site internet où sont planquées un peu partout de petites vannes) et surtout sans se prendre la tête. Autant le groupe a parfaitement digéré les influences des groupes pré cités, autant son but premier est de se faire plaisir. Le groupe envoie la sauce point. Comprendre la batterie tabasse, les guitaristes sortent des riffs couillus entrecoupés de breaks amusants mais toujours bien trouvés, la basse est bien présente et le chanteur alterne thrash pur, chant clean plus mélodiques, hurlements sauvages le tout avec maîtrise.
Le second point? Ape X compose pour faire plaisir aux autres. Il suffit de se laisser porter par l'écoute de l'album, même d'une oreille distraite. Vous y reviendrez en headbangant, à n'importe quel moment, vous verrez. Un album entraînant qui file une patate d'enfer, à n'en point douter et cela est dû à l'aspect plus mélodique qui ressort parfois comme sur "Book Of The Dead"  (ils ont même ressortis la cowbell sur ce morceau et croyez moi il faut des couilles pour faire ça en 2014!). 

Leur touche à eux, finalement c'est quoi? Rien de spécial, ils savent juste manier comme il faut leur style musical, avec efficacité, dextérité et une bonne dose d'humour. En bref, ils ne se compliquent pas la vie en en faisant des tonnes mais de cette manière, leur musique n'en est que plus vivante. Ça groove, à mort. Et qui, aujourd'hui, en 2014, peut encore sortir un album tellement ancré dans les années 90 qui fonctionne à ce point? Pas grand monde si vous voulez mon avis.


Highlights: "Rise Of The Apes" "Book Of The Dead"

Une fois n'est pas coutume mais quand cela sera possible, je mettrais désormais la liste de lecture depuis la page bandcamp du groupe. A noter que l'album est en écoute / téléchargement gratuit un peu partout.





Site web
Bandcamp
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Soundcloud
Reverbnation
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dimanche 29 juin 2014

MAYBE THAT'S WHY HUMANS DRINK THE DARKNESS THAT IS COFFEE - Dum

MAYBE THAT'S WHY HUMANS DRINK THE DARKNESS THAT IS COFFEE


Dum




Ambient avant garde dark djent progressive black metal space opera
Date de sortie: 25 mai 2014
Label: Autoproduction

Tracklist:
1. The Notebook
2. Pim-Pim
3. Toga
4. Steninge Slott
5. Southedness Comes


Bon... pas trouvé de photo alors je vous met un éléphant nouveau né.


C'est mignon hein?



Je n'ai rien compris. Je me suis fait défoncer le crâne sous LSD, violer les tympans et pour finir j'ai envie de dégueuler des arc-en-ciel. Rien compris et j'en redemande. Une véritable attirance sado-masochiste, putain mais c'est quoi ce truc? Les extra-terrestres sont parmis nous, cette fois c'est certain. Ils arrivent là, comme ça, et nous inventent la plus délicieuse des tortures. Jamais entendu un truc pareil, jamais. Rien capté, je vous dis!

Comment alors, décrire quelque chose et plus difficile encore, vous donner envie d'aller écouter ça sans avoir la moindre idée de ce que je peux en dire? Cet album défie tout simplement toutes les lois de la musique élaborée depuis des siècles. "Dum" est à la fois moche et merveilleusement construit, étrange, intrigant, flippant et terriblement addictif. Une sorte de polarité extrême entre tout et son contraire et cohabitant parfaitement dans un même univers musical, utilisant des tonnes et des tonnes de structures différentes et superposées les unes aux autres. Cet album vous tordra les oreilles et vous emmènera dans un trip complètement halluciné, totalement indéfini et aléatoire. L'approche peut être tout autant froidement, cliniquement brutale que tempérée par des passages mélodiques emplis de plénitude. Les opposés s'attirent dit-on et il n'y a rien de plus vrai ici. La variété des sons, des textures est incroyable: associantions troublantes, riffs désagréables, hachages et broyages rythmiques, dissonances inquiétantes, harmoniques discordantes... Parfois, le désarroi grandiose semble basculer hors de contrôle. Nous sommes en permanence menacés par un chaos grandissant, s'élevant de plus en plus vers son paroxysme, de plus en plus fort, de plus en plus vite. Un orgasme surpuissant et dévastateur en attente de déclanchement. Le moment fatidique. Et tout s'arrête, net et sans bavure. Et surtout sans prévenir.

Je déteste le djent. Je considère ce courrant musical comme étant totalement dénué d'intérêt, sans âme, sans émotion et sans originalité. Tout se ressemble derrière cet amas de riffs syncopés accordés le plus bas possible. Le djent n'est qu'une substance musicale synthétique, froide et aseptisée qui tourne en rond et se fatigue pour rien. Nos suédois ont ici parfaitement compris son fonctionnement et l'utilisent à merveille comme l'ingrédient supplémentaire d'une recette complexe digne de l'alchimie la plus ésotérique. Les guitares apportent la puissance psychotropique qui rend cet album si indéfinissable une fois additionnées aux élans progressifs / avant gardistes dark electro auxquels s'ajoutent encore des plages ambientes éthérées. Chaque partie de cet album pourrait être prise individuellement, nous aurions toujours un album complet et cohérent. Et il en est de même une fois tout cela mis ensemble. Le chant sert de liant au tout, dans un registre plutôt black metal sans se départir de son véritable rôle, celui d'être utilisé comme un autre instrument à part entière et non juste une façon de raconter une histoire en alignant les mots. "Dum" a beau partir dans toutes les directions possibles et inimaginables, il n'en reste pas moins un des concepts les plus aboutis qu'il m'ait été donné d'écouter. Rien n'est laissé au hasard, de la composition bad trip dégoulinante de saleté au mixage aliéné et futuriste. Oui c'est cela, Dum vient d'un autre temps et d'une autre galaxie.

Aucun morceau ne se détache véritablement des autres. Aussi imprévisibles les uns que les autres, ils forment une unité destabilisante qui ne prend son sens qu'une fois l'écoute de la totalité de l'album achevée. Les suédois se payent d'ailleurs carrément le luxe de conclure par un morceau de 23 minutes, prétexte au voyage le plus étrange et sans doute l'un des plus passionnant auquel j'aurais pris part. Rien ne sera plus jamais pareil. "Dum" n'est pas le produit du genre humain. Je me sens vidé, torturé, poussé dans mes derniers retranchements. Je n'ai rien compris. Et putain, j'ai aimé ça!


Highlights: Je vous ai dit que cet album formait un tout bordel, faut lire un peu alors allez m'écouter ça EN ENTIER!








samedi 28 juin 2014

HIRSIPUU - Ihmisestä

HIRSIPUU


Ihmisestä




Death metal
Date de sortie: 18 avril 2014
Label: Autoproduction


Tracklist:
1. Antaa Sen Huutaa
2. Pyhitetty Olkoon Sinun Himosi
3. Apostata
4. Raivo
5. Välttämäton Paha
6. Turha Uhri
7. Väelle Valta
8. Akti






Hirsipuu (c'est du finnois, oui encore!) = potence.

Cette chronique sera probablement aussi courte que l'album dont elle parle, lui même aussi court que la corde nécessaire à la bonne utilisation d'une potence. 8 morceaux, 19 minutes, la messe est dite! En effet, si le précédent article vous ventait la sophistication du death metal hautement progressif du groupe belge Omnerod, cette fois-ci, nous sommes à l'opposé direct. Comprendre un death metal le plus agressif et bourrin qui soit. Sans techniquement parler de "brutal" death, la violence du propos étant plutôt le fait d'une incroyable rapidité d'exécution proche d'un thrash survitaminé que d'une propension à en faire des caisses pour rendre Cannibal Corpse encore plus méchant et technique qu'il ne l'est déjà. En fait il vaut mieux imaginer un death old school scandinave, les amplis poussés à 11 et joué à 400bpm. Exit les solos, pas besoin, ce qu'on veut c'est tabasser, pas s'extasier devant un gratteux qui se la pète. La bande son d'un blitzkrieg, telle pourrait être la devise des Finlandais, qui après la sortie d'une démo en 2013 semble bien décidés à passer la vitesse supérieure avec cet EP. Choix judicieux de commencer doucement de la sorte vu le style pratiqué car je ne peux m'empêcher de me demander ce que donnerait un album complet. Alors évidemment, dénués de toutes fioritures et envoyant le pâté (encore en boîte et en visant la tête, tu te démerdes copain!), les morceaux sont très courts, pas un seul n'atteint les 3 minutes. Le chant n'est pas le meilleur que j'ai entendu et s'apparente plus aux aboiements d'un clebs enragé, la prod est somme toute assez basique mais néanmoins très rude et les compositions dans leur plus simple appareil. Quelques mélodies se détachent malgré tout sur certains morceaux, leur donnant un petit peps supplémentaire. Et ça fonctionne! Au contraire tous ces petits "à peu près" font de "Ihmisestä" une oeuvre cohérente où chaque note transpire la colère la plus féroce.

Hirsipuu propose là un défoulement des plus enthousiastes à s'en faire éclater l'encéphale. 19 minutes que vous n'oublierez pas de sitôt et qui devrait augmenter considérablement votre consommation de paracétamol. Intense, très intense.


Highlight: "Antaa Sen Huutaa" "Akti"







samedi 14 juin 2014

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OMNEROD - Ivory Dune

OMNEROD


Ivory Dune




Death metal progressif
Date de sortie: 9 mars 2014
Label: Autoproduction


Tracklist:
1. Fingerprint
2. Plastic
3. Vatnäjokull
4. Dry Feet
5. Etheric Drifting: Datura
6. Etheric Drifting: Ascension
7. 40 Seconds
8. Apeirophobia
9. Eye Of Koala
10. Panspermia







A Bruxelles, il y a bières à foison, frites, chocolats et foultitude de touristes pour s'en mettre plein la panse... et il y a Omnerod. Ils sont 3 (ils étaient 5 et sont depuis toujours à la recherche d'un bassiste... à bon entendeur, qui sait?), ils sont jeunes et viennent de sortir "Ivory Dune", l'un des albums les plus ambitieux qu'il m'ait été donné d'écouter depuis pas mal de temps. D'autant plus quand on sait qu'il s'agit là d'un 1er album. Démo? EP? Que nenni! Direct un long play et pas des moindres puisque les belges n'hésitent pas à sortir l'artillerie lourde, le grand jeu. Débordant de créativité, le trio nous pond là pas moins de 76 minutes de death progressif alambiqué pour ne pas dire parfois carrément halluciné. Plus dingue encore, "Ivory Dune" se termine par 2 pièces de respectivement 10 et 15 minutes. De quoi filer le vertige à votre serviteur qui à parfois du mal à boucler une compo de 2 minutes! La question qui se pose alors est de savoir si un tel album ne risque pas de souffrir de sa longueur, en particulier du fait de ses 2 derniers morceaux qui en composent à eux seuls un tiers. Au vu du style pratiqué, je dirais qu'il n'y a pas de demi mesure. Quelqu'un qui n'accrochera pas n'ira sans doute pas plus loin que le 2ème ou 3ème morceau. En revanche, si cet album vous parle, il le fera de bout en bout.
Il est également à noter qu'Omnerod a vu le jour en 2009. 5 ans à peaufiner son style, son jeu afin de trouver LE son qui leur correspondra, à digérer les influences multiples de chacun des musiciens... et à se produire très peu (pas du tout?) en live pour mieux se concentrer sur l'effort de composition. Rien n'est donc laissé au hasard et cela paye car le résultat final est saisissant, admirablement bien construit bien qu'extrêmement complexe et diversifié. D'ailleurs pour vous donner un semblant d'idée des personnes à qui nous avons affaire, lorsqu'on leur demande qu'elles sont leurs influences, ils vous répondent en vrac Between The Buried And Me, Bohren Und Der Club Of Gore, Cult Of Luna, Deftones, Devin Townsend, The Dillinger Escape Plan, Dream Theater, Gojira, Isis, Jason Becker, Meshuggah, Mike Patton, Nevermore, Psychotic Waltz, Tool, Ihsahn, Ibrahim Maalouf, Opeth, Steven Wilson et bien d'autres. Certes, le spectre est très large (mais néanmoins constitué d'excellents choix, à mon humble avis), mais au moins vous êtes prévenus: Omnerod est bien décidé à vous faire travailler les méninges!

"Ivory Dune" s'ouvre calmement sur "Fingerprint", une plage atmosphérique bien loin d'annoncer la suite. Guitares lentes et planantes, quelques bruitages en fond, c'est calme et reposant. On se laisserait presque bercer quand déboule furieusement et brutalement "Plastic", qui s'orientera peu à peu vers l'aspect réellement progressif du groupe au travers de riffs déjantés, de breaks entre parties lourdes et rentre dedans, d'autres véritablement violentes et d'autres encore plus aériennes. Ce morceau s'impose comme la parfaite symbiose de ce qui va suivre, surprenant son monde par d'incessants changements, de rythme, de son, d'orientation. Impossible de savoir où le groupe veut nous emmener... comme il est impossible de décrocher car le tout est non seulement parfaitement en place mais aussi et surtout vicieusement hypnotique. L'alternance chant clair / chant death est de plus maîtrisée, bien que les interventions vocales soit plutôt rares et parsemées, c'est un plus indéniable sur la valeur ajoutée du produit. 

Suite à ce morceau, 2 choix s'offrent à vous: c'est pas votre came et dans ce cas vous pouvez stopper net et passer à autre chose, ou alors vous laisser défiler l'instrumental "Vatnäjokull". Un peu de géographie déjà: le Vatnäjokull est la plus grande calotte glaciaire d'Islande, que nos Bruxellois parviennent à mettre en musique sous une forme atmosphérique bien lourde et oppressante. Puis on retrouve avec "Dry Feet" le death progressif complètement barré, toujours ces changements entre atmosphérique (voire ambient sur de très courts passages), gros metal qui tache et progressif pur. On en profite également pour remarquer la dextérité des musiciens. L'aspect technique n'est pas mis spécialement en avant et c'est, je trouve, une très bonne chose (la démonstration ça va bien 2 minutes mais ça devient vite chiant), cependant le jeu est bel et bien là.

Tandis que l'album défile, Omnerod a l'excellente idée de continuer à offrir de petites pauses bienvenues de temps à autre comme la plage instrumentale, première partie de "Etheric Drifting" ou encore le très doux "40 Seconds" qui comme son nom l'indique dépasse les 4 minutes (oui 4 minutes ça reste "petit" ici)... "Etheric Drifting" d'abord est plus à l'image de "Fingerprint" ce qui non seulement vous laissera le temps de reposer vos esgourdes et votre cervelle un court instant mais qui évite à l'album de devenir étouffant par un trop plein de complexité, d'autant plus que les passages les plus complexes sont aussi souvent les plus bourrins. La seconde partie de "Etheric Drifting" est d'ailleurs pas mal dans le genre hallucinée et violente à la fois avec cette fois une belle mise en valeur du talent de la paire de guitaristes et toujours cette ambiance sombre que de subtils samples amènent discrètement, par petites touches donnant une véritable unité à l'album.
"40 Seconds" ouvre la dernière partie de l'album comme "Fingerprint" ouvrait la première, de façon très calme et reposante, cette fois à l'aide de guitares clean et de chant clair. Une fois encore le ton se durcit ensuite avec "Apeirophobia" (je vous vois venir mais non, l'apeirophobie est la peur de l'infini) qui reprend la recette des morceaux cités plus haut avec de belles trouvailles supplémentaires.
"Eye Of Koala" est une exploration plus longue du style déjà développé sur "40 Seconds", l'occasion pour le chanteur de nous montrer la véritable étendue de son talent dans le registre du chant clair et aux musiciens de nous offrir une facette plus sensible. Beaucoup moins alambiqué et donc beaucoup plus accessible que les autres longs morceaux de l'album, "Eye Of Koala" pourrait bien être le morceau qui attirera des fans supplémentaires à la cause d'Omnerod et devrait aisément satisfaire les fans de Porcupine Tree. Un morceau qui contraste parmi les autres (si ce n'est "40 Seconds" mais ce dernier est beaucoup plus court) mais néanmoins envoûtant.
La conclusion est laissée à un "Panspermia" renouant avec le registre extrême et dépassant allègrement les 15 minutes. Les Belges en profitent pour compliquer encore un peu plus leur propos, la panspermie désignant une théorie selon laquelle la Terre aurait été fécondée de l'extérieur, par des moyens extra-terrestres. Tout un programme! Structuré autour d'une rythmique pesante, les basses en avant, le morceau est marqué par ce sentiment d'oppression, comme c'était déjà le cas sur "Vatnäjokull" avant de se diriger tout doucement vers quelque chose de plus progressif dans l'âme en milieu de course. Je serais même tenté parfois de lâcher le mot post rock. Le final se révèle particulièrement étrange et inquiétant, laissant une impression bizarre, comme un arrière goût d'inachevé, une question en suspens... comme la théorie que le morceau décrit finalement. Peut-être suis-je dans le délire total mais je ne serais absolument pas surpris que l'effet soit pleinement voulu par le groupe. C'est l'une de leur grande force, nous emmener où ils veulent, quand ils veulent et surtout, de la façon qu'ils ont choisi.


Avec "Ivory Dune", Omnerod parvient à mélanger les genres de fort belle manière. D'innombrables références hantent cet album mais toutes sont digérées, le groupe ayant dès son 1er effort studio réussi à trouver sa patte, cette ligne directrice que tant d'autres cherchent pendant le temps d'une carrière musicale complète. Jouant avec brio sur les atmosphères,  Omnerod, c'est la version musicale parfaite d'un bad trip... diablement et dangereusement addictif!

(A noter que le groupe offre gracieusement son album en téléchargement gratuit ainsi qu'en stream un peu partout)


Highlights: "Plastic" "Dry Feet"