jeudi 25 février 2016

MORTUARY - Nothingless than Nothingness




MORTUARY

Nothingless than Nothingness





Genre : Old-school Death Metal
Label : Gorgeous Production
Date : 18 Janvier 2016





Tracklist :
1. Only Dead Witness
2. Empty
3. Tube
4. Above
5. Pleasuffering
6. U-Man slept, K-os Crawled
7. Yesterday
8. K
9. Morbid Existence
10. Kingdom

C’est en grande pompes que Mortuary ouvre son nouvel album bien nommé « Nothingless than Nothingness », titre aussi éloquent qu’évocateur pour désigner un opus censé « revenir aux soucres », aux dires du groupe, sources qu’il a d’ailleurs connue, étant donné son âge déjà plus que respectable, opus censé surtout reconquérir son public à l’aide d’un death metal old-school tapageur, tout en fouillis et en riffs pesants, qui ne piétine pas pour autant sur les sentiers battus et rebattus. En effet, et je le développerai plus amplement, si les musiciens de Mortuary sont experimentés, ils ne sont pas paresseux, et explorent, voire redécouvrent ce genre parofois si restreint et puriste de l’old-school, particulièrement dans le cas du death metal, se plongeant dans les obsucres abysses tonales de guitares sous-accordées, et de la musique parée d’une dissonance noirâtre, les ténèbres des compositions entremêlées dans un fouillis inextricable de noirceur et de vide intersidéral.

Requérant une fois des parties boostées à la testostérone ultra-authentique de ce death metal old-school, s’apparentant tantôt à des séries d’accords de guitare terriblements dissonants, maléfiques et gutturaux, à la Morbid Angel (la graphie du label du groupe y ressemble d’ailleurs à s’y méprendre), tantôt à la sauvagerie inexpugnable d’autres formations plus orientée dans la brutalité et le gore, comme Déicide. Tout cela ne suffirait cependant pas à resteindre dans une case exigue des musiciens très capables dans d’autres genres, ces derniers le prouvent en incluant à leurs compositions de nombreux corps étrangers, qui s’hybrident au tout toutefois à la perfection : des périodes de marteau-piqueur côté percussions, l’instrumentiste martelant ses fûts prestement à la double pédale, oblitérant chaque minuscule fraction de silence au profit d’une percussion incisante, typiquement à la manière d’un batteur black; en passant par les reprises de cadence à une allure clairement plus empressée et thrashy, lorsque les mélodies haussent d’un ton ou deux, passant de l’initial registre monolithique et épais à un groove garage comme on l’aime, puant la sueur, la bière tiède et le mosheur dans ses fringues démolies. 
Comme si le groupe n’avait pas déjà enfoncé assez de portes comme ça, se multiplient les solos non pas possédés (et assez incohérent, voire bordéliques, enin du moins à mon avis lorsque l’on se penche sur nombre d’oeuvres de guitaristes célèbre dans le death metal), pour adopter une forme moins époustouflante, pour perdre ainsi le côté tape-à-l’oeil de nombreuses compositions pour gagner en éclectisme dans ses harmonies, mais rester très proche du registre et de la vitesse des riffs de guitares précédents. Ainsi, si ces solos ne se différencient pas volontairement du reste pour en mettre pleins les yeux des néophytes naïfs, encore en attente d’une idole puérile à vénérer - stratégie que nombre de guitaristes adoptent - ils restent très fortement achoppés au reste, renforçant encore en cohérence des compos déjà béton à ce niveau-là, tout ceci favorisant une immersion complète et intense. Les (ou le) musicien(s) se lançant dans des parties de tapping démoniaques et démentes pour soutenir les titres les plus sombres et dissonants (présents dans une cartaine majorité de l’oeuvre) montant au gré de son périple tritonal dans l’escalade de la rancoeur et de la véhémence ultra-violente; en passant tout aussi humblement par des solos plus complexes harmoniquement parlant, tissant d’infâmes mélodies mauvais et insidieuses très black, dans le titre « Above » par exemple; tout en sachant aussi quand et comment caser un magnifique solo rock entraînant qui fait taper du pied et vider les chopes de whishy tiède, dans le morceau « K » par exemple. L’album se compose en effet selon une construction censée et judicieuse qui vous fera oublier toute considération pleinement matérielle de cette oeuvre, chaque morceau étant (on peut le suggérer sans crainte de s’en douter) traité à part, minutieusement échafaudé et composé, et fera de l’album entier une discussion fusionnelle d’âme à âme, et non d’auditeur critique à musicien en performance qui s’empresse d’en mettre le plus dans un délai de temps le plus court possible.

C’est en fin de compte qu'après un hommage au death metal, cause que les musiciens Mortuary sert très savamment, un hommage à eux-mêmes. En effet, ayant grandi dans l’ombre de groupes de death/thrash metal (on l’a vu, le groupe sait se diversifier) français comme Loudblast, Agressor et j’en oublie sans doute des légions, Mortuary s’esquive au choix fataditique qui se pose souvent à ce genre de formations : passer à un format plus superficiel, plus « mainstream » pour agrandir son public maintenant que le groupe en a les épaules, ou sombrer dans l’ultra-authentisme, mauvais choix selon moi aussi, le groupe s’enterrant sous une bonne couche d’intolérance puriste portant préjudice à leur propre potentiel artistique. Il évite ainsi ce choix en conciliant les deux réponses en une seule, et constitue un sacré exemple pour toutes les formations déjà sur la route depuis quelques années, et dont la grande majorité multiplie les tentatives désespérées pour se raccrocher à sa part de succès et de fans.




- Pestifer




vendredi 19 février 2016

AN ARGENCY - Through Existence

AN ARGENCY



Through Existence






Symphonic deathcore
Date de sortie: 29 janvier 2016
Label: Indépendant



Tracklist:
1. Above The Ashes
2. Torturer
3. An Empty Shell
4. False Recognitions
5. Condemned
6. Sheltered
7. A Place To Rest
8. My Solace
9 The Final Conclusion






A chaque règle une exception. Bon peut-être pas toujours mais on fera comme si pour cette fois et puis, étant plus ou moins une sorte de dieu ici, du moins tant que c’est moi qui écrit, je dis ce que je veux. La règle, dans ce cas précis, c’est que le deathcore n’a jamais été ma tasse de thé (le thé non plus d’ailleurs mais je commence à m’y mettre, comme quoi…). Les lecteurs qui nous suivent depuis quelques temps le savent, si je trouve que le style se prête plutôt bien au live, l’affaire est tout autre sur album. Trop répétitif, peu de groupes ayant une démarche originale, un gros son qui sert plus souvent de cache-misère qu’autre chose, du break-down à la pelle… Mais cette fois, j’ai vraiment apprécié ce que j’ai entendu. A se demander si une autre règle n’impliquerait pas que ce qui vient de Biélorussie est bon par essence, peu importe le style. Parce que oui, An Argency déboule de Minsk comme pas mal de groupes déjà chroniqués ici (Infestum, Challenger Deep ou Dialectic Soul pour en citer quelques uns). Alors pour cette fois, un petit écart à notre ligne habituelle ne fera pas de mal.

Through Existence est le premier album du groupe et ce qu’on peut dire de prime abord, c’est que le quintet s’est remué le train pour en venir à bout. Formé en septembre 2015, An Argency sort son 1er single, "An Empty Shell" après quelques semaines à peine. On sent déjà le groupe qui en veut et d’ailleurs il ne s’arrête pas là et continue sur sa lancée et, début 2016, l’album complet est déjà dans la boite. L’album bouclé, c’est au tour d’un clip d’être diffusé début février. Si ça, c’est pas du dévouement… Tout est fait semble-t-il de manière indépendante, bossé dans le détail, accompagné d’une pochette assez chiadée et avec ça, les membres semblent particulièrement jeunes à en juger par les photos promos. Dans le genre 1er album pondu en à peine quelques mois, j’ai beau cherché, je ne vois franchement pas qui peut se targuer d’en avoir fait autant avec un résultat aussi abouti. Autant de bonnes raisons de mettre un coup de projo sur An Argency donc, même avec notre faible audience.

Soyons honnête, personne ne tombera de son siège d’étonnement à l’écoute de Through Existence. An Argency ne réinvente pas le deathcore, il évite juste les écueils et erreurs de débutant inhérents au style et c’est déjà beaucoup. Cette demi-heure envoie du lourd à grands coups de rythmes syncopés et de gros riffs qui butent dans le grave, rien de bien nouveau là-dedans. Ce qui m’a séduit au final chez cette jeune formation, c’est plutôt la construction des morceaux, bien mieux pensée que chez la plupart de leurs collègues. Point de surenchère inutile ici comme je le déplore trop souvent bien au contraire, les compositions coulent de source, les breaks et autres artifices propres au deathcore sont plutôt bien amenés et si le style ne se prête pas aux prouesses techniques, il n’empêche que le tout se révèle diablement efficace. Sans aucun doute car An Argency dispose d’un vocaliste convaincant, distille quelques idées extérieures, un riff melodeath ici, un autre plus thrash là, et surtout bâti ses morceaux autour de samples qui ne quittent jamais le spectre sonore et habillent tout l’album, lui permettant de s’aérer, de mieux rebondir, de prendre de nouvelles directions plus dramatiques, épiques, planantes, brutales… au choix! Dès qu’un groupe mise sur l’aspect symphonique, 2 questions me viennent immédiatement. Cela sert-il de cache-misère comme j’en parlais plus haut et sinon, l’utilisation que le groupe en fait est-elle pertinente? Je soulignerais ici que le groupe n’en abuse pas même s’il ne s’en sépare jamais complètement. Le dosage est plutôt bien équilibré et le symphonique ne prend le dessus qu’à quelques moments clés intelligemment choisis se contentant sinon de rester en background afin de mieux développer l’atmosphère générale.


Un groupe aussi jeune et qui bosse aussi vite avec un résultat aussi abouti sera forcément attendu au tournant qui n’en doutons pas, arrivera bien vite. Au delà de tout ça, nous assistons en tout cas à ce qui sonne comme un véritable effort de groupe sur une bonne demi-heure bien dynamique. Etant donné que le deathcore me cause plus dans sa version live, je me demande en tout cas de quoi ce groupe est capable sur scène. Affaire à suivre.




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jeudi 11 février 2016

DEATH FETISHIST - Whorifice



DEATH FETICHIST


Whorifice






Genre : Black/Doom Metal
Label : Debemur Morti Productions
Date de sortie : 1er Février 2016







  La folie peut prendre de nombreuses formes et elle vient montrer, avec « Whorifice », une de ces facettes les plus rampantes. Boueux, souillé, chaotique sont des qualificatifs que l'ont pourrait plaquer sur le premier EP de Death Fetishist, énième projet de Matron Thorne (Ævangelist, Benighted In Sodom, Andacht entre autre) et G. Nefarious (Panzergod et Blut der Nacht entre autre également). Quand on connaît ce qu'à pu nous pondre le premier monsieur, on ne peut qu'espérer que de la qualité, Matron Thorne semble ne pas vouloir se répéter dans ses projets, c'est donc une nouvelle facette de la musique noire qui est abordée. Une nouvelle fois, une musique chaotique et hallucinée, à l'instar de ce qu'on a pu entendre dans Ævangelist, mais cette fois moins agressive et bien plus lourde.

Fait de simplement deux pièces, ce premier EP a tout de l'hallucination lovecraftienne tant il est monolithique. A la jonction entre Doom et Black Metal avec quelques relents de Death, Death Fetishist ronfle et tourbillonne à grand renfort de tempi lents à riffs répétitifs. Sabaxius me vient en tête, quelque part on retrouve ici le même genre de dynamique sur certains passages (moins exagérément hein, Sabaxius c'est parfois 10 minutes pour un riff), c'est à dire une mélodie lead lourde portée par la guitare sur laquelle viennent se greffer de petites variations. Répétitif peut-être un peu, mais hypnotique et surtout pas lassant. « Whorifice » est cohérent tout au long des vingt deux minutes qui le composent, entre dissonances et riffs bien doomie, Death Fetishist pose son jeu avec cet EP. Si au premier abord, certains riffs semblent déjà entendus, c'est sans compter les variations de rythmes, les arpèges malsains de second plans et les changements sorties de nul part qui viennent prendre au dépourvu et créer la vraie ambiance de l'album. Dans le tumulte grave, il y a ces notes dissonantes qui persiflent le chaos et le mal à l'oreille de l'auditeur déjà subjugué. Le groupe se décrit comme psychédélique mais je dirais plus « halluciné », car si psychédélique Death Fetichist l'est bien, cette dimension horrifique intrinsèque à sa musique rend le tout bien plus oppressant et d'apparence sans contrôle. C'est pourquoi je lui ai attribué plus haut cet adjectif devenu beaucoup trop commun de « lovecraftien », dans l'indicible, le fou, l’imprévisible qui je pense sont des termes qui peuvent définir la musique que le duo nous propose avec son premier EP. Imprévisible est un adjectif qui peut également coller au jeu de la batterie, elle m'a parfois paru en décalage sur certains passages, un break à la guitare et la batterie qui s'emballe, mais au final cela ne fait que renforcer cette impression chaotique. Son jeu diversifié et fou se laisse apprécier au cours des minutes et des écoutes suivantes. C'est de petits détails comme ça que se forgent les bonnes sorties. Peu de chant sur ces deux pièces, il n'y en a d'ailleurs que sur la première, mais quelle prestation ! Véritables mugissements tempêtant par dessus l'orage, supporté par quelques effets leurs donnant une profondeur du plus bel effet. Pour « Lust/Servitude », le second morceaux, le chant à été remplacé sur les premières minutes par un sample féminin murmurant des plus intriguant. 
Quel maîtrise de l'ambiance pour ce premier EP, aucun faux pas, aucun accroc malgré une musique à l'aspect bigarré. « Whorifice » est d'un noir mat et compact, semblant presque vivant, animé par une force malsaine. Malgré les nombreuses écoutes que je lui ai fait subir, l'EP continue de me happer dans ses eaux troubles, et n'est jamais lassant malgré ses longs riffs. Car c'est cette répétition qui apporte cette transe morbide et hypnotique, là est l'un des aspect du psychédélisme de ce « Whorifice ». Vingt deux minutes d'oppression, de malsain, de cacophonie mortifère porté par une prod' étouffante, que du bonheur. 

Rares sont mes chroniques où aucun mot négatif n'a été écrit, mais il faut avouer que Death Fetishist a placé la barre bien haut dès le début. A voir maintenant si le groupe tient le coup sur un long format, qui si j'y bien compris est prévu pour bientôt. Mais quoi qu'il sen soit, « Whorifice » est clairement une réussite, prouvant encore pour ceux qui en douterait que Matron Thorne est passé maître dans l'art de faire sortir de son esprit ces monstres de bizarrerie et de noirceur que sont Ævangelist et Death Fetishist. Clairement la grosse claque US de ce début d'année et je ne semble pas être le seul à le penser puisque le duo vient de signer chez Debemur Morti Productions à l'heure où j'écris ces lignes. 

- Sarcastique


jeudi 28 janvier 2016

LE GÉNITEUR - Les Pantins du Pêché




LE GÉNITEUR


- Les Pantins du Pêché






Genre : Death/Thrash Metal
Label : Indépendant
Date : 4 janvier 2016






Tracklist : 
1. Préliminaires
2. Pandemonium
3. Mirage suicidaire
4. Les Pantins du Pêché
5. Extremum


Une fois n’est pas coutume, tournons-nous vers la France de l’ouest (vous décèlerez l’ironie) et ses villes balayées par les vents marins, où la scène rennaise, et bretonne en général, est décidément bénie par je ne sais quelle noire entité de la musique, mais foisonne en tout cas de groupes de toutes sortes, de musiciens pour toutes les sous-branches et tout les goûts, du black DSBM au death rugueux passant par le black thrash au vitriol, jusqu’à certains niveaux et âges insoupçonnés, ville où germent les pousses virtuoses et maléfiques de formations en devenir ou déjà sur scène, défendant chaque pouce de leur terrain, et surtout de leur talent, avec une audace et une modestie bien particulière à cette région, semblerait-il. Bref, arrêtons de tergiverser, et rentrons dans le vif du sujet, qu’il est d’ailleurs, entaillé à vif, suppurant, sanguinolent, et terriblement prenant.
C’est ainsi, avec un regard  que j’assiste depuis un petit bout de temps à la progression la plus sûre et simple que j’ai pu voir pour un groupe. Le Géniteur vous met la raclée, tout simplement, du haut de leur (à peine, ces gars-là n’ont pas loupé la case puberté, c’est moi qui vous le dit) majorité tapante, de leur sourires humbles, et de leur talentueuses ressources, si surprenantes soit-elle, bien réelles. Au gré de riffs de guitares furieux, dégoulinants de hargne et de brutalité, d’une distortion à dégourdir un paresseux aphasique et de tritons d’une singulière répartition dans leurs compos, mais non moins agréable et originale, nos musiciens voyagent et leur auditeurs avec, passant d’un thrash qui tache, péremptoire et galopant comme on l’aime, à du death lourdaud et monolithique, en passant par des solos poignants de guitares, parfois pas très éloignés des gammes van-haliennes (s’il l’on me promet ce barbarisme), mais aussi des mélodies plus calmes, habillant la plupart des morceaux d’ambiances grandioses, abyssales et surtout savamment échafaudées, entre une prod honnête mais judicieuse et de très efficaces harmonies construites en contrepoint, mon pêché mignon, d‘une rampant dans les ténèbres de gouffres sans fins et mystérieux, tandis que l’autre égrènent ses arpèges doucereux et sinistres dans des aigus sifflants. Tout cela serait cependant bien muet en taciturne sans la voix qui, aux premiers essais du groupe, restait pourtant assez en-dessous du niveau technique général des autres musiciens - à mon avis - s’est prodigieusement améliorée, autant en termes de performance vocale pure et simple, que dans sa capacité à pouvoir exprimer certains sentiments peut être simplement mais assez bien et sincèrement pour vous prendre aux tripes, là où ça bastonne et vibre quand les émotions s’y chamboulent, qu’on ne cesse de discourir sur des éviscérations d’individus particulièrement antipathiques ou détestables, de sacrifier des victimes éplorées à la gloire d’infâmes et obscures puissances, où d’évoquer l’introspection profonde et mélancolique d’un « Mirage suicidaire », pour reprendre le titre du troisième morceau de l’EP, tout est en place et ça tient sacrément bien le coup. Et croyez-moi, ce chanteur-là, si néophyte et méprisé puisse t-il être par des grands pontes qui aiment à se pavaner parmi les formations en vogues, y parviendra mieux que certains « professionnels » (ce n’est pas que le membres soit dépourvu de professionnalisme, loin de là), là où plus d’un qui verse dans le surfait, et perd ainsi en crédibilité, à expliciter et développer ces éléments-là. Seule la batterie (sans la descendre pour autant) peut laisser à désirer : à mon goût pas assez battante et furieuse, une bonne double pédale ronronnante et quelques cymbales au glacis blasphématoires ne m’aurait pas déplu, et aurait ajouté une certaine énergie, certes déjà plus ou moins présente, en l’approfondissant d’autant plus. Quoiqu’elle excelle dans la conclusions de ses rythmiques, et en soutènement des mélodies plus apaisées…

Ainsi, en brassant un flot puissant et pléthorique d’influences, la formation, en plus d’un éclectisme pertinent dans un milieu qui par trop de conservateurisme à souvent tendance à stagner à mon plus grand regret, Le Géniteur offre une patte et une virtuosité jusqu’alors rare, et d’autant plus surprenante et agréable puisqu’elle vient des galopins pas si assez âgés que ça, ayant l’honneur d’en connaître d’un peu plus près l’un d’entre eux, des galopins qui se débrouillent quand même suffisamment bien pour donner une leçon musicale à plus d’un, même si l'album contient certaines imperfections (c'est un premier EP après tout !), un très certain potentiel est plus que démontré au long de cet EP. Force est de constater que persévérance est mère de progrès et de résultats, moi-même ayant tenté plusieurs fois de former un groupe et d’essayer tant bien mal de mettre des combos debout, chacune de ces tentatives ayant été soldées d’échec plus ou moins cuisant, ce genre de réussite de la part de musiciens partis d’à peu près rien, est réconfortante en plus d’incarner un exemple digne de ce nom, un exemple plus qu'engageant pour la prochaine génération à grimper sur les planches renommée de la scène française…





- Pestifer 

dimanche 24 janvier 2016

PLUTONIUM - Born Again Misanthrope

PLUTONIUM




Born Again Misanthrope







Industrial Black metal
Date de sortie: 11 janvier 2016
Label: Indépendant



Tracklist:
1. Born Again Misanthrope
2. Cortex Vortex
3. The Inverted Panopticon Experience
4. Casque Strength
5. The Masque Of The Green Demon
6. Renuntiationem
7. Electric Barbwire Crown Of Thorns
8. Alice In Plutoniumland (Two Minute Hate Part III)
9. Confessions Of A Suicidal Cryptologist




Très dense, radioactif et toxique sont les principales caractéristiques du plutonium. Rien d'étonnant donc à ce qu'il serve aussi de patronyme à une formation de black metal. Black industriel qui plus est, un style dont on parle finalement assez peu et qui est pourtant lui-même très varié. L'ajout de musique électronique peut être un véritable atout lorsqu'il est parfaitement maîtrisé et si je n'en écoute moi-même pas énormément, des formations telles que The Kovenant, Samael, Borgne ou Diablerie m'ont depuis bien longtemps convaincu que ce genre de métissage a parfois du bon. Ces groupes ont souvent un son unique, véhiculent des ambiances futuristes, enivrantes, étourdissantes et particulièrement malsaines à leur manière qu'on ne retrouve pas ailleurs, décuplant les effets mêmes du black metal, en repoussant les limites. 

Mais revenons à nos moutons. Formé il y a maintenant 13 ans et nous venant de Suède, évoluant depuis la sortie de son 1er album en 2007 sous la forme d'un one-man band permettant à sa tête pensante MR J de garder un contrôle total sur sa vision personnelle de la musique, Plutonium sort de manière totalement indépendante en ce début d'année son 3eme album intitulé Born Again Misanthrope, accompagné d'une pochette très shakespearienne. Constitué de 9 morceaux, cet album s'inscrit directement dans une mouvance black metal scandinave, comprendre de haute volée, froid et agressif. C'est donc la guitare qui prend la plus grande place avec ses rafales de riffs directs et assez traditionnels. Globalement, le fan lambda de black metal ne sera pas dépaysé et y trouvera largement son compte, se remémorera longtemps les lignes de guitare celles-ci rentrant facilement dans le crâne sans jamais vouloir en déloger, notamment sur les deux premiers morceaux ou "Casque Strength" et son riff si simple et tellement imparable que c'en serait presque de l'indécence. Mais MR J dévoile aussi quelques trouvailles mélodiques parfois surprenantes comme sur l'étrange balade funeste "The Masque Of The Green Demon" ou "Electric Barbwire Crown Of Thorns" ou emmène sa musique dans des directions très différentes. Il suffit d'écouter "The Inverted Panopticon Experience" et sa lente progression dissonante, aux portes d'un doom glauque et suintant la crasse ou encore le calme et mélancolique "Renuntiationem" faisant office de pause apaisante pour s'en convaincre. Born Again Misanthrope est donc un album particulièrement varié en dépit de son approche plutôt conventionnelle et chacun des ces interludes explorant de nouvelles contrées offre à MR J l'occasion de mieux repartir sur un black metal incisif et percutant. La dernière partie de l'album illustre d'ailleurs parfaitement cette dualité "Alice In Plutoniumland (Two Minute Hate Part III)" servant d'intro ambient et spatiale en mode rencontre du 3eme type sur Pluton à la viscérale conclusion de l'album, elle-même entrecoupée d'un sample anxiogène qu'on croirait tout droit sorti d'une OST hollywoodienne façon Interstellar. Sachant qu'en plus de son vécu et de ses expériences personnelles, MR J s'inspire aussi de romans dystopiques comme "Le Meilleur des Mondes", il n'est pas incongru de penser que le bonhomme ajoute volontairement ce types d'effets SF dans sa musique.
Puisqu'on en est là, je n'ai encore pas vraiment parlé de la partie industrielle. Souvent en retrait si ce n'est la boite à rythme, elle n'en est pas moins une des composantes principales de cet album, tapie dans l'ombre pour ne se mettre qu'en avant aux moments opportuns. L'électronique gère l'album en chef d'orchestre discret, construisant les morceaux de loin et ne s'affirmant qu'en de rares occasions, pour casser l'ambiance et relancer les élans black mais toujours placée idéalement, tissant patiemment sa toile afin de se jeter sur la proie qui n'aura pas pris garde au danger pourtant imminent. 
Born Again Misanthrope n'est donc pas ce que j'appellerais un album foncièrement indus, clairement plus ancré dans son approche black metal mais ces samples, la boite à rythme apportant une touche martiale et l'ambiance générale qui s'en dégage donnent indéniablement à ce 3eme effort de Plutonium une saveur particulière, froide et clinique, que l'on aime à retrouver dans ce type de production. 

Un voyage en terrain connu mais qui parvient néanmoins à jouer sur l'étrange et l'inattendu, jouissif dans ses aspects les plus traditionnels mais déstabilisant dans ses propriétés intrinsèques. Une oeuvre vraiment personnelle comme affirmé dans la description accompagnant cette promo, en d'autres termes, sincère et c'est bien là le plus important. Et un grand merci pour le CD, j'insiste car cela fait grandement plaisir et n'était clairement pas une obligation. D'ailleurs, sortie indépendante oblige, j'encourage les gens réceptifs à cet album à s'en procurer une copie rapidement puisque très limitée en nombre et présentée dans un digipack 3 volets. Sinon, il est en écoute libre sur différents supports dont vous trouverez les liens ci dessous.


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vendredi 22 janvier 2016

COMMON GRAVE - Dust of my Existence



COMMON GRAVE


Dust of my Existence






Genre : Doomed Black Metal
Label : Eerie Art Records // Vacula Productions
Date de sortie : 13 Décembre 2015







Je l'avoue, l'Italie est rarement le coin dans lequel je cherche mon Black Metal et j'ai pas mal de lacunes en ce qui concerne sa scène. Pourtant quand je fouine un peu dans ce qui s'y trouve, je tombe sur de très bonnes formations comme Common Grave que voici. Le quintet offre son second album d'un Black Metal mélancolique prenant, faisant suite à « Il male di vivere », déjà réussi. Sept ans plus tard, la formation sort une nouvelle œuvre plus aboutie, plus recherchée que la précédente. Pas forcément meilleure, mais plus personnelle, plus intime, Common Grave à su se démarquer un peu de la masse dont il est issu.

Ce que le groupe perd en mélodie avec cet album, il le gagne en noirceur et en cohérence. La où le premier offrait beaucoup voire trop de choses, « Dust of my Existence » est plus concentré et opaque. De là découle une continuité des pièces tout au long de l'album, permettant un voyage introspectif d'une quarantaine de minutes sans que l'ambiance instaurée dans les premiers instants ne soient altérée. Tout en réalisant cela, Common Grave arrive à proposer de nombreuses choses qui s'imbriquent à la perfection. De la sombre litanie Black Metal, du break doomie et le tout saupoudré des classiques guitares acoustiques, sur le papier, rien de neuf sous le soleil. La structure de cet album est connue mais contient des surprises. Common Grave nous pond quelques éclairs de talent qui peuvent sembler anodins mais qui viennent apporter un réel plus à l'immersion et à la seconde écoute de l'album. Je pense tout d'abord aux sous-mélodies de guitares qui se cachent bien souvent derrière la principale, plus aériennes et pleines de beauté elles viendront souffler la nostalgie à l'oreille de celui qui voudra bien les entendre. Si toute la composition de « Dust of my Existence » est de qualité, c'est réellement de ces secondes mélodies que l'album tire sa force. De manière plus générale, Common Grave claque dès l'intro une ambiance torturée par le vide intérieur, l'insignifiance du monde, de la vie, ce qui se ressent à travers toute la nostalgie dégagée par les différents morceaux. Si l'on n'échappe pas aux classiques guitares claires très stéréotypées, elles sont de bien meilleures factures que d'habitude et porteront l'auditeur dans les amères rêveries et remords qui lui sont propres (« A Cold Goodbye » en tête). L'influence Doom de la formation apporte beaucoup à ce ressenti, par ses breaks lents, ses chutes de tempo permettant d'intérioriser au moins pour quarante minutes la futilité et la monotonie de l'existence humaine. Cette facette a pris plus d'ampleur par rapport au premier album, ce qui le rend, je pense, plus complet. Couplé à cela, on a un chant très sourd et bas, parfois pas sans rappeler ce qu'on peut entendre dans le Funeral. Si on peut reprocher aux vocals de manquer de variations par instant, on évite de ce fait les piaillements étranglés et ratés que l'on peut retrouver dans des formations médiocres s'essayant à l'exercice. Cependant, il faut bien reconnaître que la voix rauque de XXVII finira de plaquer sur la musique la mélancolie monotone que dégage «Dust of my Existence». Si la basse et la batterie remplisse leur part de boulot, quelque part il me manque ces petites envolées de basse d'arrière plan alors que la musique s'y prête parfaitement à mon sens. Efficaces certes mais un peu de deçà du reste. 
Totalement homogène et porté par une excellente production, ce nouvel album de Common Grave rempli sa tâche. Toutes les mélodies sont évocatrices, mélancoliques et rien ne vient briser l'atmosphère posée. Semblant alterner entre les regrets nostalgiques et la fatalité de vivre, portés respectivement par les aspects Black et Doom de la musique, « Dust of my Existence » ni ne s’essouffle ni n'en fait des caisses en évitant de tomber dans une souffrance surjouée. Intime, introspectif mais à la fois puissant, le contenu portera vos soirées déprimes des samedis solitaires à la perfection. 

Vous renvoyant en pleine face votre futilité et absurdité, Common Grave propose un album avec un rythme maîtrisé, un rendu très organique et intimiste pour prendre aux tripes de son auditeur. Meilleur, peut-être, mais surtout plus complet que le précédent, les italiens semblent avoir, en sept ans, acquit de nouvelles influences qui sont venues rendre l'album bien plus sombre qu'autrefois. Vraiment réussi et marquant une évolution dans sa musique, Common Grave assure le doublé avec « Dust of my Existence », mais non sans se renouveler et proposer un Black Metal émotionnellement fort, puissant et intime pour tous les taciturnes.  

- Sarcastique

mardi 19 janvier 2016

WRATHRONE - Born Beneath

WRATHRONE


Born Beneath





Death metal old school
Date de sortie: 22 janvier 2016
Label: Inverse Records



Tracklist:
1. Born Beneath
2. Age Of Decadence
3. Eternal Salvation
4. Failing Flesh, Enduring Spirit
5. Blunt Blade Birth
6. Dead End
7. Sea Of Sickness
8. Carnal Lust







Rien qu’un coup d’œil à leurs photos promotionnelles et on comprend vite que ces gars-là ne sont pas là pour plaisanter. Tronches de deux pieds de long et outils de jardinages faisant office d’armes de guerre ou d’instruments de torture, allez savoir, et qui n'ont en tout cas probablement pas servi qu'à inhumer le truc mort (ou pas mais vraisemblablement mal en point) planqué dans le sac de jute, le ton est donné assez précisément! 

Faisant suite à un EP qui aura permis à ce groupe originaire de Finlande, Laitila plus exactement, de fouler les planches d’abord à domicile puis de s’exporter en Allemagne, Born Beneath débute une nouvelle année en fanfare et pleine d'ambitions pour Wrathrone, désireux de retourner au plus vite sur scène défendre le petit dernier. Tout ça pour dire qu’on risque d’en prendre plein la gueule pendant cette petite demi-heure de death metal oscillant entre old-school et brutalité pure. 
D’ailleurs, l’album lui-même commence très fort. À quoi bon s’embarrasser d’une introduction quand on peut tout faire péter dès la première seconde? C’est que si Wrathrone ne perd pas son temps en technique ou effets superflus, il a quand même des choses à dire et préfère pour cela miser sur l’efficacité. Les 8 morceaux composant Born Beneath ne sont certes pas les plus complexes qui soient mais ont en tout cas le mérite d’aller à l’essentiel, d’être suffisamment variés et bien construits pour maintenir l’intérêt et surtout d’avoir un beau potentiel de cassage de nuques. En même temps, tout ce qu’on aime retrouver dans un bon album de death est là, du gros riff qui tâche aux accélérations véhémentes, du jeu de batterie varié et précis à la basse en avant qui claque bien en passant par la voix gutturale à souhait qui enchaîne les growls surpuissants et les backing vocals plus criards sur quelques interventions.  Sans jamais trop en faire, Wrathrone compile ici 8 morceaux où chaque instrument est mis en valeur et où la relative simplicité n'est en tout cas jamais simpliste. A l'heure où les groupes débutants se sentent obligés d'en rajouter jusqu'à plus soif pour se faire remarquer, nous ne pourrons que saluer ce retour aux sources, d'autant plus quand il est maîtrisé.
Les morceaux, eux, varient du brutal morceau éponyme au plus mélodique et groovy “Age Of Decadence”, “Dead End” et sa petite touche rock imparable chauffe vite les esprits, “Sea Of Emptiness” ajoute lourdeur en réduisant le tempo et en laissant une belle place à la basse… On pourrait presque tous les passer en revue. On retiendra au final que Born Beneath a de quoi vous faire passer 30 minutes bien agréables sans trop vous prendre la tête et ça, déjà, c'est pas rien.

Loin de réinventer la roue, Born Beneath prouve néanmoins qu'il est encore possible de pondre un album d’une efficacité redoutable en 2016 sans abuser d'artifices. Droit au but pourrait être leur devise et dites-vous bien qu’en concert, Wrathrone est probablement une véritable machine de guerre. Tenez vous prêts, nos Finlandais ont bien l'intention de traverser de nouvelles frontières pour y faire parler la poudre!



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