mardi 21 avril 2015

OUTRE - Ghosts Chants





OUTRE


Ghost Chants





Genre :  post black metal 
Label : Godz Ov War/ Third Eye Temple
Date : 14 avril 2015





Tracklist : 
1. Chant 1 - Departure
2. Chant 2 - Shadow
3. Chant 3 - The Fall
4. Chant 4 - Lament
5. Chant 5 - Equilibrium
6. Chant 6 - Vengeance
7. Chant 7 - Arrival 




Je me tourne une fois de plus vers le black metal des pays de l’Est, un domaine un rien laissé de côté mais bien plus riche et intéressant qu’il ne laisse le suspecter, avec Outre, et son premier album longue durée nommé « Ghost Chants », album précédé d’une démo et d’un split avec le groupe Thaw (qui a soit dit en passant fait un petit bout de chemin depuis).
Outre introduit donc son album à l’aide d’un morceau plutôt calme et triste, « Departure » pour enchaîner sec les suivants vers un chemin plus sombre, brutal, officiant dans un registre très grave, quand les riffs ne se cabrent pas vers des aigus stridents et hachés, rythmés par des accords cadencés et occultes.
Les guitares ont un rôle prédominant dans cet album, ce sont bien elles qui fournissent la toile et l’atmosphère de fond, pour que la voix brode dessus (je reviendrai à elle plus tard). Elles parsèment régulièrement leurs lignes d’enchaînements d’accords en tritons, pour, de façon souvent très judicieuse (à part quelques uns mal placés ou trop décalé par rapport au reste) s’élancer après dans des mélodies lancinantes, suraiguë par rapport au reste de la formation, et placées en arrière-plan par la prod, qui transmettent à la musique de la formation une demi-teinte d’inquiétude, d’horreur même, par ce ton doucereux et sinistre souvent utilisé à ces moments-là, qui laisse alors place à l’imagination de l’auditeur.
La formation retourne cependant régulièrement dans des eaux plus mélancoliques, teintées de remords et de regrets lugubres, en finissant souvent ses morceaux par des instants plus sinistres, comme précédemment décrits, qui initieront un nouveau début vigoureux et enflammé du titre suivant. La voix est toutefois définitivement l’un des éléments les plus intéressants de la formation, moins présent mais un des plus riches, et dont je ne ferais que conseiller à la formation de l’approfondir encore plus. Elle oscille entre runt rauque et growl caverneux, se muant parfois en un chant clair dans les passages tristes, dont on distingue clairement les paroles, alors désespérées et misanthropes (comme dans « Equilibirum » par exemple, conclu par un triste « We belong to the end! »). Son endurance époustouflante est d’ailleurs à souligner, le titre « Vengeance » se finit par un cri rocailleux écorché, le chanteur s’époumonant pendant plus d’une trentaine de secondes ! Quelques remarquables et virtuoses moments de polyphonies viennent approfondir la démarche affranchie de toute barrière des genres que mène Outre, et aérer l’album de pauses, sans pour autant ennuyer l’auditeur. 
La batterie sait garder ses blast beats discrets, et non pas bruyants et maladroits comme on en trouve trop souvent malheureusement, et les utilisent même à bon escient, en rythmant les accords appuyés des guitares. Elle donne seulement totalement libre cours à sa virtuosité lorsque les guitares lancent leurs long solos lents et déchirants, s’accaparant les oreilles de l’auditeur avec ses rythmiques complexes. 
Ghost Chants est en somme une oeuvre très variée, oscillant entre black metal très traditionnel, death metal lugubre et dissonant dans certains instants de « Vengeance » par exemple, sludge avec le titre « Lament », dominé par des basses roulantes et grondantes, et biens d‘autres mélanges, elle synthétise un mélange de genres tous explicitement représentés et authentiques, tout en conservant une démarche expérimentale bien à elle. C’est un groupe touche-à-tout, qui sait cependant rester cohérent dans son ensemble, et veille à ne pas de disperser dans ses thématiques et ses enjeux. Si les polonais d’Outre ont choisis pour cet album de créer un patchwork varié, l’immense et complexe fresque obtenue à la fin du processus se distingue par son originalité, et son assemblage savoureux et savamment ficelé. 










- Pestifer 






lundi 20 avril 2015

UNDERSIDE + VOICE OF RUIN + TRASH HEAVEN + DAMAGE THRASH 10/04/15 Reims, L'Excalibur






L'Excalibur fête ses 14 ans! Au menu, concerts, concerts et encore concerts. Et c'est sans surprise à MyFist que revient de nous organiser une soirée metal. Cela ne fait peut-être que tout juste un an que je fréquente l'endroit, je ne pouvais pas manquer ça. C'est donc en mode détente total que je m'y rend une fois de plus n'ayant jamais entendu le moindre mot sur les groupes à l'affiche. Autant dire que je suis là uniquement en soutien et comme pour dire merci, à la fois à l'Exca et à MyFist, pour ces soirées bien sympathiques. Bref, je n'en attendais rien de particulier cette fois et tandis que le premier groupe s'affaire à se mettre dans le bain, j'en profite pour jeter un œil à l'expo photo de Jérôme Didierjean qui me permet de revivre, l'espace d'un instant, quelques uns des moments qui ont marqué le lieu et déjà chroniqués en ces pages. 

Je ne pense pas avoir besoin de faire un dessin pour décrire la musique de Damage Thrash, c'est inclut dans leur nom. Ce que je peux vous dire, en revanche, c'est que leur thrash est directement inspiré de la Bay Area, qu'il file à 200 à l'heure et que leur show est plus que convaincant. Les riffs sont percutants, les solos de haute voltige et les quelques reprises venant ponctuer le set ("For Whom The Bell Tolls" et un medley Slayer en compagnie du chanteur de Conquerors, alors on s'embrouille dans les paroles?) bien carrées. Belle réponse du public qui participe volontiers sur la petite touche d'humour local et sans doute apogée créatrice du groupe "Pâté En Croûte" car si cette prestation m'a fait l'effet d'un bon coup dans la nuque, faut pas non plus oublier de se marrer. 





Même constat pour Trash Heaven qui prend la suite. À la différence que ce thrash là est moins rentre-dedans et plus mélodique, plus heavy metal dans l'esprit et surtout chanté principalement en screaming. Ça passe ou ça casse chez moi et ça casse bien plus souvent. Je pensais assister aux quelques premiers morceaux histoire de pouvoir en parler un minimum et grand bien m'en a pris, je suis resté jusqu'au bout, entraîné par l'énergie véhiculé par le groupe. Donc oui, le chant est maîtrisé. Les gars se font plaisir, se mêlant au public le temps d'un solo ou grimpant sur à peu près tout ce qui se présente. Ils ont la banane et ça se voit et donc, ça fonctionne, aussi simple que ça. Pour un peu, suite au concert de Damage Thrash et celui de Trash Heaven, on se croirait presque dans un de ces clubs de Frisco des années 80. Et ça, c'est bandant! 









Après ces 2 retours dans le passé réussis, place à du son plus actuel avec Voice Of Ruin et son thrash groovy porté sur le melodeath. Présenté comme du "farmer metal" ce que je n'ai compris qu'après visionnage du clip "Cock'n Bulls" le groupe ayant semble-t-il laissé tombé son délire bucolique (dommage, ça aurait été marrant de voir 4 mecs accoutrés de cette façon) les Suisses délivrent un show efficace une fois de plus, contrastant avec les 2 précédents par cette approche plus orientée death metal. Cela tombe plutôt bien, c'est en variant les plaisirs que l'on passe les meilleures soirées n'est-ce pas? Le son massif et le charisme du frontman font mouche et les pogos ne tardent pas à bousculer l'assistance qui en redemandera en déclenchant quelques wall of death. Il faut dire qu'il s'agit là de musiciens aguerris avec plus d'une centaine de concerts à leur actif et des premières parties pour The Black Dahlia Murder, Caliban, Fleshgod Apocalypse parmi d'autres. Et loin de chopper le melon avec ça puisqu'ils restent forts sympathiques et disponibles. Chapeau bas messieurs. 












Ce n'est pas tous les jours que l'on peut voir un groupe népalais. Underside est pourtant bel et bien là pour faire parler la poudre de son metalcore agressif à classer aux côtés d'un Slipknot par exemple. D'ailleurs, le reprise de "People=Shit" n'est sûrement pas un hasard. Mais la bande masquée de l'Iowa n'est pas la seule référence du groupe puisqu'un "Raining Blood" bien carré nous sera également offert sur un plateau et j'ai cru comprendre qu'une reprise de Pantera aurait pu être jouée également. Je n'ai pas spécialement envie de me lancer dans l'éternel débat entre puristes et autres cherchant à savoir si ce style dont Slipknot ou d'autres ont posé les bases est oui ou non du metal et / ou de la bonne musique, ce n'est clairement pas le propos et personnellement, je me situerais au centre, je m'en fous pas mal. Mais pour ce qui est de l'ambiance, ces groupes là et particulièrement Underside savent comment la booster. Le son toujours aussi massif aidant, les pogos deviennent musclés et l'intensité ne fait qu'augmenter. Clairement, les népalais venus défendre courageusement leur EP Welcome To The Underside sur les terres européennes ont gagné de nouveaux fans. Comme rien n'est parfait, il fallait bien trouver un défaut à ce concert. Évidemment, c'est la musique: le (bon) neo metal / metalcore c'est sympatoche, en concert ça passe très bien, mais c'est un peu toujours pareil... Parfois ça se calme, parfois ça s'énerve, et ça s'énerve d'ailleurs beaucoup chez Underside, ceux-ci envoient vraiment la purée de bout en bout mais les nuances ne sont que trop peu exploitées. Je pense qu'un fan du genre pourrait dire la même chose du black ou du death metal, il n'entendrait pas la musique de la même façon. Cela ne nous touche pas de la même manière, ce qui change pour l'un reste identique pour l'autre et vice versa. Toujours est-il que ce style est comme les autres, il a ses fans et parmi eux de vrais passionnés qui font la musique qu'ils aiment avec leurs trippes. Preuve en est faite ce soir en tout cas, et cela force le plus grand respect à Underside qui a su s'imposer si loin de son QG et convaincre quelqu'un comme moi qui n'entre pas dans son public habituel. 






L'affluence était correcte sans que ce soit bondé mais ceux qui étaient là étaient bien motivés et j'ai cru cependant voir de nouvelles têtes et ça fait plaisir! Je n'attendais rien de cette soirée et j'ai pris 4 baffes consécutives. Des soirées comme ça j'en reprend volontiers pour les 14 années à venir et plus encore! 


Crédit photos: Jérôme Didierjean Photographe

samedi 18 avril 2015

ABSURDITY + GOVERN THE WEAK + PSYLLIUM + SMACK MY BEAT UP 28/03/15 Reims, L'Excalibur





Voici un type d'affiche que vous ne croiserez pas souvent par ici. Dès qu'il y a un peu trop de fois le mot "core" qui se balade, j'ai tendance à passer mon tour. Je reconnais néanmoins que certains de ces groupes dégagent une puissance assez incroyable en live. De plus Absurdity a su me séduire avec son dernier album Undestructible qui comme son nom l'indique est véritablement solide. 

C'est en compagnie de Smack My Beat Up que la soirée démarre. Le duo originaire du Nord délivre ce qu'il définit comme du beatmetal, comprendre du gros riff qui tâche dirigé par des beats et samples electro. Je n'ai à priori rien contre ce type d'exercice quand la musique électronique vient enrichir les compositions sans prendre le dessus, ce qui est malheureusement le cas ici et m'empêche de rentrer vraiment dedans. Tout n'est pas à jeter, il y a quand même de bonnes idées, des riffs bien groovy et des références sympas (comme Bukowski ou le film Sin City) mais n'est pas Ministry qui veut. Les images qui défilent en fond de scène cadrent bien avec la musique mais il manque quelque chose (un batteur qui relèguerait ces beats électroniques au second plan sans doute?) et le show traîne un peu en longueur, les compos tournant en rond sans vraiment parvenir à m'atteindre. 

Les Nordistes de Psyllium déboulent ensuite et, s'ils pratiquent un style différent, me renvoie au même constat. Le metalcore n'est vraiment pas ma tasse de thé et il est très difficile de s'y montrer innovant. Pas de grosse surprise donc à ce que je décroche rapidement. Les amateurs pourront sans doute y trouver leur compte car ce n'était pas non plus mal joué ou mal construit, juste que ça ne me parle décidément pas du tout. 

Ce sera finalement Govern The Weak qui créera la surprise avec son deathcore bien bourrin. Ce que je recherche chez ce type de formations en live est bien là: l'ambiance bien chaude et le gros son. Par certains points, le groupe de Rethel se rapproche parfois plus du brutal death que du deathcore ce qui n'est pas pour me déplaire. C'est costaud et efficace, ça va droit au but et emmené par un frontman charismatique. Un moment sympa, rien à dire de plus l'innovation n'étant pas non plus l'élément primordial. 

Qu'on se le dise, Absurdity est en passe de devenir l'un des gros groupes français. Qu'on aime ou pas d'ailleurs car leur "massive moshing death metal" comme ils aiment à le définir eux-mêmes hérissera sans doute quelques poils parmi nos lecteurs! Certes, ça change un minimum de notre ligne éditoriale mais il en faut bien pour tout les goûts et vraiment, si leur premier album D:/Evolution en avait laissé plus d'un sur le cul, le petit dernier enfonce carrément le clou à grands coups de boutoir. Son massif et percutant, riffs rentre-dedans, blasts et syncopes d'une efficacité redoutable constituent la ligne directrice choisie par les Alsaciens. Oui, mais. Mais c'est en général trop peu pour moi qui recherche, en plus de cette puissance implacable, un minimum d'originalité ou au moins une petite accroche rendant le tout différentiable de la pléthore de groupes officiant déjà dans ce style. C'est là qu'Absurdity se montre intéressant car nous y retrouvons parfois un soupçon de mélodie, de groove et/ou de samples (justement utilisés cette fois avec parcimonie, n'étouffant pas les compos par une surenchère électronique). Pour toutes ces raisons, Undestructible m'a séduit et pour toutes ces raisons, j'ai voulu avoir la confirmation du live. Absurdity peut déjà se targuer d'avoir participé à des affiches prestigieuses et s'être frotté à du lourd (ouvertures pour Morbid Angel, Gorod, Asphyx, Benighted...). Et franchement j'étais curieux. Curieux parce que ce qui m'a sauté aux oreilles à l'écoute de leur album, c'est bien que leurs morceaux sont définitivement taillés pour lancer de bons gros pogos des familles, le genre de mosh-pit où tu finis par être totalement désorienté, même dans le petit espace qu'offre l'Excalibur, à forces de circle-pit et autres wall of death. Bah tu sais quoi? Massive moshing death metal, ça me faisait marrer mais finalement... z'ont ptet raison les gars. Pour tout dire, je garde une petite préférence pour la version studio où l'on se prend véritablement ce mur de son en pleine tronche tout en restant assez subtil. En live, on perd un peu de ces petites touches qui me plaisent tant sur album, l'accent étant mis bien évidemment sur la section rythmique qui matraque sévèrement. Il n'empêche qu'ils en ont sous le coude niveau patate et l'assistance devient vite survoltée à l'image des musiciens qui semblent vraiment infatigables. Faut s'y faire, le deathcore est bien le truc à la mode en ce moment chez les metalleux. Et ça ne m'emmerde pas plus que ça tant qu'on voit débouler des groupes de la qualité d'Absurdity

vendredi 17 avril 2015

ANTIVERSUM - Total Vacuum






ANTIVERSUM



Total Vacuum






Genre : sludge/death metal
Label : Invictus Productions
Date :  20 avril 






Tracklist :
1. Finis Aeternitum
2. Vetus Angelus
3. Total Vacuum
4. Adventus Finis



Avez-vous crus pouvoir passer un weekend quiet et léger ? Que nenni, ce groupe-ci agira bien dans le sens contraire, après une petite demi-heure d’écoute de riffs sinistres et dévastateurs, inquiétudes existentielles, questions obsédantes sans réponses, voilà le petit menu pour aujourd’hui, avec Antiversum.

Depuis les sommets suisses enneigés, Antiversum détourne son regard des problèmes oisifs des hommes, pour essayer d’appréhender l’immense vide au-dessus de sa tête, et sa vision se révèle terrifiante à en suffoquer. Blaise Pascal disait que le silence éternel des espaces infinis l’effrayait, et la formation, dans la même perspective, renouvelle le questionnement de l’homme sur sa faiblesse, sa taille insignifiante face aux espaces cosmiques immenses et mystérieux qui l’entourent, et son esseulement métaphysique, sur un ton occulte et lugubre à l'aide d'un death metal (l’oeuvre est quasiment inclassable, ses sonorités nagent cependant généralement dans ces eaux là) lourd et sépulcral, invitant insidieusement l’auditeur à emprunter un chemin de réflexion aussi bien de physique purement mathématique, qu’existentiel, chemin pavé d’embûches, de gouffres abyssaux et insondables, qui risquent d’engloutir avidement à chacun de ses pas sa raison, voire son âme. Et c’est ici la véritable question posée par Antiversum : quels sont les risques qu’encoure l’âme de l’humain ? Quels terribles dangers la menacent ? Que se cache t-il sous le masque de cette toile noire infinie ? 
Des riffs oblitérants tout sur leur passage, cadencés et opérants dans un registre très grave, monolithique même, saupoudrés d’une bonne couche de reverb, sont combinés avec la batterie, qui scande toujours les mêmes rythmiques oppressantes, et insistent sur l’aspect inquiétant, ce sentiment de malaise, de vulnérabilité dans l’oeuvre. On se sent plonger dans l’oeil d’un sombre et furieux cyclone, de sombres nuées vous attaquant de nulle part, des miasmes noirs vous tirant toujours plus bas, tandis que la voix du chanteur résonne telle celle d’un démiurge en colère, lançant ses accusations les unes après les autres. Par ce registre si grave qu’on a l’impression que tout l’oeuvre est un fond, un décor encourageant et menant à de nombreuses voies, elle se place très étrangement et d’une façon peu conventionnelle d’un point de vue sonore, décor auquel il convient à l’auditeur de le meubler de ses émotions et sa réflexion. On trébuche dans un sursaut de frayeur, sur cet absence de « premier plan », d’avis tranché, de quelque chose de concis à écouter, seul un vide glacé et oppressant nous répond, et fait écho de nos vaines et pitoyables tentatives de comprendre tout ceci.
La musique de la formation se révèle être une immersion réussie, intensive et profonde, dans un univers étrange, surnaturel, qui fait jaillir moult questions existentielles complexes , et dans son but final dénonçant ainsi la nature humaine, en plus d’en premier lieu, fournir une musique virtuose, et très agréable à écouter (eh oui, ne l’oublions pas !). Bourreau de la conscience humaine et de sa condition, Antiversum lance ainsi tortueusement mais efficacement avec ses questions son réquisitoire à l’Homme, avec ce qui ressemblerait le plus à du death metal mêlé d’un sludge latent, de cette façon si efficace et subtile, que l’oeuvre, lorsqu’elle est est contemplée dans son ensemble, sa musique en premier temps et sa démarche en second, frise le génie. Le groupe a, à mes yeux, largement hissé son album à un très bon niveau, voire excellent, malgré sa nouveauté, et j’espère chaleureusement qu’Antiversum saura une fois de plus renouveler et recommencer une démarche philosophique par une musique par ailleurs très bonne.








- Pestifer


mercredi 15 avril 2015

CELESTE + DELUGE + EMBRYONIC CELLS 13/02/15, Troyes, Chapeau Rouge





Vendredi 13, il y a ceux qui restent cloîtrés chez eux, ceux qui espèrent gagner le pactole et ceux qui s'en branlent royalement et vont se taper une bonne soirée black metal. 
Cette affiche avait de quoi me plaire. Déjà, ça n'a l'air de rien comme ça mais ça faisait un bail que je n'avais pas eu l'occasion d'assister à un concert dans ma ville natale. La prestation d'Embryonic Cells en novembre dernier à Reims m'avait pas mal botté donc pourquoi pas en reprendre un peu. Découverts récemment, les Messins de Deluge et leur demo 3 titres m'ont laissé une bonne impression à confirmer sur scène. Quant à Celeste, même si j'avoue ne pas trop connaître leurs dernières sorties, cette soirée est aussi l'occasion pour les Lyonnais de se rappeler à mon bon souvenir Nihiliste(s) étant lui, toujours dans un coin de ma mémoire. 
Même si l'orga semble cafouiller un peu pour faire entrer tout le monde (belle assistance pour une affiche de ce type au passage, qui se videra malheureusement à mesure que la soirée avance), les premiers pas dans la salle laisse une bonne impression, plutôt vaste, le fond surélevé laissant une bonne vue sur la scène même quand on se tape une montagne juste devant soi.

Pas de changement notable en ce qui concerne Embryonic Cells qui livre comme à l'accoutumé un show efficace, très similaire à celui de Reims justement. Le groupe joue ce soir à domicile et entouré de pote et cela se ressent. Les morceaux sont délivrés avec aisance d'autant plus que les gars ont à cœur d'ouvrir la soirée énergiquement puisqu'il s'agit de leur dernier concert avec Pierre Le Pape, ce dernier préférant se concentrer désormais sur d'autres projets (Melted Space?). Une séparation dans la bonne humeur et avec la patate donc qui n'a pas empêché les troyens de se remettre au boulot récemment en vue de leur 4ème album. Nous les recroiserons donc probablement sous peu avec du nouveau matos. 

C'est un peu la mode en ce moment que de mêler diverses influences post-rock et assimilés dans son black metal. Deluge fait néanmoins partie de ces groupes qui parviennent à se hisser un cran au-dessus en soignant son univers jusqu'au bout. En témoigne par exemple leur EP Mélas | Khōlé présenté au format cassette dans un bel écrin. La salle s'obscurcit alors et c'est plongés dans la pénombre, alors que la pluie tombe en cordes et que l'orage gronde au loin que nous assistons au 2eme concert seulement de la formation, le premier ayant eu lieu la veille à Nancy. Toujours est-il que la prestation semble rodée les atmosphères de l'EP étant bien retranscrites sur scène. Il faut dire que Deluge varie les intensités, posant parfois sa musique comme pour laisser les éléments s'exprimer un peu plus au travers d'une brume épaisse. Le style laisse peu de place à la conversation aussi seule la pluie intervient entre les morceaux posant une ambiance assez particulière et ce n'est que lors des ravages black metal que ce Deluge, mené par la voix écorchée de son frontman, prend toute son ampleur dévastatrice. Attention à ce groupe, son EP était déjà convaincant, ses concerts semblent réussis et le premier album à paraître cette année pourrait bien tout emporter sur son passage. 

Nous ne sommes maintenant qu'éclairés que par les leds rouges fixés au front des musiciens de Celeste. La salle est désormais aussi sombre que la musique du combo, à la croisée des chemins entre black crasseux et sludge et nous ne distinguons plus que des silhouettes fantomatiques envoyer avec une haine palpable et une furieuse rage leur écrasante et brumeuse musique. Celeste fait partie comme je le disais plus haut de ces groupes que j'ai quelque peu délaissé, non parce que je ne m'y retrouvais pas mais par oubli aussi stupide que cela peut paraître. Ce concert m'a définitivement donné envie de me replonger dans la discographie du groupe. Mais, car il y a un mais, je ne peux que blâmer le groupe pour la durée du set, beaucoup trop court! Je les ai laissé pour compte comme un bâtard, ils me l'ont rendu en écourtant leur show mais c'est peut être le genre qui veut ça...  

En guise de conclusion je terminerais par citer le statut facebook de TCPC qui je pense résume parfaitement la soirée: "Quel plaisir de (re)découvrir Embryonic Cells, Deluge fut une révélation et CELESTE une confirmation…Bravo à vous et merci d'avoir embrasé l'espace et enflammé nos tripes."
 Un bon gros merci à l'asso donc, pour cette soirée réussie! Étant un vieil habitué des soirées du Furious, les concerts à Troyes me manquaient énormément et le Chapeau Rouge a répondu à mes attentes. Je manquerais lamentablement la soirée suivante avec Visceral Dissection, Valve et Death Engine et probablement la prochaine en compagnie de Cowards, Toboggan et Apöstät mais nul doute que je surveillerais de près l'agenda de TCPC 



Un petit souvenir de la part de TCPC justement, enjoy!


mardi 14 avril 2015

AU-DESSUS





AU-DESSUS




Genre : post black metal
Label : Godz Ov War/ Third Eye Temple
Date : 27 février 2015



Tracklist : 
1. I
2. II
3. III
4. IV
5. V





Émergeant fièrement des studios de Godz Ov War et Third Eye Temple avec leur mini-album éponyme, les lituaniens d’Au-Dessus savent s’y prendre, et démontrent déjà leur talent dans un domaine bien concurrencé, avec une signature particulière, et qu’on pourra dès la fin de l’écoute de l'album qualifier de reconnaissable, pour ceux qui auront su être charmés au moins. Dès les premières notes du titre « I », titre d’ailleurs très efficace qui ne se préoccupe pas de préambules et va directement dans le vif du sujet, on peut percevoir une atmosphère ésotérique, tant lugubre et sinistre qu’amère et nostalgique, entretenue par des riffs suintants de remords et de rage impuissante, tandis qu’ils évoluent d’un pas cadencé avec des accords graves et remarquablement bien enchevêtrés les uns dans les autres, sans virer au fouillis désordonné, riffs qui se font cependant, à mon humble avis, souvent voler la vedette par Mantas (à chacun de ses apparitions tout du moins, le titre « V » est exempt de toutes présence vocale par exemple), lui et ses véritables hurlements possédés, voire hystériques, à la limite du cri thrash parfois, qui se mue souvent en une intonation plus grave et rauque, proférant des malédictions haineuses, cette voix qui curieusement change complètement par moments, et devient un lent et douloureux chant clair. 
Les solos frappants par leurs virtuosité, dans lesquels la guitare se lance fréquemment, témoignent une fois de plus preuve d’un lyrisme qui émeuvra le plus ferme des auditeurs, en séduisant tantôt par leur fougue que par leur mélancolie. Des passages hargneux et rapides laisse place de temps en temps à d’autres plus amers, et lourds de remords, qui rebattront les oreilles de l’auditeur de rengaines dramatiques et arythmiques, opérants surtout dans des aigus poignants, qui évoquent sans doute le déclin de la nature tel qu’on peut y assister aux tristes automnes, ou, aux dires du groupe, celui de l'Homme et de sa destinée. À part une ou deux liaisons un rien mal ficelée, le tout est quasiment irréprochable. Un album prêt à vous faire sombrer le coeur de douleur par son cri plein d’horreur, de drame, de regrets et de rage impuissante, et qui vous fera de l’oeil avec son imagerie occulte, qui semble respirer de mystères métaphysiques. 
La formation s’affilie explicitement à ses racines, à savoir le black metal, ses morceaux se veinants régulièrement d’une hargne à peine contenue, avec des accords cadencés stridents, jouxtants avec l’agressif, tout de même très rarement déchaînes car la formation rappelle souvent pour quelle raison elle opère ici. Le tout plonge l’auditeur dans une atmosphère conjuguant harmonieusement souffrance et rage, deux ingrédients qui mélangés, fournissent un résultat plus que satisfaisant (un rien hésitant parfois, les mélodies jouent un rien trop maladroitement entre ces tons à certains instants, mais très rarement, cela reste négligeable). Cet album dégage ici des effluves bien palpables et réalistes, sa direction virtuose l’empêchant toutefois de verser dans le surfait inexpressif, chose que je reproche bien souvent à d’autres, qui iront volontairement dévoiler une imagerie violente, tape-à-l'oeil et artificielle, le tout perdant alors de sa pertinence, alors qu’Au-Dessus, plus sobrement mais plus sagement sans doute, nous dévoile sans orgueil son opus d’une qualité et sincérité remarquable.










- Pestifer


dimanche 12 avril 2015

DELETERE - Les Heures De La Peste

DELETERE


Les Heures De La Peste





Black metal
Date de sortie: 7 avril 2015
Label: Sepulchral Productions



Tracklist:
1. Matines - Portepeste
2. Laudes - Credo II
3. Prime - Exitiabilis Venatus
4. Tierce - Aux Thaumaturges Egarés, Une Etoile Nécrosée
5. Sexte - Une Charogne Couronnée De Fumier
6. None - Le Lait De L'essaim
7. Vêpres - Architectes De La Peste
8. Complies - Une Garce Vénale En Majesté








Cela faisait un petit moment que j'attendais une occasion de vous parler de Délétère. Peu avant la création de ce blog, je découvrais ce duo québécois avec leur première demo Inopia Et Morbo. Une deuxième demo voit le jour, toujours avec le soutien des Productions Hérétiques dans les mois qui suivent, l'occasion que j'attendais? Raté! Celle-ci est rapidement épuisée, impossible de mettre la main dessus. Il faut donc attendre ce mois d'avril pour enfin avoir des nouvelles de Délétère avec la sortie de leur premier long play que voici chez leur nouvelle écurie Sepulchral Productions qui, comble de bonheur, réédite en parallèle ces 2 demos sous forme d'une compilation. Sepulchral Productions qui fait d'ailleurs figure de proue du black metal québécois depuis de nombreuses années en ayant par le passé déjà propulsé des formations telles que Monarque, Forteresse ou encore Gris. D'ailleurs les membres de Délétère ne sont pas vraiment des inconnus non plus puisque nous retrouvons Atheos (Monarque) à la guitare et à la basse ainsi que Thorleïf (Aurore, Valknacht) au chant, à la batterie et au clavier. 

Les présentations étant faites, ne reste plus qu'à se délecter une nouvelle fois du rituel funeste et macabre de nos deux apôtres du mal, cette fois-ci décomposé en 8 morceaux correspondant aux heures canoniales. Le black metal québécois est d'ordinaire connu et reconnu pour sa froideur, sa brutalité a crue et sa rapidité mais si Délétère ne déroge pas à la règle, la différence y est conceptuelle. Plutôt que de s'évader dans les étendues naturelles et admirablement préservées, le duo se sert de son art noir comme d'une violente profanation du message ecclésiastique en le pervertissant directement à la source. Le son parfois lo-fi sied particulièrement bien à cet exercice et les divers cantiques en latin, quelques fois en chant clair ce qui est à la fois une nouveauté et une surprise bienvenue, n'en ont que plus d'impact. Tels des incantations maléfiques ceux-ci donnent tout leur sens à cette messe blasphématoire. 
Délétère l'a bien compris, ce n'est pas dans la grandiloquence et les orchestrations grotesques que l'épidémie se propagera. Bien au contraire, cet album use d'une simplicité bestiale et juste ce qu'il faut théatralisée pour marquer les esprits. Les mélodies sont simples, n'entrent que mieux dans les mémoires de même que le chant scandé avec une haine indicible et c'est en parsemant leur album de touches pagan et guerrières et de claviers en retrait mais toujours efficaces que le duo répand insidieusement sa mauvaise parole. Inscrit dans un style assez proche du black metal scandinave du milieu des années 90, Délétère offre une formule certes déjà établie mais est la preuve qu'il est encore possible de dépoussiérer les chapelles et autres églises profanées il y a des années pour en faire le point de départ d'un mal bien plus pernicieux. 
Le mot de la fin, inopia et morbo est une dernière fois lâché comme une terrible malédiction, libérant la peste noire vers une nouvelle épidémie. Ansi soit-il.